Prise en main Chevrolet Camaro ZL1

Apparue en 1967, la Chevrolet Camaro était à l’époque la rivale des Ford Mustang et des Dodge Charger et Challenger. C’était la pleine époque des muscle cars, que le choc pétrolier de 1973 faucha en masse. Seules les Mustang et Camaro résistèrent à la crise, mais les deux modèles connurent des déclinaisons que l’histoire préférera oublier, entre 1980 et le début des années 2000. Au Troisième millénaire, les muscle cars renaissent, en tant que concept-cars, puis comme voitures de grande série. Si la Mustang est connue, reconnue, idolâtrée dans le monde entier, insufflant le rêve américain autour du globe, la Chevy Camaro se fait plus discrète, venant cibler des clients plus connaisseurs, plus passionnés encore. Aujourd’hui, nous prenons le volant, le temps d’une après-midi, de la Camaro ZL1, millésime 2015, une version voulue plus sportive et radicale que la moyenne. Véritable américaine de ligne droite ou Lotus Elise V8 ? Place à notre prise en main !

Essai Camaro ZL1

Chevrolet Camaro ZL1 : Concept-car de série

Côté look, c’est sûr, la Camaro n’a pas pris une ride. Si des modifications ont lieu tous les ans ou presque, rien n’est venu gâcher la ligne de cette auto. Pas même le changement de modèle en 2016. Enfin, c’était jusqu’à la nouvelle mouture dévoilée ces derniers temps… Mais revenons à notre ZL1 du jour. Millésime 2015, nous avons donc la face avant de la Camaro de cinquième génération alors que la face arrière a été revue, principalement les feux.

L’avant de l’auto est agressif ! La calandre en retrait et ses optiques froncées dynamisent la voiture. Le bouclier est massif, mais les lignes sont nettes. Le style « armoire normande » est fort présent mais colle au concept-car de 2006, déjà 2006… Une large prise d’air vient agrémenter le bas du pare-chocs alors que les antibrouillards viennent se loger sur les côtés. Une énorme lame avant vient parachever le style agressif de la Camaro « basique ».

De profil, la Chevrolet Camaro impressionne encore plus ! Mastoc, mais élégante, la ligne se veut simple et racée. Peu de lignes et de grands à-plats de matières caractérisent le profil. Les ailes très larges, tant à l’avant qu’à l’arrière, accueillent les roues gigantesques en 20 pouces. Une lame latérale court sous la voiture et rend la Camaro vraiment sportive visuellement. La ligne de toit et les vitres ne changent pas. Cependant, il n’y avait pas besoin d’en rajouter tant la voiture semble ramassée.

Essai Camaro ZL1

A l’arrière, la ZL1 hérite de modifications plus prononcées. Un becquet vient habiller la malle de coffre tandis que 4 grosses sorties d’échappement prennent la place des traditionnelles double mono-sorties. Comme nous vous le disions un peu plus haut, notre ZL1 est de 2015. Ainsi, elle récupère les feux en amandes de la phase 2. Ils sont plus petits et plus modernes que les feux d’origines. Un large mais peu profond diffuseur arrière, probablement plus stylistique que fonctionnel, complète l’ensemble.

Moralité, nous faisons ici face à une légende. La ligne rappelle indéniablement la Camaro originelle. Agressive, trapue, musclée, simple ou encore sauvage sont autant d’adjectifs qui la qualifient à merveille. En découvrant une Camaro (qui plus est ZL1) dans la rue, vous êtes sûr d’avoir un bout d’Amérique sous vos yeux. La voiture ne vous trompe pas, elle ne vous ment pas. Et si elle est aussi monstrueuse sur la route qu’elle n’est agressive visuellement, cette auto promet de bonnes sensations ! Mais faisons un petit tour à l’intérieur d’abord !

Un intérieur très… américain

Une fois installé à bord de la Chevrolet, la première chose qui frappe sont ces énormes boîtiers de compteurs situés derrière le volant. Carrés mais pas trop, placés très hauts, et fort peu en adéquation avec le reste, leur présence est quelque peu surprenante. Ils représentent tout le contraire du reste, simple et dynamique. Le volant est agréable au touché mais son centre est très proche, visuellement, de ma Ford Fiesta personnelle, c’est assez déroutant. La planche de bord s’avère bien finie et cintre d’une grande courbe sur toute la largeur de la voiture. La ligne est ensuite prolongée dans les portières, c’est vraiment très bien géré stylistiquement.

Essai Camaro ZL1

La partie basse de la planche de bord, en revanche, révèle la vraie nature de la voiture. Le plastique entourant l’écran central n’est pas du plus bel effet alors que l’écran paraît un peu daté, tout comme le bloc de seconds compteurs, logé entre la planche de bord et la console centrale. Cependant, et c’est là tout l’intérêt de notre voiture du jour, la console centrale accueille… un levier de boîte de vitesse ! Oui, une américaine avec une « boîte méca » ! Ce joli levier recouvert d’Alcantara tombe parfaitement sous la main. Ah ce qu’on est bien, assis dans les baquets, prêt à partir.

Les deux sièges avant sont bien fermes. Le maintien semble bon à première vue et la position de conduite est vraiment bien pensée. A l’arrière, la voiture accueillera 2 adultes dans des conditions plutôt avantageuses pour la catégorie. Le coffre est immense pour un coupé à moteur V8 et saura contenir le nécessaire -et même plus- des 4 occupants pour un long weekend !

Pour finir, faisons un tour sous le capot. Notre Camaro du jour a vu sa puissance passer de 580 à 600 ch après le remplacement du filtre à air et de quelques autres éléments. Commandes a priori rustiques, moteur de 600 ch et réputation de voiture de ligne droite, il est temps d’aller arpenter les gorges de la vallée du Var.

Essai Camaro ZL1

Que vaut la Chevrolet Camaro ZL1 sur la route ?

Tour de clef, l’électronique démarre, cliquette. Le silence se fait. On finit le quart de tour et le V8 6,2 litres s’éveille. Les cylindres démarrent et grondent dans un rugissement à faire hurler vos voisins à tous les coups. Le moteur cherche son ralenti, un petit peu à l’ancienne, puis se cale autour de 900 tr/min. Un pied sur l’embrayage, très dur, l’un sur l’accélérateur, très vif, et c’est parti. L’embrayage reste très progressif malgré le couple à faire passer. La seconde s’enclenche très vite, et permet de tout de suite de mettre en avant la précision de la commande de boîte. Heureusement pour moi, et pour mon permis, une voiture de police s’insère juste devant moi, alors que je démarre à peine mon trajet, me permettant calmement de prendre du temps pour découvrir le monstre.

Essai Camaro ZL1

Aussi étonnant que ça puisse paraître, la ZL1 se conduit comme une Twingo à basse vitesse, la largeur américaine en plus. L’accélérateur précis permet de bien doser l’allure et de contrôler le V8. Pas de ruades, on maîtrise la Camaro plus qu’on la subit, du moins pour le moment. Le confort à ce petit train est remarquable et bien loin de la dureté à laquelle je m’attendais. Le Berlingo bleu et jaune qui me précède finit par ne pas prendre la même route que moi, alors je peux enfin appuyer un peu sur l’accélérateur. Immédiatement après l’effleurement de la pédale, le train arrière s’enfonce très légèrement, le capot se cabre doucement, et la voiture nous catapulte en avant, faisant passer directement la puissance aux roues arrière. Tout passe tellement bien que cela vous entraîne irrémédiablement dans les méandres de l’administration judiciaire en moins de temps qu’il ne le faut pour l’écrire.

Dès les premiers virages en vue, une bonne pression sur la pédale de frein permettra de ralentir la bête. Notre modèle d’essai est équipé, en after-market, de freins en carbone céramique. Le freinage est extraordinaire vu le poids (1800 kg) et surtout, il est endurant. En effet, les gorges dans lesquelles nous sommes arrivées regorgent [un point pour le jeu de mots] de virages tous plus serrés les uns que les autres. Les 600 ch du V8 donnant toute leur splendeur entre chaque virage, nous nous retrouvons à solliciter fréquemment la pédale de frein. Les relances sont impressionnantes grâce au couple démentiel du V8 6.2 : 750 Nm ! Pour autant, l’accélération est linéaire et à aucun moment le couple ne nous surprend. L’ensemble est plutôt progressif de 2000 à 6000 tr/min.

La tenue de route dans ces même virolos est tout bonnement surréaliste pour une américaine. Les pneus en 305 de large à l’arrière (et 285 à l’avant) et les suspensions raffermies permettent à la ZL1 de rester sur des rails dans les virages. La limite de grip semble être très loin, mais la moindre image de Camaro en travers nous appelle à ne pas chercher cette limite… Pour autant, on se surprend à conduire la Camaro comme une Lotus Elise ou une Mégane RS. On accélère fort, on freine fort, on jette la voiture en virage, et on ressort en appuyant à fond sur la pédale de droite. La voiture m’impressionne autant par sa facilité d’utilisation que la peur qu’elle me fait ressentir.

Essai Camaro ZL1

Le ciel, couvert depuis le début de l’essai, finit par lâcher ses pleurs, et la route devient humide… On essaye de rester en mode neutre sur l’ESP mais il me titille de passer le mode pluie tant je n’ai, tout d’un coup, plus confiance. Finalement, la voiture amorcera juste une dérive du train arrière en sortie de rond-point. Il suffira d’un petit coup de volant pour corriger la glissade et puis c’est tout. Cela met en avant une nouvelle fois l’excellent travail des ingénieurs de Détroit. Les liaisons au sol sont l’élément clef de cette auto, permettant à une légende réputée un peu molle de se transformer et de devenir un véritable karting. A ré-essayer sur circuit pour vraiment en profiter !

Conclusion

 

Il est toujours difficile de se faire un avis sur une voiture que l’on ne conduit que très peu de temps. Cependant, la Camaro ZL1 m’a très clairement bluffé, peut-être parce que je partais avec un a priori sacrément négatif. La ligne de concept-car et la promesse d’un moteur V8 lui donnent un charme absolu avant même d’avoir démarré. Une fois en route, la voiture se laisse découvrir tranquillement et dévoile petit à petit le savoir-faire de Détroit. Il en est fini des lignes droites, aujourd’hui les virages sont pris avec une aisance incroyable. La tenue de route est phénoménale et très loin de ce que l’on peut attendre d’une telle voiture. Alors non, la ZL1 n’aura pas la même vivacité qu’une Porsche Cayman GT4 et elle ne s’en approchera probablement jamais. Par contre, en termes de fun, on est bien au-delà d’une Nissan GT-R, et on se rapproche plus des voitures hardcore un petit peu à l’ancienne… C’est dans mon cas un véritable coup de cœur.

Reste le prix, à partir de 50.000 € en occasion, une affaire ! Surtout si l’on considère qu’au niveau des coupés 4 places de 600 ch avec une boîte mécanique et un châssis joueur, il n’y a plus vraiment de concurrence.

Essai Camaro ZL1

Merci infiniment à Thierry pour le prêt de son auto et la confiance accordée.

Texte et photos : The Automobilist. Nos remerciements à Célia pour l’apport de quelques photos supplémentaires.


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