Essai Maserati Quattroporte GTS GranSport V8

Maserati. A lui seul, le nom de ce constructeur au passé tumultueux laisse songeur. Synonymes de luxe et de sportivité, ses productions marquent les esprits : 3500 GT, Mistral, plus récemment la 3200 GT, ou encore les emblématiques et historiques Ghibli et Quattroporte nous viennent en tête. Cela tombe bien, car c’est de cette dernière que nous allons vous entretenir dans ces lignes. Le rêve est-il toujours réalité ? Réponse avec l’essai de la plus longue berline au trident sur le marché dans sa version la plus puissante, la Maserati Quattroporte GTS GranSport et son V8 de 530 ch.

Une Maserati se reconnaît toujours de loin

Reconnaissable entre toutes

Le coup de foudre ? L’avez-vous déjà vécu ? En général, on ne s’y attend pas… et puis il suffit d’un simple contact visuel pour focaliser toute votre attention sur l’élue. C’est à peu près de cette manière que notre première rencontre avec la Quattroporte s’est passée. Loin d’avoir été vraiment impressionné par la belle en photo, je n’en menais pas large face à elle, en partie car son format est tout autre en réalité. En partie, aussi, car nos yeux sont irrémédiablement attirés par cette immense routière de 5,26 m de long.

Cela dépasse l’entendement et l’Audi A7 de 1ère génération qui nous avait semblé imposante pour l’époque, paraît maintenant ridicule en comparaison. Et c’est sans compter cette superbe robe noire Nero Ribelle intense, qui lui assure une présence encore plus marquée.

Tout simplement imposante dès que l’on s’approche d’elle

Avec un logo aussi proéminent sur la grille avant, et son profil mêlant coupé et routière, la Quattroporte ne laisse pas de marbre, un peu à l’image de la Ghibli que nous avions essayée. Le passage par la case restyling ne dénature en rien cette association. Les modifications portent sur la grande grille et les ouvertures latérales aux angles plus marqués, tandis que la partie inférieure se veut unie à la calandre avec des artifices aérodynamiques. Quoiqu’il en soit, cette limousine ne fait pas son âge -sa présentation remonte pourtant, déjà, à cinq ans.

L’identité de la marque est également reconnaissable de nuit

La poupe, légèrement plus quelconque avec un traitement des feux arrière somme toute classique, se voit dotée de 4 sorties d’échappement, rappelant le tempérament de feu qui se cache sous le capot.

Une face arrière un peu plus quelconque

Reconnaissable entre toutes vue de l’extérieur, cette Maserati l’est moins lorsque l’on s’attarde à l’intérieur. Quelques logos sont pourtant disséminés ici ou là. Sur le volant, les compte-tours ou encore dans le cadran l’horloge centrale ovoïde, encadrée par les aérateurs, l’une des signatures du constructeur au Trident. Cependant, il manque à cette Quattroporte le petit quelque chose qui lui permettrait de se distinguer.

La montre au milieu des inserts en carbone fait un bel effet

Rappelons que nous avons ici une finition GranSport, c’est-à-dire le haut de la gamme à l’esprit sportif, en face de la version GranLusso, de tarif équivalent mais voulue plus chic. Ainsi, les éléments renvoyant au luxe et à la sportivité sont bien présents. Le cuir pleine fleur de la planche de bord comme des contre-portes ou encore les inserts carbones sont d’autant de détails choisis, mais qui entrent en contraste avec d’autres éléments trop conventionnels, tels les compteurs ou les commandes situées sur le tunnel central.

Les compteurs sont certes traditionnels mais lisibles

Toutefois, impossible de ne pas tomber amoureux des sièges baquets. Avec un cuir que l’on préfère contempler plutôt qu’effleurer, leur assise est moelleuse tandis que les maintiens latéraux sont fermes.

Les passagers arrière pourront vous envier quelques instants avant de comprendre qu’ils ont le droit au même traitement. Au rang 2 le confort est impérial malgré une habitabilité quelque peu réduite par l’imposant tunnel de transmission. L’espace aux jambes est impressionnant, et parce que le véritable luxe c’est l’espace, l’on préférera voyager à 2 plutôt qu’à 3 sur la banquette.

Les passagers pourront de plus bénéficier du luxe de ne pas restreindre leurs effets personnels à emmener. Comme en Business, pas de surtaxe au deuxième bagage : la soute de la Quattroporte affiche un confortable volumede 530 litres, aisément accessible qui plus est.

Sous son apparence de routière raffinée, la Quattroporte l’est-elle tout autant sur la route ?

Une Quattroporte fougueuse mais prévenante

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 530 ch, 710 Nm de couple et un 0 à 100 en 4,7 secondes. De quoi vous faire perdre le permis et la voiture, en moins de 10 secondes, montre en main.

Caractérielle, voilà qui résumerait la Quattroporte GTS une fois lancée

Mais résumer la Quattroporte GTS à cela serait très réducteur, car il s’agit avant tout d’une routière hors-norme, vous donnant accès à un tout autre monde.

Vous pensez que c’est exagéré ? Et pourtant, malgré d’immenses jantes de 21 pouces Titano et les routes dégradées empruntées, nos lombaires n’ont à aucun moment souffert le martyr.

Bien que les jantes soient impressionnantes, le confort est préservé

Les suspensions – y compris lorsqu’elles sont raffermies avec le mode Sport – filtrent toutes les aspérités de la route tandis que les sièges au confort impérial se chargent du reste. Le châssis, bien né, n’est jamais traître et toujours prévenant.

Rassurez-vous, même si l’insonorisation globale est sans reproche et participe au confort général, le son envoûtant du V8 bi-turbo viendra chatouiller vos oreilles. A tel point que pour en profiter au maximum, vous irez cherchez les larges palettes en carbone situées derrière le volant.

Le hic, c’est qu’elles sont trop grandes et viennent même gêner vos doigts plutôt que de les laisser se positionner naturellement y compris lorsque vous souhaitez accéder au seul commodo présent.

De ce fait, on préfère utiliser le mode Sport de la boîte de vitesses, afin de retarder se faire automatiquement le passage des rapports. D’ailleurs, cette BVA 8 d’origine ZF – déjà utilisée chez d’autres constructeurs – permet d’obtenir une fluidité exemplaire lors des enchaînements de rapports, tout en s’avérant correctement calibrée.

La BVA 8 rapports est exemplaire de fluidité

Caractérielle dans ses accélérations, la Maserati Quattroporte l’est tout autant dans son comportement routier. Ainsi, en dépit de la présence des suspensions Sport, les mouvements de caisse se font sentir. On ne déplace pas 5,26 m en virant à plat.

Malgré le tarif prohibitif des étriers de freins Rosso anodisé – à 2640 euros – ces derniers ne sont pas là pour faire joli et leur présence est plus que nécessaire pour parvenir à arrêter les 2 tonnes de cette Quattroporte. Disposant d’un bon mordant, c’est surtout au niveau de l’endurance que le poids affiché vient poser problème.

Toutefois, en adoptant une conduite plus souple, vous pourrez jouir de la mélodie enchanteresse du V8 bi-turbo, sans pour autant avoir à trop jouer de la pédale de freins. Quattroporte, sans s’emporter.

Cela se ressentira d’ailleurs sur la consommation. Afin d’éviter que les 80 litres du (grand) réservoir d’essence ne soient qu’un feu de joie exprimée au volant. Preuve en est qu’avec 530 ch et 2 tonnes, nous avons enregistré une consommation moyenne plutôt raisonnable de 15,7 l/100 km.

Trident vs Technologie

Traditionnelle, la Quattroporte l’est effectivement dans son design intérieur, avec des compteurs classiques mais néanmoins lisibles sur fond bleu dégradé, de même que par les équipements qui ornent sa planche de bord. La Maserati se met à la page mais n’impressionne pas outre mesure. Le GPS de 8,4 pouces, bien que tactile, reste en deçà de ce que la concurrence propose, entre une réactivité passable et un design désuet. Une faute qui ne se pardonne pas notamment à ce niveau de gamme.

Le tour complet des technologies proposées n’est guère plus flatteur. Certes, cette Quattroporte GTS propose le Cruise control adaptatif avec fonction Stop & go, le détecteur d’angles morts latéraux et arrière ou encore la reconnaissance des panneaux de signalisation, mais cela reste encore insuffisant lorsque l’on peut bénéficier de la conduite semi-autonome, du stationnement automatique depuis son smartphone ou encore de commandes vocales bluffantes dans une gamme de prix équivalente. Et pour arriver à la hauteur réclamée par son investissement.

Maigre consolation, le système audio Bowers & Wilkins Surround et ses quinze haut-parleurs, couplés à une excellente insonorisation, permettent de baigner dans la musique sans interruption ni fausse note – oui, elle était facile celle-ci. Avec la Quattroporte, pour les oreilles, le concert peut aussi bien être sous le capot que dans l’habitacle.

Sublime, mais est-elle faite pour vous ?

Si vous recherchez une routière hors-norme, la Quattroporte devrait répondre à vos attentes. Mais il vous faudra tout d’abord déterminer quelle motorisation vous conviendra le mieux. Même si le V8 peut sembler un choix facile, les versions Quattroporte S dotées du V6 essence de 430 ch et même Quattroporte Diesel de 275 ch, devraient répondre à vos différents besoins. Reste que malgré un couple confortable de 600 Nm, ce V6 diesel premet un ticket d’entrée à 109.000 euros, mais qui devrait rendre la voiture plus apathique, le bloc mazout occasionnant un léger surpoids. De ce fait, le V6 essence nous semble être un bon compromis.

Associée à sa motorisation V8, votre Quattroporte vous offre le choix entre deux finitions : GranLusso ou GranSport, pour un tarif identique et démarrant à 124.000 euros mais ne se différenciant – à l’extérieur – au final que par la calandre, légèrement différente, les énormes jantes de 21 pouces pour la GranSport, ainsi que des étriers de freins rouge.

Toutefois, à l’intérieur l’ambiance se veut bel et bien distincte avec des sièges sport et des insert en carbone en GranSport, tandis que la finition GranLusso propose des couleurs et des matériaux plus classiques tels que la ronce de noyer.

Mais, à l’opposé des Mercedes Classe S ou encore de la récente Audi A8, qui misent sur la technologie et leurs intérieurs impeccables, la Quattroporte, bien que plus âgée, dispose d’un certain cachet ; un je-ne-sais-quoi qui fait que l’on se sent à l’aise très rapidement et surtout que l’on développe un attachement certain pour cette voiture.

Le catalogue bien que moins fourni qu’Outre-Rhin, saura pimenter la facture globale… sans parler du malus écologique de 10 000 euros.

Alors certes, la Maserati Quattorporte n’est pas aussi parfaite que ses homologues allemandes et dispose de ventes extrêmement confidentielles par rapport à ses concurrentes directes, mais elle dispose d’une aura telle que votre regard et vos pensées reviendront toujours vers elle. Et si c’était ça, le propre d’une véritable diva ?

Que retenir de cette Maserati Quattroporte GTS ?

Qu’il s’agit d’une formidable machine à voyager dans une notion du luxe et du raffinement aussi rare et surannée qu’elle sait devenir instantanément attachante. Certes en décalage avec la concurrence directe, mais néanmoins dotée d’un tempérament de feu et de presque tout ce que l’on attend d’une limousine aujourd’hui, la Quattroporte tient son rang. Et révèle son âme de diva dès qu’on la côtoie.

Article et crédit photos : Fabien LEGRAND


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