A l’occasion des événements qui se tiennent jusqu’au 16 septembre 2018 à Nevers (58) autour de la Nationale 7, nous avons posé quelques questions à Thierry Dubois, auteur-dessinateur-historien de cette route mythique et grand acteur de cette attention apportée à la « N7 « .

The Automobilist : Bonjour Thierry Dubois ! Dites-nous comment vous est venue cette passion de la Nationale 7 !

Thierry Dubois : La Nationale 7 et moi c’est une vieille histoire, ça fait 25 ans que je travaille sur l’histoire de cette route. C’est une passion qui est devenue presque une deuxième activité car je suis quand même dessinateur à la base.

TA : Ce sont deux passions qui se sont rencontrées ?

TD : Oui, comme je dessinais beaucoup d’automobiles, de garages, de tout, je suis d’abord allé sur la Nationale 7 pour photographier, pour me documenter. C’est là où je me suis intéressé au sujet, j’ai vu qu’il n’y avait pas grand-chose dessus. Et dans le même temps, je voyais le paysage qui évoluait, très vite. Donc j’ai commencé à prendre des photos pour garder des traces de ce que je voyais. Puis j’ai commencé à rencontre des gens, à collecter des témoignages et des images… Ça fait 25 ans maintenant, c’est une collection énorme et donc c’est toujours plaisant de pouvoir la partager.

TA : Le choix de Nevers pour ces expositions, il n’est pas dû au hasard n’est-ce pas ?

TD : C’est une ville-phare de la Nationale 7, et elle offre une des plus belles perspectives de toute la route lorsqu’on y entre, sur la ville et sa colline.

TA : Que représente selon vous la Nationale 7 dans l’inconscient collectif ?

TD : La Nationale 7, je dis souvent que c’est 2000 ans d’histoire et 30 ans de légende. 30 années qui ont forgé le mythe, celui de la route des vacances des Trente Glorieuses. C’est une époque un peu bénie et c’est l’avantage de la nostalgie, on ne garde que les bons côtés. On a le souvenir du plein-emploi plutôt que du fait que les gens gagnaient bien moins bien leur vie qu’aujourd’hui. Surtout on garde le souvenir d’une époque qui avait de l’espoir dans les lendemains, pas comme aujourd’hui. C’est donc le symbole de cette époque, et forcément elle attire tous les souvenirs, les mythes… En 1955, Charles Trénet a sorti sa chanson, il a marqué le mythe dans le marbre. Et l’âge d’or et de la Nationale 7 qui correspond aux années 50 va doucement s’éteindre pendant les années 60 jusqu’à l’ouverture totale dans les années 70 de l’autoroute A6, et puis l’A7 dans la vallée du Rhône.

TA : A quand remontent les origines de ce tracé ?

TD : Sans entrer trop dans les détails, vous avez deux routes qui font Paris-Lyon. Par la Bourgogne, c’est la N6 ; par le Nivernais, la N7. Si on veut remonter loin c’est à l’époque de la Guerre de Cent Ans quand les Bourguignons bloquaient la route qu’il fallut ouvrir un second tracé, et chacun passe des deux côtés du Morvan. Il y a un antagonisme entre les deux, et le Comité de la Route Bleue a été créé pour ramener les gens vers la ‘vraie 7’ notamment les touristes parce que c’était moins roulant que la 6 où il y avait beaucoup de camions.

Quand ils ont fait l’Autoroute Paris-Lyon A6, ils ont longé la N6 ce qui était logique ; et après Lyon elle s’appelle A7 car elle suit la N7, et même A8 après Salon-de-Provence. Et par conséquent, ce mythe de la Nationale 7 correspond plus à la partie Sud dans la tête des gens et les habitants de la partie Nord y sont d’autant plus sensibles.

TA : Cette route représente une mine d’or pour des histoires…

TD : Et des situations très marrantes : prenez Mesves-sur-Loire, quand vous en sortez vous empruntez la Route d’Antibes ! Et vous avez déjà la méditerranée au milieu de la Route.

TA : Quand on pense à la Porte d’Italie c’est un peu similaire !

TD : Et ce qui est là aussi très marrant, c’est que vous n’avez que deux portes seulement à Paris qui indiquent des destinations lointaines : la Porte d’Orléans et la Porte d’Italie. Les autres ne sont que faubourg à proximité.

TA : Pour ces expositions à Nevers, les commerçants de la ville ont joué le jeu ! Les façades sont remplies d’évocations, beaucoup distribuent les livrets-guides de l’événement…

TD : Ils ont joué le jeu et fait une belle opération parce qu’ils sont conscients de l’intérêt croissant pour le vintage en général et pour la Nationale 7 en particulier.

TA : Est-ce vous qui êtes allés vers eux ? Eux qui sont venus à vous ?

TD : Non, ça fait 20 ans que je les connais aussi. La Route, je la parcours sans arrêt. Il y a beaucoup d’amitié qui m’y lie. Vous savez, la Nationale 7, il n’y a pas d’endroit que je doive éviter parce que j’y connais tout le monde. Les gens sont bien conscients que je ne suis pas là pour faire un coup lorsque je m’y intéresse. Avec certaines personnes, pour avoir leur témoignage, j’ai dû parfois attendre 4, 5 ans !

TA : Pourquoi cela ?

TD : Parce que certains ne voulaient pas en parler, parce que c’était trop récent, trop vieux, ou que ça remuait trop de souvenirs… Quand ils vous voient passer tous les ans, et je leur disais « Pas de souci, je ne suis pas pressé », et arrive un jour où ils témoignent.

TA : Certaines paroles sont-elles allées jusqu’à créer une intrigue complète de bande-dessinée ?

TD : Non, ce sont les souvenirs de la Nationale 7, ça fait 25 ans que je m’y intéresse et ça correspond globalement à la durée de l’âge d’or de la N7. Vous savez, on a longtemps cru qu’on n’aurait pas besoin d’autoroutes en France. On avait la densité de chemins la plus forte au monde, et on s’est dit qu’il suffisait de supprimer les passages à niveau, de contourner les villes, d’élargir les routes… pour  que tout aille bien. Et après-guerre, on s’est rendu compte par la sortie de voitures comme la 4CV, la 2CV, qu’un jour viendrait où tout le monde aurait une voiture. Et que pour les routes, ce ne serait pas jouable.

On a alors lancé en 1951 un fonds spécial d’investissement autoroutier, puis on a lancé les travaux d’une autoroute du Sud en 1955, et une première portion de 32 km était mise en service en 1960, la dernière en 1970. Cela veut donc dire que les embouteillages monstres des années 60, c’est le retard qu’on a sur les autoroutes et qui est repoussé chaque année de 60 à 80 km au fur et à mesure des ouvertures de tronçons. Et ces bouchons monstres sont la conséquence de la non-prévision du futur. En plus ce qui est amusant est qu’aujourd’hui on fait des embouteillages pour s’amuser, des embouteillages de la palisse etc. mais à l’époque il n’y avait pas le choix, il n’y avait pas d’alternative. Aujourd’hui, si l’autoroute est bouchée, vous en empruntez une autre et le GPS vous l’indique… A l’époque, fallait traverser 150 communes.

TA : Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

TD : J’ai un livre en ce moment que je vais complètement refondre sur la Nationale 7, je vais refaire toute l’iconographie et remettre tous les textes à jour. J’ai les Chroniques de la N7, une BD avec des histoires vraies dont je prépare le Tome 2. Et puis les Aventures de Jacques Gipar, un classique, mais dont le prochain album aura lieu sur la Nationale 13 entre Paris et Deauville.

TA : N13, A13, on retrouve les numérotations des Nationales encore aujourd’hui dans les Autoroutes.

TD : Les grands projets d’autoroute à l’ouest ont commencé avant la guerre et il était prévu deux autoroutes parallèles, une au nord de la Seine, et une au sud pour desservir les ports américains… A l’époque on croyait encore dans les ports français, au Havre et à Cherbourg, destination l’Amérique.

TA : Comment résumeriez-vous ces expositions sur la Nationale 7 ?

TD : Ça me fait toujours plaisir parce que cette expo est vraiment sympa. J’ai passé beaucoup de documents, de guides, de photos, beaucoup de collectionneurs locaux aussi ont participé… C’est une expo que j’ai eu plaisir à voir.

TA : C’est l’aboutissement de 25 ans d’engagement ?

TD : Non, c’est une reconnaissance.

TA : Et une façon de mettre ce patrimoine en lumière ?

TD : La Nationale 7 n’a pas besoin de ça, d’association, elle est très connue. Quand on parle de N7, les gens voient de tout de suite de quoi il s’agit : les vacances, le soleil, les platanes, ce sont les images qui viennent tout de suite.

TA : Elle fait consensus alors que l’automobile est vue comme moins populaire qu’à l’époque.

TD : Nos dirigeants aimeraient tellement qu’on déteste l’automobile… Sauf que non, c’est le premier vecteur de liberté, l’automobile, il n’y a pas d’équivalent. On peut dire ce qu’on veut sur le bien, le mal : l’automobile, c’est la liberté totale. On fait ce qu’on veut, c’est fabuleux.

TA : Et c’était déjà cet élan des années 50 que de partir sur les routes vers l’inconnu.

TD : Mais oui ! On remettait en cause 2000 ans d’histoire, ce n’est pas rien !

TA : Et ça nous fait une très belle conclusion. Merci Monsieur Dubois !

Informations pratiques

Jusqu’au 16 septembre 2018, 2 expositions -entrées libres et gratuites- à vivre à Nevers (58) :

  • Archives départementales de la Nièvre : « La RN7, route historique« 
  • Médiathèque municipale de Nevers : « La RN7, route mythique« 

Retrouvez Thierry Dubois sur son blog à ce lien.

Crédit photos : François M. – The Automobilist


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