Assister à une épreuve de Rallye, quelle qu’elle soit, reste une expérience aussi mémorable que d’assister à une épreuve d’Endurance. Mais pouvoir suivre une équipe pendant 48h en est une autre. Afin de nous faire découvrir l’envers du décor, Citroën Racing nous a cordialement invités à les suivre lors de l’épreuve du Pays de Galles. En route pour la brume, la boue et les Power Stages !

Un bon bain de boue attendra les C3 WRC

Un petit rappel s’impose sur l’épreuve et sur Citroën Racing :

Le premier rallye du Pays de Galles remonte à 1932. Après avoir vu son tracé modifié à de multiples reprises, c’est en 2000 que cette épreuve s’est recentrée sur le Pays de Galles à proprement parler – ne traversant plus l’Écosse – et que le spectacle s’est diversifié, en accueillant sa première spéciale indoor en 2005.

Bien qu’ayant subi peu de modifications par rapport à l’an passé, l’épreuve du galloise n’est pas la plus facile.

Le tracé aura peu évolué par rapport à 2016

En effet, avec une météo très aléatoire, pouvant aussi bien rendre les routes dures comme du bitume que glissantes car gorgées de boue, les étapes de reconnaissance et un choix judicieux de pneumatiques sont la clé de la victoire.

Cette nouvelle mouture de la nouvelle C3 (que nous avions pu approcher sous la forme d’un concept car et dont Linda Jackson, Yves Matton et Kris Meeke nous avaient déjà parlé après un Monte-Carlo en demi-teinte), revenue après un an de mise au point, semblait prometteuse sur le papier avec les spécifications suivantes :

  • Moteur 1.6 l Turbo de 380 ch
  • 400 Nm de coupe à 4500 tours
  • Transmission intégrale
  • Boîte séquentielle
  • Disques de freins avant ventilés de 370 mm (asphalte) ou 300 mm (terre et neige) et étriers 4 pistons refroidis par eau
  • Suspension MacPherson
  • Roue 18 pouces en pneumatiques Michelin (asphalte) ou 17 pouces (terre et neige)
  • Poids de 1190 kg à vide, 1350 kg avec équipage

Bien évidemment, la concurrence n’est pas en reste, avec des véhicules tout aussi performants (et répondant bien entendu aux normes imposées par le règlement), mais il est bon de rappeler que le Citroën Racing est une figure historique du WRC, avec ses 8 titres constructeur et 9 titres pilote/copilote : de quoi se montrer confiant pour cette année.

Malheureusement, la concurrence est très rude : entre un Toyota prudent mais révélant un certain potentiel avec sa nouvelle Yaris et un Hyundai se montrant vite dangereux, s’imposer sur les précédentes étapes n’a guère été aisé pour les équipages de Citroën Racing, qui ont dû abandonner à 5 reprises.

Restant imperméable face à cela, la C3 numéro 9 emmenée par Kris Meeke et Paul Nagle a fini par s’imposer sur les étapes du Mexique et d’Espagne, redonnant au passage un peu de couleurs à la marque aux chevrons. Pas assez toutefois pour terminer en haut du podium constructeur comme pilote. Dès lors, l’attention de Citroën se portait sur la 3ème place constructeur, mais sous réserve de gagner les deux dernières étapes, dont celle du Pays de Galles.

Place au rallye !

Si l’étape du rallye du Pays de Galles démarre le vendredi, la journée de samedi est de loin la plus intéressante car elle s’étale sur 17h pour toutes les équipes, avec deux passages dans Dyfi et Gartheiniog, puis deux spéciales de nuit.

Il faut toutefois montrer une certaine détermination pour accéder aux bords de pistes. Après 1h30 de trajet en Space Tourer – décoré pour l’occasion – et après avoir grimpé en montagne en empruntant des passages boueux et étroits, nous arrivons enfin non loin du prochain passage des voitures.

On ne plaisante pas avec la sécurité!

L’épreuve démarre mais aucun signe de voiture pour le moment… jusqu’à ce qu’un sifflet retentisse : celui des Marshals présents à intervalles réguliers afin de veiller au grain. Et c’est une 1ère Citroën C3 qui s’amène ! Repérable au loin de par le bruit caractéristique de son turbo – si si ! – l’appareil photo est dès lors prêt à immortaliser ce passage, avant de voir passer cette fusée. Un rapide check du résultat et l’on entend au loin le sifflet retentir de nouveau, tandis que les fans redoublent d’efforts pour encourager leurs équipes favorites.

 

En moins de 20 minutes, tous les véhicules de la catégorie RC1 sont passés et il est temps pour nous de reprendre la navette afin de rejoindre la spéciale 2. Plus tard, le résultat tombe pour Citroën Racing : du fait d’un virage mal négocié, Kris Meeke a perdu 10 secondes au chrono et a dû céder la 6ème place à la Hyundai numéro 4 pilotée par Hayden Paddon.

Notre destination suivante est une Power Stage se déroulant à Llyn Brenig. Le principe ? Une épreuve permettant de marquer des points supplémentaires, tout en offrant au public du spectacle dans un cadre de rêve.

Revêtant un aspect et offrant une ambiance bien différente des spéciales, la Power Stage est avant tout une sortie pour les familles comme pour les passionnés. Stands de finger food, exhibitions de véhicules de collection comme de supercars, ou encore attractions pour les plus jeunes, tout est fait pour que l’on y passe un moment agréable avant d’admirer le clou du spectacle.

Le cadre de la Power Stage s’adresse également aux enfants

Retour à la course, avec un Kris Meeke qui arrive 2ème, permettant ainsi à Citroën Racing de marquer quelques points supplémentaires.

La 1ère journée se termine pour le public, mais continue de plus belle pour les équipes. Les C3 sont toutes de retour aux stands afin de subir diverses réparations ou opérations de maintenance.

Retour au bercail le soir, pour subir des réparations

Il faut donc en profiter car il n’y a que deux opportunités par jour pour effectuer les réparations : en milieu de journée, avec 30 minutes d’assistance sur des horaires bien précis et avec 4 mécaniciens, puis un créneau le soir nommé Flexi Service.

La voiture peut rentrer au moment désiré et il est alors possible d’avoir 8 mécanos – identifiés par un brassard et sous surveillance – qui travaillent en même temps, privilégiant les grosses interventions.

L’efficacité est sans faille avec autant de mécanos

Toutefois, la voiture doit être terminée avant une heure donnée afin qu’elle parte ensuite sur le parc fermé, afin d’empêcher toute intervention jusqu’au lendemain.

Avant de lever le camp, Yves Matton – Directeur de Citroën Racing – nous a accordé quelques instants :

Yves Matton, Directeur de Citroën Racing

Quel regard portez-vous sur le championnat actuel, pour Citroën ? 

Le début de saison fût bien plus compliqué que ce que l’on pouvait espérer pour ensuite gagner rapidement sur le Mexique, et avant d’avoir un passage à vide. On s’est rendu compte que notre voiture était certes performante mais pas sur tous les terrains, altérant nos performances d’une journée sur l’autre. On a pris des décisions importantes ainsi que certains risques pour appliquer des solutions techniques sans validation, aussi « abouties » que ce que l’on pouvait faire auparavant afin que la voiture soit le plus rapidement compétitive sur tous les terrains.

2ème en Allemagne, puis victoire en Espagne. Ici sur ce terrain, on a montré que l’on était assez compétitif puisque nous étions à 18 s du 1er pilote Michelin, ce qui était assez encourageant. Je reste toutefois confiant sur le fait que la voiture sera compétitive sur tous les terrains à partir de l’année prochaine.

Quel regard portez-vous sur vos concurrents ?

Le début de saison ne s’est pas passé comme on le prévoyait. Il est certain que Hyundai faisait un peu figure de favori en début de saison pour le titre de constructeur et éventuellement pour le titre pilote. En fin de compte, c’est M-Sport qui mène avec la révélation qu’est Tänak, en plus d’Ogier, donnant une équipe très complémentaire. Ce dernier a d’ailleurs eu une approche tout à fait différente de ce qu’il faisait, en se concentrant sur les points plutôt que les victoires.

Toyota a été une bonne surprise puisqu’ils ont gagné rapidement avec la Suède. Ils ont fait une voiture assez basique mais qui fonctionne plutôt bien. Aujourd’hui, ils souffrent un peu plus et je pense qu’ils vont devoir rentrer dans une deuxième phase de développement pour que leurs voitures soient plus compétitives partout.

La Yaris semblait inoffensive au premier abord…

Comment voyez vous l’Australie ?

En étant confiant puisque nous aurons un ordre de départ favorable et Kris (Meeke, NDLA) ayant toujours été performant sur le balayage et la pointe de vitesse, on peut espérer faire une bonne opération.

Les espoirs reposent sur Kris Meeke pour l’épreuve en Australie

Y aura t-il des changements à prévoir sur les équipages, l’année prochaine ?

Difficile à dire car nous sommes justement en pleine période de négociations. Ce qui est certain c’est que nous avons 3 pilotes sous contrat mais Kris, sera le seul à être présent l’année prochaine sur toutes les manches. Pour les autres, les décisions devraient arriver rapidement et leur renégociation sera bien évidemment liée à leurs performances ainsi qu’à leur confiance.

Mr Matton, nous vous remercions pour ces réponses.

Après quelques heures d’un repos bien mérité, et avant qu’une nouvelle journée ne démarre, les ouvreurs sont déjà passés sur les pistes pendant que les équipes météos collectent différents relevés de température.

En général, les ouvreurs sont des pilotes de rallye chevronnés. Ceux-ci ont le droit de passer dans la spéciale une seule fois, avant la fermeture de la route. Ils vont alors noter les zones humides ou creusées puis transmettre les précieux renseignements au copilote, qui va alors les retranscrire sur ses notes.

Bien évidemment, la spéciale du matin se déroulera tout aussi rapidement que la veille mais aura le mérite de se faire sous le soleil. L’endroit choisi est très intéressant car il nous permet de voir les voitures aborder un virage à angle droit. Idéal pour les photos mais risqué, compte tenu des cailloux qui sont envoyés au loin. Gare aux bleus.

Invité de marque, Linda Jackson, Directrice Générale de Citroën nous rejoindra afin de vivre l’évènement avec ses équipes.

Linda Jackson, DG de Citroën

Posée et très accueillante, cette dernière se montrera imperturbable face aux difficultés rencontrées par les équipages de Citroën.

Vient ensuite le moment de l’arrivée et, malheureusement pour Citroën Racing, point de victoire à l’horizon. Pour autant, Kris Meeke se montrera très bon perdant, en allant féliciter directement Tänak à la sortie de sa voiture puis en allant rassurer Madame Jackson sur les capacités de la voiture et celles de Citroën Racing à gagner l’an prochain.

Kris Meeke se voulant rassurant sur les capacités de la C3

Dimanche après-midi, Sébastien Ogier finira donc par remporter son cinquième titre consécutif de Champion du Monde FIA au Rallye de Grande-Bretagne…

Tout n’est pas perdu pour autant pour la marque aux chevrons et remporter le Rallye d’Australie – qui se déroulera du 16 au 19 Novembre – devient l’objectif principal afin de garder la tête haute, la 3ème place du classement constructeur étant presque hors de portée. A suivre d’ici peu…

Bilan en demie teinte pour Citroën qui garde confiance pour l’année prochaine

Article et crédit photos : Fabien LEGRAND


Commentaires

Plus d'articles