La marque de Wolfsburg n’en est pas à son premier SUV : deux générations de Touareg et autant de Tiguan au compteur, récemment rejoints par les Atlas (appelé Teramont en Chine) et Tiguan Allspace sur certains marchés, on n’attendait plus que l’offensive des voitures du peuple sur les segments inférieurs. Alors qu’on prévoyait l’arrivée d’un SUV du segment B, finalement annoncé pour l’an prochain, VW nous présente un petit frère du Tiguan, trop grand pour appartenir à la catégorie inférieure. Coincé entre une Golf rationnelle et homogène et un Tiguan clairement établi parmi les SUV compacts, le nouveau Volkswagen T-Roc promet de se positionner comme vecteur d’émotions. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient, disait mon regretté président de département. On va quand même vérifier : un essai du nouveau VW T-Roc s’impose.

T-Roc : T qui au juste ?

Avec un ticket d’entrée fixé à 21 990 € en TSI 115 ch, la gamme T-Roc démarre juste au-dessus de la Golf (21 880 € pour une motorisation et une finition équivalente), et sous le Tiguan (25 990 € en 125 ch), avec qui elle partage sa plateforme MQB. A noter que la gamme de lancement du T-Roc ne comprend pas encore toutes les motorisations et finitions en France.

Notre modèle d’essai est un T-Roc Lounge TDI 150 4Motion DSG7 à 33 220 € (hors malus de 140 €) doté d’une flopée d’options : peinture biton (650 €), jantes de 18’’ (1 220 €), GPS (850 €), toit ouvrant (1 350 € bien investis), palettes au volant (140 €), projecteurs full LED (1 170 €), Pack Design (1 200 €), sellerie cuir (2 600 €), Audio Beats (600 €), rampes de pavillon anodisées (180 €), combiné numérique (540 €), et hayon électrique (420 €) portant l’addition à 44 140 €. Et il reste encore des options à cocher si jamais votre banquier est d’accord… Rival des Fiat 500X et Opel Mokka X, le VW T-Roc se place dans le haut du panier. Quant à son look, il fait sensation.

Des passants qui s’arrêtent, des touristes qui nous posent des questions : pour la première fois lors d’un essai, une femme nous demande à monter à bord, s’installe au volant, à l’arrière, une autre examine la banquette avant de dire à une de ses filles « ça ne va pas te plaire, la place centrale est petite ». Plusieurs personnes photographient la voiture : c’est une surprise totale et jamais je n’avais rencontré cela lors d’un essai. Est-ce le fait d’être en plein Lisbonne par beau temps dans des zones fréquentées ? Est-ce la couleur ? Est-ce le modèle ? Probablement un peu des trois. Le Volkswagen T-Roc attire les regards. Et me voici stupéfié de voir l’intérêt qu’elle suscite auprès du public. Bien joué, Volkswagen !

Et faut bien avouer que mon avis a également changé : voir la voiture évoluer à la lumière du jour plutôt qu’en image m’a fait réaliser à quel point ses lignes étaient recherchées. Les nervures du capot jouent habilement avec la lumière et s’offrent subtilement en spectacle tandis que les flancs de la voiture se voient ponctués d’une nervure naissant à l’arche de roue avant et mourant à celle de l’arrière, le bas des portières s’affirmant à travers un relief concave. Quant aux extensions d’ailes et au bas de caisse, habillées de plastique brut, marqueur du positionnement SUV, ils sont surmontés d’un pli de tôle épousant leur relief. La carrosserie de la voiture se laisse découvrir au gré des rayons du soleil tandis que des détails, eux sautent aux yeux comme l’aileron de requin du montant C surmonté de chrome. Sorte de synthèse des styles vus sur une DS 3 ou au sein de la gamme Opel. A l’arrière, les feux à LED équipent l’ensemble des versions du T-Roc tandis qu’à l’avant, la signature polygonale des feux diurnes ne concerne que les versions équipées de projecteurs full LED : les halogènes se contentent de DRL et clignotants plus classiques.

Si le T-Roc ne peut pas renier sa filiation avec les Golf et Tiguan, aussi bien dans certains détails de style que dans la maîtrise de son aspect extérieur, il apparaît clairement comme le déluré de la famille, tendance punk : bicolore, doté de gimmicks bien moins convenus comme ses passages de roues, son montant C, la mise en scène de sa face avant, on sent que le constructeur de Wolfsburg a souhaité lui confier la rude mission de faire de la conquête de clients. Et si vous pensez que Volkswagen s’est arrêté au design extérieur, vous avez tort : la plus grande surprise est attendue à bord.

T-Roc : T-Punk, alors ?

Une Volkswagen, c’est une voiture généraliste qui soigne bigrement sa qualité perçue au risque de paraître très (trop ?) sérieuse. Maîtrise des emboutis, des jeux et affleurements, à bord, des matériaux généralement supérieurs à ceux employés chez les rivales. Comparez les Megane, Focus ou Astra à une Golf et vous comprendrez. Même la Peugeot 308 pourtant très aboutie est très légèrement en-dessous de la Volkswagen. Et je ne vous parle pas de la BMW Série 1 moins bien lotie que sa rivale pourtant plus prolo ! Alors en ouvrant la porte du VW T-Roc, vous serez surpris de voir qu’un bel arbre cache une forêt de plastiques un peu basiques… En effet, Volkswagen a tout misé sur le décor de planche de bord. Disponible en gris laqué, rouge brillant, jaune, bleu ou, comme ici, en orange satiné, il en jette ! La peinture est belle, les inserts chromés rehaussent l’ensemble, et la sellerie, ici en cuir et TEP répond au décor par des médaillons d’assise et de dossier en cuir orange, complétés par des inserts gris et noir en matière bien moins bovine. Cohérent dehors comme dedans, j’ai beau être client Bouygues Telecom, cet orange me séduit. Et puis, avec toutes ces personnalisations intérieures comme extérieures, vous pourrez vous concocter une voiture différente de la T-Roc voisine de la vôtre.

Le hic ? On voit que Volkswagen a tout misé sur les décors intérieurs. En effet, la présentation intérieure déçoit lors d’un examen plus attentif, sorte de seconde lecture : s’il n’est pas choquant que les plastiques de la zone inférieure de la planche soient durs, il est pour le moins surprenant de voir que tous les plastiques de la voiture sont en injecté, là où même une Polo ménage une coiffe moussée. Du côté des garnitures de portes, le médaillon de textile (ou ici de TEP) est réduit à sa plus simple expression, quelques centimètres carrés sur l’accoudoir, les panneaux de porte faisant la part belle à un plastique assez simple. Quant aux crosses de portes, dépourvues de peinture, elles font également un peu pauvres.

Enfin, à l’arrière, oubliez le bandeau de décor en couleur, vous aurez droit à un panneau similaire à ce que propose une Skoda Fabia de base : la baguette factice est en réalité une variation du grain de la peau en plastique et non une pièce rapportée. Elle ne sera donc jamais colorée, même en haut de gamme ! Pas non plus de rangements tapissés, contrairement à celui de l’accoudoir d’une petite Polo, il y a de quoi être surpris. En gros, exception faite du décor de planche de bord et de celui des portes avant, la qualité du T-Roc a été calquée sur celle d’une Skoda Fabia ! Mais est-ce un handicap ? Pas sûr : d’une part, le regard reste attiré par le joli bandeau coloré, d’autre part, si on la considère comme une rivale de la Fiat 500X ou de l’Opel Mokka X, ce n’est pas forcément en décalage.

T-Roc : habitabili-T et connectivi-T

Après cette brève introduction, il est grand temps de s’installer à bord. VW prétend avoir offert à ce T-Roc le coffre le plus spacieux de sa –petite- catégorie. 445 litres, c’est intéressant. Mais voilà, le discours qui nous a été asséné oubliait de mentionner les versions 4 roues motrices, comme celles de notre essai. La valeur chute alors soudainement à 392 litres. Vous perdrez le double plancher de coffre par la même occasion. A l’intérieur, l’habitabilité est celle d’une Golf ; vous serez assis plus haut en raison de la garde au sol majorée de la voiture mais pas vraiment du fait de l’implantation des sièges, a priori identique. Côté modularité, les dossiers de banquette 2/3-1/3 sont complétés par un accoudoir pouvant se muer en trappe à ski et par un siège passager avant rabattable afin de charger de longs objets. Les rangements sont nombreux et de bonne taille, avec son lot de porte-gobelets, ses bacs de portes, logement sous l’accoudoir (petit mais qui abrite aussi les aérateurs arrière), ou les poches kangourou au dos des sièges avant. On trouve même deux ports USB et un chargeur à induction au pied de la console : branché, le T-Roc !

Du coup, on teste le système d’infotainment, ici couplé aux compteurs numériques, baptisés Active Info Display  (540€). Ceux-ci peuvent donc afficher la cartographie du GPS ou se muer en compteurs de vitesse d’un simple clic. L’équivalent moderne des BX Digit ou R11 Electronic ? Mouaip… Là où l’instrumentation numérique était bigrement futuriste dans les années 80, ici, on ne peut pas s’empêcher de penser : « tout ça pour ça ? » face au résultat. En effet, malgré un écran d’une belle définition, l’image représente un graphisme désuet de compteurs analogiques. Pas très jolis, qui plus est. On imagine que le chef de produit a dû dire « il me faut des compteurs digitaux en haut de gamme » et que le graphiste a eu 30 secondes pour imaginer et réaliser le design qui allait avec. Quant au GPS, impossible de l’afficher simultanément sur l’écran central et au niveau des compteurs. C’est l’un ou l’autre… On passera sur la prononciation très robotique du guidage, d’ailleurs. Il manque surtout l’application Waze, faute de pouvoir en disposer via Car Play. Pour le reste, l’écran tactile est très réactif, facile à prendre en mains, rien à redire.

Nous profitions en outre d’une sono Beats développée par le Docteur André, cet enculeur de maman (La-da-da-da-dahhh). 300 W facturés 600 € (soit 2 €/W), un son correct à défaut d’être transcendant : c’est digne de Beats donc pas extra et pas indispensable à moins d’aimer les basses. Mais qu’on se le dise, malgré des matériaux indignes du prix, l’ambiance orange, l’originale sellerie et le grand toit ouvrant panoramique ont rendu l’atmosphère à bord plutôt agréable et fun. Faute d’être plus spacieuse, voyez plutôt le T-Roc comme une alternative délurée à la Golf, plus classique mais plus qualitative. A vous de voir où se situent vos préférences. En tous cas, ce serait dommage de subir les matériaux basiques du T-Roc sans profiter d’un des packs colorés. La promesse « d’émotions » semble plutôt tenue côté design et environnement intérieur avec ce style et ces originales teintes. Mais qu’en est-il au volant ?

T-Roc : T-DI 150 4Motion !

Contact : on utilise encore la clé étant donné que le keyless est optionnel en dépit du tarif, et on est agréablement surpris par l’encapsulage du 2.0 l TDI. Discret, le moteur se montre très bien placé tant en confort acoustique que vibratoire. A bord, on le prendrait presque pour un bloc essence tandis qu’à l’extérieur, la voiture sait également se faire silencieuse. VW a enfin décidé de faire des Diesel civilisés depuis quelques temps et ça s’entend. Le stop&start (démarreur renforcé) est également bienvenu lors des feux rouges.

On entame le parcours en sortant de l’aéroport vers l’autoroute : encore une fois, le bilan acoustique est bon, la voiture est très correctement motorisée du haut de ses 150 ch (et 340 Nm de couple maxi). La moyenne descend presque à 5,5 l / 100 km avant que nous n’arrivions en ville. C’est l’occasion de constater le très bon rayon de braquage du T-Roc et la douceur de la boîte DSG à 7 rapports. Tout juste note-t-on quelques hésitations en seconde lorsqu’un peu de relief apparaît. C’est bien le seul grief à l’encontre de la boîte, que l’on peut corriger en passant en mode Sport, plutôt utile en côte, le poids de la bête en 4Motion n’aidant probablement pas : ses 1 455 kg n’en font pas un poids plume. Tout ça pour dire qu’en parcours mixte, la moyenne monte plutôt autour de 7,5 litres.

Côté comportement, c’est sans surprise : vous avez déjà conduit une Golf VII ? Bah, grosso modo, c’est pareil. Très neutre, plutôt sain et rassurant, de quoi satisfaire la majeure partie de la clientèle. Rien de particulièrement gratifiant, ce n’est pas une Alfa Romeo Giulia ou une Mazda MX-5, bien entendu, c’est un peu moins divertissant qu’une Peugeot mais c’est très honnête. Et c’est globalement ce que demande le peuple à sa voiture… du peuple. Je me demande même si le T-Roc n’est pas à peine plus souple car le confort m’a agréablement étonné sur les pavés de Lisbonne : oui, une VW TDI plutôt confortable et silencieuse, il y a 5 ans, on ne l’aurait jamais écrit !

Les aides à la conduite sont assez nombreuses, avec un régulateur de vitesse actif, le Front Assist avec freinage automatique urbain (et détection de piétons) ou Lane Assist avec correction de trajectoire. De ce point de vue, le T-Roc ne néglige rien puisque ces équipements font partie de la dotation de toute la gamme. Rassurant, en phase avec son époque côté ADAS, silencieux et agréable, le T-Roc est une vraie Volkswagen : pas de grain de folie mais une synthèse très homogène et réussie sur le plan mécanique.

T-Roc : promesse tenue ?

De l’émotion, telle était la promesse de Volkswagen. Pour le coup, la promesse semble à moitié tenue : le look de la voiture interpelle, les possibilités de personnalisation sont variées et réussies, nous sommes enfin face à une compacte débridée chez le constructeur de Wolfsburg. Avec le T-Roc, le client trouve une alternative délurée à la Golf tout en conservant la plupart des qualités habituelles des Volkswagen. Mais je viens de dire que la promesse n’était qu’à moitié tenue : côté conduite, il ne faut rien en attendre de particulièrement savoureux. C’est un SUV compact bien fichu, sans reproche mais très neutre. Il conviendra au plus grand nombre, sans aucun doute. Un peu comme la Golf, en fait. Le nouveau T-Roc semble être en phase avec les attentes du marché, c’est une voiture qu’attendaient sans doute de pied ferme les concessionnaires. En tous cas, les prestations du T-Roc sont sans commune mesures avec celles de ses rivaux désignés.

Reste tout de même une question métaphysique : si le positionnement tarifaire est cohérent au sein de la gamme VW, entre la Golf et le Tiguan, il n’en reste pas moins fort élevé pour une voiture, certes pimpante et pleine de qualités, mais garnie de plastiques durs et sans autre particularisme que son look. 44 140 € pour notre version dotée de plusieurs options (mais pas toutes), c’est bien trop cher payé. Si c’était mon argent, je lui préfèrerais un Peugeot 3008 GT BlueHDi 180 ch, nettement plus valorisant à bord, plus spacieux, plus dynamique, quitte à devoir subir un intérieur désespérément noir. Le Volkswagen T-Roc est très sympathique et fait tourner les têtes, mais son tarif, lui, a perdu la tête. Gageons que sa valeur résiduelle saura partiellement pallier ce tarif coquet.

Crédits photos : The Automobilist


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