Il est des voitures dont le nom à lui seul donne envie de prendre leur volant. Les Lotus sont de celles-ci. En l’an 2000, le constructeur britannique lance l’Exige, une sportive plus radicale encore que l’Elise, pensée pour limer les circuits mais aussi le bitume sur route ouverte. Depuis 2012, nous en sommes à la troisième génération, dite Exige S3. Aujourd’hui, la turbulente anglaise troque son L4 pour un V6 de 350 chevaux, et un poids juste au-dessus de la tonne. Et le plus fou dans tout ça, c’est qu’on peut la rendre plus bestiale encore avec un échappement Cup !

Colin Chapman approved ?

À l’heure où l’embonpoint devient une généralité chez tous les constructeurs, Lotus interroge tous les passionnés de la marque en intégrant à sa sportive fétiche un V6 Toyota à compresseur de 350 chevaux. Celui-là même qui équipe la Lotus Evora, soit le moteur le plus puissant de la gamme. Le résultat ? Un poids à vide sur la balance qui atteint pas moins de 1156 kg (!), de quoi faire hérisser les poils des puristes les plus radicaux. Côté puissance, ce moteur délivre tout de même aux roues arrière la bagatelle de 350 chevaux à 7000 tr/min et un couple de 400 Nm à 4500 tr/min. Est-ce à dire que Lotus succomberait à son tour aux sirènes de la puissance au détriment du poids et du comportement routier ?

Tout amateur de la marque a de quoi légitimement se poser la question, mais le premier regard vers cette bête de course fait s’évanouir tous les doutes possibles sur l’esprit sportif de cette Exige. Une vraie ligne de supercar s’offre à nous, et il est impossible de passer inaperçu à son bord. Nous avons ici affaire à une Lotus qui n’a pas lésiné sur la dose de testostérone à l’entraînement. Adieu la ligne fine et sensuelle des précédentes versions ! Bonjour les ailes élargies, les entrées d’air béantes et sa teinte noire matte qui laisse la voiture clairement assumer sa sportivité indiscrète. Cette Exige montre ses muscles avec un look ravageur et radicalement sportif.

Impossible également de passer à côté du l’échappement bleuté de notre modèle d’essai qui invite joyeusement à taquiner l’accélérateur. Ce style est rendu possible grâce à l’option d’échappement Sport Cup 3 procurant un bruit démoniaque et ravageur. On regrettera cependant de trouver des feux halogènes qui ne positionne pas vraiment l’auto dans notre époque… Un détail pour certains mais pourtant un regret à l’ère du xénon voire des LEDs qui magnifient et animent tant le regard des autos.

Sportive dès l’entrée

Comme la plupart des sportives anglaises, monter à bord de cette Exige V6 relève du défi pour un grand gabarit. Vous comprendrez donc sans peine que, mesurant près de 2 mètres, il faut se faufiler dans l’habitacle. Mais une fois bien installé au fond des sièges baquets, un magnifique levier de vitesses et un volant à la taille parfaite nous accueillent comme il se doit. Quelques garnitures en cuir viennent habiller cette Exige V6 R, mais on aurait volontairement apprécié trouver moins de plastique. Un ordinateur de bord lisible, au moins pour la vitesse, n’aurait pas non plus été un luxe. Bien sûr, impossible également de mettre la main sur un régulateur de vitesses qui permettrait de reposer un peu le bas du corps lorsque l’on pose ses roues sur autoroute. On ne vous cachera de toute façon pas que cet athlète britannique n’est pas vraiment avide des longues routes droites et ennuyeuses.

Addict aux virages

Une fois le moteur allumé, une sonorité toute particulière se dégage de l’échappement Cup. On sait d’avance que nous n’avons pas n’importe quelle voiture entre les mains avant même d’avoir enclenché la première. Les premiers tours de roue nous le confirme immédiatement. On se sent léger et libre à son bord grâce à une direction très communicative et des freinages précis, tous aussi impressionnants que les accélérations. Seulement 4 secondes sont nécessaires pour passer du 0 à 100 km/h. Mais les chiffres ne sont rien tant les sensations sont décuplées derrière le volant. Le moteur n’est pas en manque et l’abandon du 4 cylindres au profit d’un 6 cylindres n’enlève rien au plaisir que dégage ce véhicule. Loin des villes usant votre pied gauche, les virages s’enchaînent avec rapidité.

Le châssis toujours aussi formidable propulse ce petit monstre dans un univers de sportivité que peu de constructeurs savent atteindre. La sonorité est ravageuse, le couple stupéfiant et les vitesses s’enchaînent très facilement grâce à une commande de boîte précise qui verrouille bien chaque changement de rapport. Le poids se faite vite oublier, le compresseur souffle tout ce qu’il peut à chaque reprise et nous plaque sans relâche dans le fond des sièges. Sensations garanties !

Cette Lotus Exige V6 est un pur régal sur de petites routes sinueuses et permet même d’envisager des sorties circuit sereinement. L’embrayage facile à manier évite les patinages et nous invite à jouer du levier de vitesses. À l’inverse l’ennuie arrive très vite sur autoroute en l’absence d’autoradio, de régulateur, et du moindre équipement de confort. Mais dès que l’on aborde la moindre route à virages, l’Exige devient un véritable outil de plaisir. Ce véhicule développe une capacité inouïe à rendre amusant n’importe quel petit rond point ou succession de courbes.

Une brutalité adorée

Ce millésime de l’Exige aura effrayé plus d’un fan sur le papier. Imaginez un moteur 4 cylindres dans une Porsche… Impensable ? Porsche l’a pourtant fait et les puristes l’ont accepté. Imaginez à présent un V6 dans une Lotus… Toujours impensable ? Et bien la marque de Colin Chapman a relevé le défi avec brio.
Cette Exige réalise parfaitement ce pourquoi elle a été faite : le plaisir de conduire, le fun, la radicalité, la sportivité… Malgré un poids d’un peu plus d’une tonne, elle reste un objet de désir absolu pour tout fan de conduite. Mais attention à bien connaitre vos attentes et votre utilisation de l’auto, elle ne pardonnera rien à votre passager et un carnet d’abonnement chez votre ostéopathe pourrait vite devenir indispensable. Sur autoroute ou simplement pour cruiser, cette voiture n’est pas absolument pas faite pour enfiler des perles.

Nos remerciements à Dider Marceddu de la concession Verbaere Lotus – Lille pour cet essai.
Crédit photos : Thomas Capiaux pour The Automobilist


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