DS 7 Crossback : rencontre avec Thierry Metroz et Thomas Bouveret.

Avec le lancement du DS 7 Crossback, l’équipe de Thierry Metroz voit arriver sur les routes la première des DS qu’elle prépare depuis juin 2012. Comment en explique-t-il le style ? Quelles sont les particularités de la version présidentielle du DS 7 Crossback ? Et que prépare DS en 2018 ? Autant de questions que nous sommes allés lui poser ainsi qu’à son équipe à l’occasion du Festival Automobile International.

The Automobilist : Bonjour Monsieur Metroz. Nous nous trouvons à côté du DS 7 Crossback Présidentiel. Racontez-nous ce projet, comment avez-vous réussi à imposer votre voiture au nouveau Président ?

Thierry Metroz : Comme vous l’imaginez il y a une forte concurrence entre les constructeurs pour faire en sorte que son modèle ou sa marque soit mise en avant. Tout le monde se bat pour être au premier plan lors de l’investiture ou après même, et il se trouve qu’on a de bonnes relations avec le parc de l’Elysée historiquement. On est très fiers que le nouveau Président nous ait choisis, c’est un peu le Président du renouveau dit-on et avec son image jeune, dynamique, avant-gardiste, internationale, on peut dire qu’il rejoint les ambitions de notre marque.

TA : En termes de communication, c’est quelque chose de « rentable » peut-on dire ?

TM : Complètement, ce sont des images qui ont fait le tour du monde, que l’on diffuse dans nos showrooms en Chine. Je remarque aussi que le Président a utilisé les mêmes lieux que nous : par exemple, le discours sous la Pyramide du Louvre le 7 mai, nous c’est un univers que l’on utilise depuis 2012 avec le concept Numéro 9, et aussi la série de photos du DS 7 Crossback réalisée par Laurent Nivalle.

TA : Combien de temps avez-vous eu pour le préparer, quelques jours ou davantage ?

TM : Bien plus qu’une dizaine de jours, quelques mois même ! On a fait le choix de travailler avec l’Atelier Maury, une petite équipe d’orfèvres du Marais qui restaure les boiseries de l’Elysée. C’est une toute petite structure, et nous les designers on adore travailler dans ce genre d’environnement. On a donc installé plusieurs décors à l’or fin : les barrettes des jantes -mais pas les cabochons-, la trame DS sur les rétroviseurs, le sigle RF sur la console centrale. Les baguettes intérieures ont une finition à la feuille d’or sur laque noire, l’ensemble étant ensuite vernis.

TA : Sur la DS 5 de François Hollande en 2012 la capote était directement issue de la DS 3 Cabrio. C’est aussi le cas sur ce DS 7 Crossback ?

TM : Eh bien non ! C’est une capote à trame DS sur toile noire qu’on a retrouvée, d’une ancienne expérimentation qui n’a pas vu le jour finalement… et qu’on a dû adapter à la voiture.

TA : Si on revient à l’intérieur, peut-on s’en approcher de plus près ?

TM : L’intérieur est strictement confidentiel, c’est une demande de la Présidence de la République. Il n’y a même, en dehors du chauffeur du président, qu’une seule personne chez DS habilitée à monter à bord et à la conduire ! DS est dépositaire de l’automobile, on la fournit, on l’entretient, et on la met à disposition de l’Elysée quand ils le veulent. Dans ce cas, on la transporte uniquement par camion.

TA : Alors concentrons-nous sur l’extérieur ! Qu’est-ce qui la différencie outre les détails dorés ?

TM : Il y a les logos spécifiques, le porte-drapeau du côté droit dans le sens de la marche, et les avertisseurs lumineux bi-ton rouge et bleu derrière le pare-brise et dans la calandre. C’est la seule voiture de France qui soit habilitée à avoir ces lumières bicolores, et ce, uniquement quand le Président est à bord.

TA : A l’inverse, les phares sont ceux du modèle de série.

TM : Oui, ce sont les mêmes et ils font partie des éléments différenciants de la voiture. Je vais vous dire, « on a mis le paquet » avec les Led d’accueil, qu’on appelle d’ailleurs le Welcoming Lighting, et ce n’est pas que pour l’effet de style car, une fois retournées, les paraboles sont protégées des performances lumineuses des rayons UV. Et puis, en conduite, cela permet d’éclairer les bas-côtés de la route.

TA : 2018, c’est l’année de la DS 3 Crossback…

TM : C’est un secret de polichinelle !

TA : On remarque que de plus en plus de constructeurs commencent à reprendre un marqueur fort de la DS 3, l’aileron de requin. Kia, Ligier, Opel… C’est quelque chose qui vous dérange ?

TM : Mieux vaut être copié qu’être copieur je dirais mais c’est un thème, l’aileron de requin, qui réapparaît un peu partout en effet. Je vous rassure, on a d’autre leviers pour se différencier.

TA : Avec ces deux DS « Crossback » lancées en 2018, le renouvellement de la gamme sera bien entamé.

TM : En effet, on aura déjà une bonne partie de notre petite gamme de 6 silhouettes sur les routes, et jusqu’en 2022/2023 ce sera toujours un lancement par an et ensuite, on arrivera au seuil du renouvellement de cette gamme. Ça peut paraître peu mais chaque modèle a un contenu fort, à chaque fois, et apporter du soin à chaque produit c’est une dimension qui nous plaît.

TA : Ces silhouettes, pour la première fois, sont mondiales. Comment, côté design, fait-on pour s’adapter aux tendances d’un marché, la Chine, qui évolue à vitesse grand V ? Il n’y a même pas 5 ans il fallait faire des intérieurs crème et des tricorps pour réussir sur place…

TM : Oui et aujourd’hui ils ne veulent que des SUV à intérieur noir ! Ça change très très vite là-bas mais heureusement, on a défini une stratégie couleur et style globale et non en fonction des goûts du moment, car sinon on aurait été sûrs de se planter. En plus, en imposant nos partis-pris de style européen, on ancre le DS 7 dans sa stratégie de com’, c’est-à-dire d’être un morceau de France en Chine. On ne cherche pas à faire du local.

TA : Le DS 7 Crossback a remporté le prix du plus bel intérieur au Festival Automobile International. Qu’est-ce que ça représente pour vous ?

TM : Une très belle récompense et la reconnaissance de nos efforts avec Thomas.

[Thomas Bouveret est le responsable style intérieur du design DS, et nous rejoint à ce moment de l’interview]

TB : Oui, c’est un beau prix pour nous car on a défendu des choix rares dans la production de série sur ce DS 7. Par exemple, l’idée même d’une planche de bord all-over, qui puisse être intégralement recouverte d’Alcantara ou, comme ce sera le cas en 2019, de bois de Macassar.

TA : Ce sont des choix difficiles à défendre auprès des chefs de projet, pour tenir les enveloppes budgétaires ?

TM : Eh bien oui… On doit souvent lutter pour défendre nos éléments. 70 % de notre temps est passé à convaincre, expliquer, négocier, pour obtenir qu’on suive nos idées.

TB : Je vous donne un exemple, la molette centrale sous l’écran 12 pouces. Nous les designers, nous la voulions 100 % chromée. Les ergonomes nous ont dit qu’il fallait, au contraire, qu’elle soit 100 % en caoutchouc. Et, après littéralement 50 versions différentes, on a trouvé un compromis satisfaisant avec une molette bi-matière où une sorte de « chaussette » de caoutchouc vient se mettre autour d’une molette chromée.

TA : C’est avec ce genre de détails que passe l’image d’une marque ?

TB : Le guillochage, c’est nécessaire pour donner un esprit identitaire à la voiture, et par extension, à la gamme DS. On a fait beaucoup de tests, avec la trame DS notamment… Pour l’horloge aussi, d’ailleurs. Et puis, on a fini par trouver ce qui nous semblait aller le mieux.

TA : Le DS 7 est le premier vrai SUV de DS mais on a l’impression que vous avez repris des éléments de la DS 5 – je pense aux lève-vitres centraux. C’est volontaire ?

TB : Oui, on a voulu continuer sur ce qu’on avait instruit avec DS 5, c’est-à-dire un côté cockpit façon aviation, mais moins typé quand même pour être plus ouvert. Il fallait que l’ensemble soit plus fluide pour cette nouvelle génération.

TA : C’est ce genre d’éléments que l’on retrouvera sur toute la gamme à venir ?

TB : Disons que ce qui nous correspond, c’est la simplexité. Vous voyez, on a des volumes simples, des lignes droites, continues, et de la générosité au niveau des matériaux qui partent de console et qui vont jusqu’aux portières. Or, c’est justement devant le passager qu’il y a de la complexité avec la ligne [qu’il pointe, voir la photo]. Cette ligne a demandé 1 an et demi à être imaginée de façon ce que son coin puisse accepter autant un gainage de cuir qu’un revêtement de bois. Si l’angle était trop obtu, le bois cassait. Si l’angle était trop aigu, le cuir frisait. D’autant que la pièce part en trois directions, avec un virage donc, mais aussi deux creux concaves en partie haute et basse. Pour y parvenir au moment de la production, on chauffe le cuir ou la feuille de bois qui ensuite, par l’humidité, vient être pressée sur la forme. L’essentiel est qu’on y soit parvenu, car joue sur ces détails pour être soigné, et se différencier auprès des clients. Et on sait que ce genre de détail comme les surpiqûres ou le capitonnage peuvent convaincre un acheteur.

TA : Il est un élément souvent supprimé par les constructeurs y compris premium, je pense à Mercedes ou BMW, mais que l’on retrouve ici sur le DS 7 comme d’ailleurs sur un Espace : ce sont les encadrements de portière. Un designer a-t-il du poids pour leur conservation sur l’autel du poids et du coût de revient ?

TB : Bien sûr ! C’est même une des pièces que l’on demande dès le tout début du projet à garder, vraiment très tôt car c’est essentiel pour la qualité perçue. Auditive d’une part dans les bruits aérodynamiques, et aussi visuelle car ce qui compte est de ne pas voir la teinte de carrosserie à bord, pour ne pas donner de mauvaise impression qualitative et ne pas casser l’ambiance créée par les matériaux et leurs couleurs.

TA : Le DS 7 est lancé, primé. Quelle est la prochaine étape pour vous ?

TB : Eh bien, rendez-vous à l’été ! Mais plus sérieusement, on planche déjà sur le remplaçant du DS 7, en avance de phase comme on dit, pour l’horizon 2025. Ça fait toujours bizarre de le dire mais, ce DS 7 tel que vous le voyez, c’est un projet que nous avons commencé il y a près de 5 ans et que nous avons fini il y a 2 ans et demi !

TA : Merci messieurs, et à bientôt !

Crédit photos : François B. et François M. – The Automobilists


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