Essai Peugeot 508 RXH BlueHDi 180 EAT6

Alors que la nouvelle Peugeot 508 vient d’être présentée au public du Salon de Genève, l’actuelle gamme poursuit sa carrière jusqu’à l’automne. Ce, en attendant d’être remplacée sur les chaînes de l’usine de Rennes. Cependant, à côté des silhouettes berline et break SW qui seront renouvelées, il est une version qui pourrait ne pas connaître de nouvelle génération : la 508 RXH. Sa production a même déjà cessé. Faut-il sauter le pas avant qu’elle ne soit plus en stock ? Voici notre essai.

Peugeot 508 RXH : les illusions perdues de PSA

Pour mieux comprendre la 508 RXH, il faut partir dans le passé. En 2007 plus précisément. Le Groupe PSA accueille un nouveau président du Directoire, Christian Streiff. Il remarque la séparation grandissante du marché automobile entre premium et low cost, et assène qu’il n’y a de salut pour PSA que dans la montée en gamme. Celle-ci doit se faire pas à pas, avec des modèles plus qualitatifs sans pour autant être trop chers à concevoir. C’est la stratégie du premium compétitif, et c’est ce qui donnera naissance chez Citroën à la Ligne DS, devenue aujourd’hui marque indépendante.

Chez Peugeot, deux modèles voient le jour, dans une nouvelle gamme baptisée « Hors-série » en interne. Pour les reconnaître c’est simple : leurs noms n’ont pas de chiffres. On se souvient bien sûr de la RCZ mais l’autre modèle né à cette époque, c’est la RXH.

Hélas, la stratégie Hors-série de Peugeot aura duré aussi longtemps que M. Streiff à la tête de PSA. La RCZ est restée unique en son genre, et la RXH… aussi. C’est à ce jour le seul break baroudeur d’un constructeur français, depuis la fin de la C5 CrossTourer. Est-elle pour autant dépourvue de qualités ? Loin de là !

A l’extérieur : un style discrètement spécifique

Longue de 4,83m, la 508 RXH est en réalité une 508 SW dotée d’élargisseurs d’ailes, de protections de pare-chocs et d’un bouclier spécifique. Dit comme cela, on pourrait avoir l’impression que ce n’est rien mais c’est pourtant tout : c’est bien ce qui fait la différence entre une Audi Avant et une Audi Allroad. S’ajoute à cela une garde au sol augmentée et des jantes spécifiques.

Grâce à sa teinte Gris Haria, à ses protections brunes et à ses grandes jantes 18 pouces « Archipel », « notre » RXH présente bien et correspond à son statut de baroudeur discret. Une impression auxquels participent également ses skis de pare-chocs. Cette teinte fait presque oublier les protections, et lui donne un look assez classieux.

A bord : un habitacle baigné de lumière

L’intérieur de la Peugeot 508 RXH est, comme l’extérieur, fidèle à celui de la… Peugeot 508, vous l’aurez deviné. Ici encore, le diable se niche dans les détails : la sellerie par exemple, prend la forme d’un très bel assemblage de cuir nappa bicolore surpiqué marron et orange et d’Alcantara grainé, le coloris de l’ensemble étant nommé Tramontane. Au dos des sièges, du TEP (Tissu Enduit Plastique, c’est à dire du simili-cuir, également connu sous le nom de skaï) moussé. L’ensemble donne des sièges très attrayant visuellement, mais aussi très confortable avec un maintien latéral satisfaisant. Seul regret pour la banquette arrière, la présence d’appuie-tête non intégrés, qui gênent légèrement la rétrovision.

Outre les sièges, les surtapis sont spécifiques à cette RXH, de même que les médaillons de cuir sur les contreportes. Et… c’est tout. Pour le reste, il s’agit d’une 508 SW tout à fait classique, avec son ergonomie datée, son écran tactile bien intégré, et surtout un immense toit vitré ! L’habitacle est ainsi très -très- lumineux, et c’est un bonheur tant pour le rang 1 que le rang 2.

A sa sortie, la RXH présentait un équipement moderne. Depuis, le temps a passé et l’ensemble paraît un peu daté. Prenez le système de vision-tête-haute : placé bas, les informations qui y sont projetées sont au pied voire en dessous du pare-brise et l’on ne peut donc pas les lire à travers la route. De plus, ses commandes sont dissimulées dans une petite trappe sous le bouton de démarrage, lui-même localisé… à gauche du volant. Original ! Ça lui fait au moins un point commun avec la Porsche 911 !

L’infodivertissement piloté par le système PSA RT6 réagit un peu lentement aux injonctions que le conducteur lui donne via l’écran tactile,  et l’organisation des menus est floue. La connexion USB est instantanée sur Apple, pas sur Android. Et quand vous tentez de vous connecter par Bluetooth, c’est comme les antibiotiques: ce n’est pas automatique. Si bien qu’on loue la présence -la survivance !- d’un lecteur CD à bord.

Au volant : belle de break

Oui, l’expression est éculée dans la presse automobile mais « belle de break » correspond bien à cette 508 RXH. Classe à l’extérieur, elle profite d’un excellent châssis. Mais tel un fauve, elle ne s’apprivoise pas immédiatement. Elle peut paraître sèche quand on est doux avec elle. Il faut presque la brusquer pour qu’elle devienne tendre. Bref, il faut prendre un peu ses marques.

La direction surprend en ce sens. En ligne droite, elle peut paraître floue, c’est étonnant et un peu gênant, mais c’est aussi une conséquence de la garde-au-sol surélevée et de la souplesse induite des suspensions pour crapahuter. Sur le réseau secondaire, face aux virages sinueux, elle se montre plus consistante et plus précise à la fois. C’est un bonheur d’enrouler les courbes, que ce soit à basse vitesse ou sur les autoroutes alpines.

Et que dire des suspensions, à part qu’elles excellent dans leur rôle. La garde-au-sol surélevée et le débattement accru des suspensions accentuent certes le roulis par rapport à la SW, mais elles absorbent toutes les imperfections de la chaussée et permettent de s’évader sur les chemins de campagne dans un bien-être déroutant. S’il est un point où la 508 RXH n’a pas vieilli, c’est celui-là ! Bosses, trous, plaques d’égout, nids de poule, dos d’âne et autres animaux de la ferme : oubliés, cette Peugeot compense les investissements parfois peu cohérents (pour ne pas dire absents) de notre réseau routier !

Confort et clarté à bord

Côté sièges, on est sur du bon, du très bon même. On peut être légèrement perturbé au début par un léger désaxe entre le siège et le volant. Mais, en plus de l’excellent châssis, les sièges participent au bien-être global éprouvé à bord. Les réglages du siège conducteur sont amples. En prime, il profite d’une fonction massage. Il s’agit juste d’un effet coussin qui se gonfle et se déplace derrière les lombaires, et même si ça fait parfois du bruit, c’est plus agréable de ce qu’on trouve sur le Peugeot 3008 qui a un effet plus typé acupuncture, inconfortable sur long trajet. On profite aussi des sièges chauffants, réglables sur 3 niveaux et très appréciables lors de cet essai réalisé dans un climat hivernal. Le passager profite également de cette fonction et, sur le plan du confort, il n’est pas moins gâté que son compagnon de gauche.

Et que dire des places arrière ? Elles sont spacieuses, leur assise est longue, tandis que la place accordée aux jambes et à la tête est suffisante pour un adulte de plus d’1m80. L’assise n’est pas des plus agréables malgré tout avec un pli au bout de la banquette qui se sent et laisse une mauvaise sensation, sans être gênant. Il y a certes mieux en confort global d’accueil… mais rares sont les breaks de la catégorie à offrir un toit vitré de cette taille ! C’est assez magique et très plaisant comme nous vous le disions plus haut. Il fait bon vivre dans la Peugeot 508 RXH à toutes les places.

Le coffre pourra accueillir de nombreux bagages pour les longs trajets, ou pour les courses à l’hypermarché. Il est de plus bien fini, avec des crochets façon chrome pour retenir des bagages et diffuser le léger effet premium revendiqué par la voiture. La tablette n’est pas des plus aisées à manipuler, mais elle assure l’essentiel : être discret sur ce qu’on transporte. Mais comme de nombreux breaks, elle ne pourra pas supporter de charges, même assez légères. Le hayon est électrique, c’est à noter car même si l’équipement est aujourd’hui courant, ça ne l’était pas nécessairement à la sortie du modèle. Il manquerait peut-être juste l’ouverture avec le pied pour être complet.

La transmission EAT6 automatique est excellente en ville, un peu moins en conduite sportive où elle se laisse parfois déborder par le couple du moteur. Le stop&start n’est pas aussi performant que celui de Renault sur un 1.6 dCi par exemple (qui se commande plus facilement avec la pédale de frein), mais il se montre tout de même très doux, se déclenche pratiquement à chaque arrêt et redémarre sans à-coup le moteur. Toutefois, pour freiner le véhicule, le dosage de la pédale de frein est un tantinet difficile : la course est longue, et l’on ne freine jamais complètement le véhicule sans enfoncer fortement la pédale -dommage pour le confort.

La boîte EAT6 aide à conduire souplement en ville, et malgré son gabarit, la 508 parvient à se faufiler dans les petites rues. Son rayon de braquage est minime, et la une caméra de recul, livrée de série, permet d’éviter d’érafler les protections plastiques. Elle bipe aussi de partout à l’approche des obstacles. Cela contraste avec le silence octroyé par l’isolation phonique, pas la meilleure du segment, mais tout de même appréciable car pour un diesel, il se montre discret dans la plupart des usages.

A l’achat : elle a disparu -déjà ?- du configurateur

Durant notre périple de 1 680 km, notre monture a avalé 115 litres de gazole, ce qui nous donne un honorable 6,84 l/100 km de consommation, le trajet ayant été principalement autoroutier. Plutôt pas mal pour un modèle de cet âge. Reste le prix, 44.050 € au catalogue. C’est la version la plus chère de la gamme Peugeot 508. La RXH n’est disponible qu’avec le 2,0l BlueHDi 180 EAT6. A ce tarif, tous les équipements de série et côté options, les propositions sont réduites. Celles nous semblant incontournables sont la roue de secours -galette-, la peinture métallisée (de notre modèle d’essai), la sellerie cuir (2 choix), la climatisation quadri-zone, et le système HiFi JBL (très correct, présent également sur notre voiture).

A l’heure où sa fin de carrière a sonné, il est certainement facile de négocier le prix, mais il vous faudra vous contenter des modèles en stock, ce version ayant déjà quitté les chaînes de montage. Cette Peugeot restera dans les esprits comme la dernière représentant françaises du genre, la Citroën C5 CrossTourer ayant disparu il y a bien longtemps et une version surélevée ne semblant pas d’actualité pour la Renault Talisman.

Pour avoir autant de volume de chargement, il faudra vous tourner vers le Peugeot 5008, moins classieux mais à l’intérieur plus typé et aux équipements plus actuels. La version la plus proche est le Peugeot 5008 BlueHDi EAT8 180 GT, livré d’origine avec 2 places en plus, et proposé à un tarif proche, fixé à 44.700 €. Mais la ristourne sera moins élevée.

Conclusion : la chasse est ouverte

La Peugeot 508 RXH est une bonne, voire une excellente routière. Alors oui, elle n’a pas les toutes dernières technologies. Oui, elle a une ergonomie un peu dépassée. Et alors ? Les Français renouvellent leur voiture tous les 7 ans en moyenne, ils peuvent ne pas être forcément à la recherche de la dernière nouveauté technologique. Pour celles et ceux qui recherchent une familiale, allez- y, vous ne serez pas déçus. En revanche, pour celles et ceux qui recherchent du régulateur actif, de la vision nocturne ou tout autre équipement que la future 508 proposera, cette RXH paraîtra franchement datée en comparaison. Et si vous recherchez une bonne occasion, pas trop voyante et fièrement française, alors cette 508 baroudeuse sera un très bon choix.

Essai : Guillaume Agez et François M.
Crédit photos : The Automobilist


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