Le weekend passé se tenait le Tour de Corse, manche française du championnat du monde des rallyes WRC. Nous avons eu la chance de pouvoir assister à la course vendredi et samedi, alors voici nos images et nos impressions sur ce 4ème rallye de la saison.

De retour au calendrier depuis la saison 2015, après avoir été remplacé pendant 5 ans par le Rallye d’Alsace disputé entre 2010 et 2014 durant l’apogée de la période Loeb qui jouait alors à domicile, le Tour de Corse fait partie de ces rallyes mythiques auxquels les passionnés se doivent d’assister au moins une fois.

Aussi surnommé le rallye aux 10 000 virages, il se déroule sur les superbes routes de l’île de beauté, propices naturellement au WRC de par la configuration du terrain : routes étroites, tortueuses, beaux dénivelés, de quoi offrir un spectacle de qualité aux spectateurs.

Le team Toyota Gazoo Racing nous a conviés à l’événement, nous permettant d’assister à 4 spéciales au total ainsi que de pouvoir observer de l’intérieur au plus près de l’action le parc d’assistance et son ballet de mécaniciens.

Arrivés sur place vendredi matin, nous avons pu assister au regroupement des voitures au parc fermé situé aux abords la plage de Porticcio, une quinzaine de kilomètres au sud d’Ajaccio. Une bonne façon d’entrer dans le bain du rallye et de découvrir les WRC 2017 en mouvement pour la première fois pour ma part. Les voir dans un salon auto est une chose, les découvrir dans leur élément, même ici à vitesse réduite en est une autre ! Les autos impressionnent, avec des éléments aérodynamiques démesurés, une largeur revue à la hausse et un look global beaucoup plus agressif que les années passées. Sur ce point, on ne peut que se réjouir du nouveau règlement technique ! Les performances sont aussi au rendez-vous, avec une augmentation de puissance significative, permettant aux WRC 2017 de se rapprocher doucement de la barre des 400 ch (380 environ, contre 300 l’an passé).

Une fois toutes les voitures regroupées sur la plage, direction la « tyre zone » qui comme son nom l’indiquera aux plus anglophones d’entre vous est dédiée aux changements de gommes pour permettre aux pilotes de préparer au mieux les spéciales de l’après midi. Ils arrivent les uns après les autres dans l’ordre du classement et effectuent eux-mêmes les changements de roues, assistés de leurs copilotes et d’un mécano. De quoi humaniser un peu l’épreuve et le sport, on est ici bien loin des changements de pneus express de la F1 effectués en 2 secondes par une armée de mécaniciens prêts à intervenir à peine la voiture arrêtée. Sébastien Ogier et Jari-Matti Latvala sont les deux premiers à arriver, et ils seront les deux seuls que nous verrons à l’œuvre puisqu’il est déjà temps pour nous de nous rendre sur la première spéciale de l’après-midi, la n°3 disputée entre Aqua Doria et Albitreccia.

On passe de la plage à la montagne en quelques minutes, une des spécificités bien agréable de la Corse, encore plus lorsqu’on effectue le trajet en hélicoptère… Il faut parfois savoir se sacrifier pour nos lecteurs !

Arrivés sur zone, on découvre un petit village bucolique et calme, mais qui ne va pas le rester bien longtemps ! Nous étions placés au niveau d’un gauche-droite plutôt lent, dans un passage étroit entre 2 murets et un gros arbre qu’il conviendra aux pilotes de soigneusement éviter s’ils veulent envisager sereinement la suite de la course… La ligne droite qui précède permet d’entendre les autos arriver et de se préparer à les photographier.

Les premiers échos se font entendre en provenance de la vallée, on verra d’abord passer les voitures ouvreuses dont la 208 R2 n°0 menée comme il se doit par Bruno Saby, ex-vainqueur de l’épreuve en 1986 sur la mythique (love your imperfections) 205 T16. Son passage annonce l’arrivée imminente des premières WRC. Quelques minutes plus tard, Sébastien Ogier ouvre le bal.

Que le spectacle commence ! Les passages des concurrents successifs s’enchaînent toutes les 2 minutes, nous laissant à peine le temps de discuter de nos impressions entre chaque avec les collègues des autres médias présents sur place.

Parmi les spectateurs, assis tranquillement dans le petit verger bordant la route, Koei Saga, le big boss de Toyota Gazoo Racing. Son large sourire tranche avec la mine déconfite mêlée d’une poker face devenue célèbre lors de l’arrivée malheureuse des 24 Heures du Mans 2016, ou la Toyota TS050 n°5 a été contrainte à l’abandon à quelques minutes de l’arrivée alors qu’elle était sur le point de remporter l’épreuve. Mais ne remuons pas le couteau dans la plaie et revenons au WRC…

Les changements de direction vifs et les relances franches impressionnent. Le rythme soutenu permet de constater visuellement que les performances obtenues avec le nouveau règlement technique ne sont pas qu’une théorie sur papier !

Les WRC passées, au tour des WRC2 d’arpenter le bitume avec les autos de la catégorie R5. Skoda Fabia, Citroën DS3 et autres Ford Fiesta défilent, cette fois ci toutes les minutes. Certes moins véloces que les « vraies » WRC, le spectacle est tout de même au rendez-vous avec des pilotes de haut niveau comme Andreas Mikkelsen ou Stéphane Sarrazin, qui évoluent tous les deux sur Skoda (le français engageant une auto avec sa propre écurie).

Lorsqu’un écho lointain ne ressemble pas tout à fait aux autres, on sait alors que Romain Dumas est sur le point de débouler. Le vainqueur des dernières 24 Heures du Mans et de Pikes Peak court en effet ici sur une Porsche 911 997 en catégorie RGT. Le flat 6 émet un son reconnaissable entre 1000 et tranche nettement avec les 4 cylindres des WRC et R5. Faire un rallye en 911 semble toujours un peu fou, mais Romain Dumas prouve que c’est possible et son talent lui permet de réaliser des temps assez impressionnants si on les compare aux autres concurrents sur des voitures plus « classiques ».

Direction ensuite la spéciale n°4, Plage de Liamone – Sarrola – Carcipino.

Nous sommes accueillis par un troupeau de chèvres, qui sont aux premières loges dans leur champ pour assister à l’épreuve. Cette fois, notre point de vue nous permet d’observer une grande courbe de 180° à droite, plutôt rapide, qui mène sur une montée légère vers une zone boisée.

Ce virage nous permet ici de constater la stabilité en courbe et à vitesse plus élevée des WRC 2017. Certaines glissent un peu, mais dans l’ensemble le virage sur passe les 4 roues rivées au sol, en témoignent les traces de gomme laissées tout au long de la trajectoire au fil des passages. Les plus originaux le feront même sur 3 roues, à l’image de cette DS3 R5 🙂

Une fois la route bien gommée, nous partons en direction du parc fermé, situé à côté de l’aéroport de Bastia. Petit changement de dernière minute, nous sommes malheureusement contraints d’effectuer le trajet en hélicoptère en lieu et place du transfert en navette par la route prévu initialement. Le monde est vraiment cruel, parfois…

L’occasion encore une fois de survoler les magnifiques paysages corses, en traversant les massifs montagneux dont les sommets sont encore recouverts de neige. Voici d’ailleurs quelques photos prises durant nos transferts aériens, vous êtes autorisés à me haïr :

Nous gagnons donc 2 heures sur le temps de transport prévu, de quoi parcourir tranquillement le parc d’assistance encore désert.

Manèges, expositions, et bien sûr structures des constructeurs, il y a largement de quoi s’occuper en attendant les voitures qui arriveront en début de soirée. La radio locale parle même modestement du « meilleur parc d’assistance du championnat du monde ». Soit.

Parmi les exposants, Peugeot, Hyundai, Abarth ou encore Toyota permettent aux spectateurs de découvrir une partie de leur gamme de voitures de série, la marque au lion ayant même pris le soin d’exposer en bonus le 2008 DKR16, vainqueur du Dakar 2016. Peugeot n’est pas présent en tant que constructeur officiel en WRC, cependant la marque fournit les voitures ouvreuses (308 GTi et 208 R2), ainsi que certains transports « VIP » (en 3008).  On compte également dans la liste des engagés quelques 207 S2000 ou 208 R5. Saurez-vous trouver sur les photos un certain copilote nonuple champion du monde des rallyes qui officiait ici en tant qu’ouvreur ?

Michelin a eu la bonne idée d’exposer les différents types de pneus utilisés tout au long de la saison du WRC, profitons en donc pour découvrir de plus près à quoi ressemblent les gommes avant d’être martyrisées sur les pistes du monde entier :

En attendant l’arrivée des voitures, nous pouvions déjà observer les mécaniciens à l’œuvre dans certains garages, dont celui de notre hôte Toyota où la voiture d’Hanninen subissait de lourdes réparations suite à une grosse touchette sur un pont en pierre (la jante s’en souvient encore) qui a causé une fuite d’huile puis un incendie à l’arrière droit !

Le pilote pourra repartir le lendemain grâce à la règle du rallye 2, permettant à un concurrent de terminer le rallye après réparation de son auto, mais en ayant écopé de pénalités de temps importantes. A l’arrière du stand, une remorque est dédiée à l’ingénierie avec une vingtaine de personnes s’occupant de la technique, de la stratégie pneus ou encore des prévisions météo. Pas de photos dans la salle, confidentialité oblige.

Vers 20h30, les concurrents commencent à arriver créant à chaque fois un attroupement général devant leurs garages respectifs. C’est là un des avantages du WRC, l’accès au parc d’assistance est ouvert à tous pour permettre au « grand public » d’approcher au plus près les équipes et les pilotes. Une fois descendus de leurs autos, ces derniers enchainent selfies avec leurs fans, quelques autographes et passent par les incontournables interviews et débriefing post-spéciales. Même si l’on n’entend pas ce qui se dit, les mimiques des pilotes et leurs gestes permettent de se faire une idée, de loin, de leur ressenti et de leur sentiment général quant à leur performance du jour.

S’engagent ensuite les opérations d’entretien courantes, où les petits bobos des autos sont pansés, dans la limite de 45 minutes d’intervention. Pas plus de 8 personnes ne doivent intervenir par voiture, chacune d’entre elles portant un brassard numéroté permettant une surveillance plus aisée par les commissaires techniques présents dans les garages. De même, chaque pièce changée est consignée et son numéro de série est scrupuleusement noté afin d’assurer la traçabilité par les commissaires.

Malgré le temps imparti plutôt court, tout semble se dérouler dans le calme, chacun connaissant exactement ce qu’il a à faire. C’est aussi l’occasion pour nous de découvrir les autos de plus près, notamment leurs entrailles visibles une fois le capot ouvert et les roues retirées.

Une bonne journée bien remplie pour tout le monde, la nuit arrive, rendez-vous est pris pour le lendemain…

Au programme du jour, 2 nouvelles spéciales en tant que spectateur.

La première (qui est en fait la 6ème du rallye, vous suivez toujours ?) nous conduira à Novella où les habitants sont tous prêts à accueillir le WRC dans les ruelles -très- étroites de leur fief. La file de voitures garée le long de la route d’accès au village témoigne de l’engouement du public pour l’épreuve. Il faut dire que c’est le weekend, qu’il fait beau, et que le spectacle en vaut le coup d’œil !

Les voitures ouvreuses permettent une nouvelle fois d’effectuer les derniers réglages sur l’appareil photo et de trouver la position stratégique idéale pour les clichés, pour éviter de se retrouver avec un drapeau, une gopro ou un smartphone devant l’objectif !

Le passage sur le petit pont ne laisse que peu de marge aux pilotes, ce dernier étant particulièrement étroit. Cependant personne ne commettra d’erreur ici, bravo ! Notre point de vue en hauteur nous a permis d’observer les autos sous un angle différent par rapport aux spéciales précédentes, et la relative lenteur d’évolution dans cette zone nous laissait observer un poil plus longtemps le passage des voitures. Malheureusement, un accident plus en amont de la spéciale l’a interrompue de longues minutes, nous empêchant de voir passer la fin du peloton…

On file ensuite chez Dédé (véridique, c’était le nom du restaurant) à Castifao pour découvrir la gastronomie Corse et prendre quelques kilos au passage, puis direction la dernière spéciale de notre programme au Tour de Corse, la n°7, La Porta – Valle di Rostino.

Pour cette dernière partie de journée, nous étions positionnés juste avant une série d’épingles toutes passées au câble, bien entendu, sauf pour les 308 GTi ouvreuses et leur frein de parking électrique. La modernité a parfois des inconvénients !

C’est toujours avec un grand plaisir que l’on observe les autos pivoter sur place en brulant leurs pneus arrière, n’en déplaise aux plus écolos. Les pétarades au rétrogradage font plaisir aux oreilles, la plupart du temps, certaines autos donnant plutôt l’impression qu’elles vont laisser leur moteur sur la route dans peu de temps. La palme du chasseur reviendra aux DS3 R5, qui nous gratifient de véritables coups de fusils audibles à des kilomètres à la ronde (on exagère à peine…)

La fin de notre périple au pays de Tino Rossi, des Brocciu, Figatelli et autres plasticages de villas de pinzutu approche, un dernier passage par le parc d’assistance et puis s’en va… Sur la route qui nous y mène, nous nous faisons doubler par la Yaris d’Hanninen, notre Pro-Ace de liaison n’a pas pu lutter faute d’appuis aéro.

Une expérience absolument fabuleuse dans un département qui ne l’est pas moins, on ne peut que vous conseiller d’assister à ce tour de Corse si vous en avez un jour l’occasion.

Au final, la victoire est revenue à Thierry Neuville sur Hyundai i20, après de multiples retournements de situation. Longtemps en tête, Kris Meeke et sa C3 WRC ont été contraints à l’abandon dans la 6ème spéciale suite à un problème moteur au niveau du système de lubrification. Sébastien Ogier, après avoir remporté le shakedown et les spéciales 3 et 7, a lui aussi été victime de problèmes mécaniques (pression hydraulique) sur sa Fiesta WRC, laissant ainsi une voie royale à Neuville pour sa première victoire cette saison, lui qui était déjà passé très très près du succès au Monte Carlo et en Suède mais qui avait vu ses espoirs s’envoler après des sorties de piste. La power stage est remportée par Latvala et sa Yaris WRC, et le pilote Toyota terminera 4ème au général.

Le top 10 de ce Tour de Corse 2017 :

1 Thierry NEUVILLE (Hyundai i20 WRC)3:22:53.4
2 Sébastien OGIER (Ford Fiesta WRC)3:23:48.1+54.7
3 Dani SORDO (Hyundai i20 WRC)3:23:49.4+56.0
4 Jari-Matti LATVALA (Toyota Yaris WRC)3:24:03.0+1:09.6
5 Craig BREEN (Citroën C3 WRC)3:24:03.1+1:09.7
6 Hayden PADDON (Hyundai i20 WRC)3:25:09.7+2:16.3
7 Andreas MIKKELSEN (Skoda Fabia R5)3:31:04.1+8:10.7
8 Teemu SUNINEN (Ford Fiesta R5)3:32:10.4+9:17.0
9 Stephane SARRAZIN (Skoda Fabia R5)3:32:17.0+9:23.6
10 Yohan ROSSEL (Citroën DS3 R5)3:35:50.5+12:57.1

On notera aussi les belles performances de Romain Dumas et François Delecour, qui terminent respectivement 18 et 19èmes sur leurs Porsche 911 et Abarth 124.

Au classement général du championnat, Sébastien Ogier conserve la tête avec 88 points. Le podium est complété par Jari-Matti Latvala (75 pts) et Thierry Neuville (54 pts). Suivent dans l’ordre Ott Tanak (48 pts), Dani Sordo (47 pts), Craig Breen (33 pts), Kris Meeke (27 pts), Hayden Paddon (25 pts), Elfyn Evans (20 pts) et Andreas Mikkelsen (6 pts) pour le top 10.

Pour ce qui est des constructeurs, M-Sport mène avec 129 points, devant Hyundai (105), Toyota (79) et Citroën (71).

Nous remercions immensément toute l’équipe de Toyota et tous les GO d’European Sport pour l’organisation au top de cette virée sportive au Tour de Corse !

Texte et images : Romain BRESADOLA pour TheAutomobilist.fr


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