Essai Renault Avantime V6 3.0 Auto.

Il était une fois l’histoire d’une voiture hors du temps. Hors des convenances et hors des contingences. A la fois coupé et monospace, tantôt découvrable, tantôt GT voire, avant l’heure, SUV. Avant l’heure, l’Avantime l’était jusque par son nom. Loin d’être le maître de ses horloges, il fallut bien du talent à ce concept automobile venu du futur pour devenir vieux sans être adulte. Aujourd’hui encore, il fait se tourner les têtes. Futuriste, moderniste tout autant que désuet, le Renault Avantime continue d’interroger. Il promène une silhouette et véhicule des idées novatrices, pourtant sa carrière s’est achevée voilà quinze ans. Que s’est-il passé pendant tout ce temps ? Pour le savoir, avec Proust, nous sommes partis au volant de l’Avantime à la recherche du temps perdu.

Et Matra inventa le Coupéspace

Pour celles et ceux qui l’ignorent, l’Avantime est une automobile produite entre 2001 et 2003. Voulue audacieuse, avant-gardiste et luxueuse, cette voiture qui ne ressemblait à aucune autre a été conçue et produite par Matra Automobiles pour le compte de Renault. Point d’orgue d’une superbe collaboration industrielle débutée en 1984, le projet Z66, devenu Avantime, est le prolongement et l’héritier d’un concept automobile initié par Matra, le monospace. Après trois générations d’Espace, Renault voulut se réapproprier l’enfant prodigue et le rapatria dans son nid. Pour survivre, les créateurs de Matra firent ce qu’ils savaient faire de mieux : réinventer l’automobile.

Partant du constat que les propriétaires d’Espace se sont attachés à leur voiture et notamment à sa position de conduite, mais que leurs enfants sont devenus adultes, l’idée germa de leur proposer un modèle de grand tourisme mariant les atouts d’un Espace (confort, espace à vivre, modularité, clarté intérieure…) aux caractéristiques d’un coupé (3-portes, gros moteurs, style). Le résultat prend la forme, inattendue et à ce jour, jamais copiée, d’un monocorps de 4,64 m de long, pour 1,83 m de large et 1,63 m de haut. Soit le coupé le plus haut-perché du marché !

Renault, Créateur d’Automobiles

A partir du concept proposé par Matra, Renault va dessiner la voiture en un temps record. Six mois seulement sont nécessaires à Thierry Metroz, qui signa aussi l’Espace III, pour ébaucher l’Avantime. A l’époque, fin des années 1990, Renault est en pleine révolution copernicienne. Du culte du bio-design, le Losange va se muer en anticonformiste résolu, sous la volonté de son directeur du design Patrick Le Quément. Le résultat prend la forme de lignes saillantes, d’angles, et de jeux de matière. Pour alléger la ligne, le pavillon devient bicolore, mettant en avant la spécificité de la voiture : ses arches en aluminium brut.

 Révélé comme concept-car à l’hiver 1999, l’Avantime surprend, et interpelle encore davantage quand Renault jure qu’il montre là son modèle définitif à 95 %. Déjà l’on se demande bien ce que seront ces 5 % d’un ensemble si novateur.

Respect des traditions…

Dans le détail, l’Avantime est monocorps et n’a pour seul relief dans sa silhouette que la malle bombée de son coffre, tombant comme la Mégane II avec une lunette concave droite. A l’avant, la calandre ne reprend étrangement pas ce qui fera l’identité des Vel Satis, Espace et autres Clio : point de moustache, et à la place une grille discrète. Le capot est en acier, c’est une des rares pièces de carrosserie à l’être, le reste étant en polyester, comme de coutume chez Matra.

Autre coutume, celle de reprendre des optiques Renault : ici les phares proviennent en partie de la Safrane, quand ceux de l’Espace III provenaient de la Laguna I et ceux de l’Espace I… du Trafic. Légèrement plissé, le regard profite d’un bouclier qui ajoute un large sourire à l’ensemble, tandis qu’au-dessus des optiques, des grilles viennent puiser l’air des aérateurs de l’habitacle. Original, le dispositif est de plus assez malin puisqu’il évite d’aspirer l’air vicié des gaz d’échappement.

De profil, un Avantime ne ressemble à rien de commun. Comme tout coupé qui se respecte, les portières sont sans encadrement. Et une fois toutes les vitres abaissées, c’est même une longueur ouvrable d’1m40 dont peuvent profiter les occupants ! Royal. Le flanc s’habille ensuite de la custode remontant en pente douce vers les arches du pavillon. A l’arrière enfin, l’Avantime est le seul modèle de -petite- série à adopter le principes des feux cerfs volants, développé par le design Renault depuis le concept Fifite.

Côté nuancier, l’Avantime a proposé jusqu’à 13 teintes de carrosserie possible, en contraste avec le pavillon aluminium. Les plus répandues sont le Steppe, l’une des premières teintes à effet, ainsi que le Nocturne et le Gris Acier. Parmi les plus rares, les Gris Sirius et Gris Pluton ainsi que le Vert Centaure, car ces teintes étaient envisagées pour une phase 2 qui ne vit jamais le jour et furent produites à dose homéopathique dans les dernières semaines de production. Rare également est le très audacieux Vert Taïga. Notre modèle d’essai, lui, est en Vert Scarabée. Côté roues, 5 options furent possibles, de l’enjoliveur 16 » Jérémy aux jantes alu optionnelles de 18 » baptisées Olympie, en passant par les deux jantes 16 » Erydan et Cythère, ainsi que les 17 » Rhodes de notre colosse (aux roues d’argile ?) du jour.

…et anticonformisme

Une fois passé à bord, c’est un habitacle baigné de lumière et ultra épuré qui accueille les occupants. C’est bien simple : l’Avantime possède à l’époque la plus vaste surface vitrée de toute la production automobile de série, et il n’est pas certain qu’il ait été battu depuis ! Le toit offre une surface vitrée d’1,7 m², dont 0,5 m² ouvrant soit le premier toit panoramique ouvrant de l’époque moderne. Son verre est spécifique, baptisé « Vénus 35 » et inventé par Saint-Gobain pour l’Avantime. La vitre arrière intègre par ailleurs l’antenne radio.

La planche de bord elle aussi surprend. Où sont les compteurs ? Où sont les boutons ? La magie de Matra et de Renault les a vus réinventer l’habitacle, ce dès l’Espace III avec notamment Pioneer qui miniaturisa à l’époque au maximum le système autoradio. Résultat, tout est différent pour vivre autrement à bord. Proust estimait qu’« une idée forte communique un peu de sa force au contradicteur » et cela se vérifie bien dans l’Avantime.

Au début, tout paraît génial. La climatisation bi-zone se pilote depuis les « tortues » sur les côtés, au pied des montants A. Seuls trois boutons au centre habillent la console (sécurité enfant, dégivrage, feux de détresse) tandis qu’entre les sièges résident la condamnation des portes et la déconnexion de l’ESP. Et c’est tout.

Derrière cet « espace » libéré se cachent moult cachettes et surprises. Un vrai jeu de pistes ! Au centre, un tiroir, qu’on ouvre en poussant la surface. Au-dessus, un profond vide-poche, serti du nom de la finition de la voiture. Face au passager, sous la baguette d’aluminium, un nouveau « push-pull » laisse apparaître le lecteur GPS ! Mais ce n’est pas tout : sous le volet basculant central se révèlent le chargeur 6 CD et l’interface Carminat du GPS. Ça ne vous suffit pas ? Sous l’accoudoir central se trouve un vaste rangement, que les passionnés ont pour beaucoup converti en rangement pour CD ! C’est aussi le lieu pour ranger la télécommande de l’auditorium, car oui, la voiture possède une télécommande pour l’autoradio, à destination des passagers n’ayant accès au satellite derrière le volant.

Avantime contre le temps qui passe

Derrière ces fonctionnalités totalement foutraques percent les stigmates du temps. Même si son écran est idéalement posé, l’interface GPS est du siècle passé. Les push-pull fatiguent vite, et l’ouverture du tiroir central ne se fait que si le volet basculant en-dessous est fermé ! Le dit-volet, et tous les plastiques recouverts de « soft-paint », finissent irrémédiablement par coller. Bonjour l’effet… et c’est encore pire sur ce degré « Privilège » où la peinture beige a tendance, elle, à s’effacer. Que dire aussi des contre-portes, où la peinture s’écaille et où la ceinture des sièges vient buter si elle remonte mal ?

Les sièges justement : ils ont été spécifiquement développés pour la voiture. L’absence de montant B a imposé de les équiper de ceintures intégrées. Une innovation géniale pour la sécurité passive, car ces dernières collent vraiment au corps de l’occupant en cas de choc. Le maintien des sièges, en revanche, est quelconque.

Suivant les finitions, plusieurs intérieurs étaient possibles : du tissu Beige Hoggar pour l’entrée de gamme Expression et la série spéciale Hélios, du tissu/cuir pour le niveau Dynamique, et enfin du tout-cuir, soit noir, soit beige, sur le degré Privilège. Ici présent, celui dit « Sahara » avec ses vaguelettes, est original, mais il existe aussi (plus rarement) sans ce motif. Électriques, les sièges proposent le maintien dorsal et, mais c’est rare qu’elle ait résisté au temps, une fonction « chauffage ». 

Le tableau ne serait complet sans parler des Packs Exception (PE) : le catalogue d’option de Renault proposait en effet plusieurs harmonies optionnelles, contre 2500 euros pour un PE1 et 2800 euros pour un PE2. La planche de bord, le volant et les contre-portes se revêtent de cuir colorés en PE1, et les sièges les rejoignent avec le PE2. Une audace totale !

Jusqu’à 7 personnes à bord… ou presque

A l’arrière, l’Avantime, sur base d’Espace, trahit les idéaux de Matra. La banquette 2/3-1/3 n’est pas coulissante, la cave à pieds pour les passagers est absente, et c’est à tâtons qu’il faut aller chercher les lève-vitres, dans les vide-poches. Mais quel confort ! Moelleuse, profonde, cette banquette invite au voyage, reposant d’autant que le spectacle du monde extérieur défile derrière le vitrage. Un spectacle tout de suite plus agité si vous roulez fenêtres ouvertes : l’arrière devient alors… un vrai tourbillon ! Reste qu’avec 3 ceintures à l’arrière, on peut monter à 5 à bord. En bon fils d’Espace, on peut monter à 7 à l’intérieur – testé et vérifié, sur 500 mètres, à raison de 3 au rang 1 et 4 au rang 2, bien sûr ne faites pas ça chez vous ! Car l’Avantime se vivra tellement mieux à quatre ou à deux…

Côté pratique toujours, le coffre est gigantesque. C’était une exigence de Renault, et même si le seuil de chargement est haut, il propose un double fond modulable avec une plage arrière qui peut servir de faux-plancher. Avec un volume de 530 litres, une banquette rabattable augmentant jusqu’à 900 dm3 la soute, c’est irréfragable : l’Avantime ne renie pas ses origines de déménageur.

Grand Air, fonction magique

On ne pouvait terminer ce tour intérieur de l’Avantime sans évoquer les trois derniers boutons présents au plafonnier. Ils reprennent la silhouette de la voiture, son vitrage si particulier, et ils font toute la différence : à gauche, vous ouvrez le toit vitré ; à droite, vous manipulez le rideau pare-soleil ; et au centre, c’est le bouton Grand Air, le bouton magique qui abaisse d’un coup d’un seul les 5 vitres de la voiture ! Effet garanti sur le public !

En moins de 8 secondes, l’Avantime se transforme en cabriolet, les arches de toit pour la sécurité en plus. Le nez au vent, cela devient le meilleur sèche-cheveux roulant qui puisse exister. Attention cependant au mécanisme des vitres : celles à l’avant sont très lourdes à remonter. Mais appuyer sur ce bouton, notamment l’été, est aussi vain qu’irréfrénable. Proust disait bien que « Rien n’est plus limité que le plaisir et le vice ».

Les portières oscillo-battantes aussi sont dans la légende de l’Avantime. Leur double cinématique, pure invention Matra, leur permet de s’ouvrir et de s’avancer pour mieux sortir de l’auto, notamment dans les parkings, ce malgré une longueur d’1,40 m. Hélas, cela s’accompagne d’un poids certain (56 kg par porte, bien que l’articulation soit en aluminium) et elles furent accuser de retarder le lancement.

Un concept-car roulant

Et à plus d’un titre. Prendre le volant d’un Avantime, c’est vivre une expérience hors du temps. On est positionné haut, plus haut que dans n’importe quel coupé du marché. On domine la route, et même si les brancards sont épais, la visibilité est excellente grâce au pare-brise tridimensionnel. Le tableau de bord est dégagé : seul demeure face au conducteur le compte-tours. Les autres compteurs sont au centre, certes comme sur un Espace III, mais comme sur peu de voitures encore aujourd’hui. Tout le reste semble pensé comme l’architecture d’une maison : fonctionnel mais chic, discret tout en captant l’attention des non-initiés.

Concept-car roulant, l’Avantime l’est encore, et peut-être le sera-t-il toujours, vis-à-vis du regard des autres. Sa forme interroge. Sa présence suscite les questions, jusqu’à l’absurde : « C’est une nouvelle voiture ? » m’a-t-on un jour demandé. Non, elle a maintenant 15 ans. Impensable, une telle longévité !

Pourtant, le temps est assassin pour l’Avantime. Dès sa sortie, le passé pointait : regardez le Neiman. Sa base d’Espace III le privait de la carte d’accès des Laguna et Vel Satis. A 42.000 euros passés à son lancement, le choc était certain pour un modèle si futuriste… Concept-car roulant, l’Avantime l’est partout à bord : par ses matériaux et ses assemblages, il tient plus souvent de la pré-série que de la grande série.

Grand tourisme

Une fois au volant, lui-aussi repris d’un Espace III, l’Avantime se vit en trois moteurs et deux boîtes de vitesse. A côté des 2.2 150 ch Diesel et 2.0 Turbo 165 ch essence tardivement arrivés dans la gamme, l’Avantime fut lancé en véritable modèle de grand tourisme : avec un V6. En l’occurrence, le 3.0l 24 soupapes de 210 ch imaginés par Peugeot et Renault, baptisé chez l’un ES9, chez l’autre L7X. A son service, deux transmissions : manuelle dite PK6, ou automatique Proactive signée Aisin Warner. Notre modèle d’essai est un V6 à boîte automatique.

D’origine proposé avec un feulement discret, ce moteur sait être démonstratif si on lui offre une ligne d’échappement en inox, notamment celle proposée en option à l’époque, signée Devil, en simple et double sortie. La boîte Proactive laissera, sans mal, le V6 monter dans les tours : elle est certes un peu lente à la décision, mais elle sait aussi donner un véritable coup de pied aux fesses si l’on met « pied dedans ».

Ecoutez le V6 rugir d’aise jusqu’à 5500 tour/minutes est aussi surprenant que de contempler le paysage défiler à toute allure autour de soi. La direction évolue alors : de très assistée à l’arrêt, elle offre une consistance qui grandit avec l’allure. Rassurante, elle se marie à un train avant qui se joue du roulis et inscrit parfaitement la voiture dans les courbes. Rien de très sportif là-dedans : surtout un comportement sain et bien guidé. On n’achète pas un Avantime pour faire la course de toute façon.

A l’étroit en ville, l’Avantime est un avaleur d’autoroute-né. Calé à 130 au régulateur, il laisse défiler le paysage sereinement. Mais il se vit aussi bien à la campagne, tout ouvert, pour mieux laisser entrer l’air. Cette voiture a en réalité plusieurs visages et s’adapte sans difficulté à l’humeur de son conducteur. D’ailleurs, n’était-ce pas Proust qui disait que « les égoïstes ont toujours le dernier mot » ? Avec l’Avantime, si.

Rouler en Avantime aujourd’hui

Les chagrins diront folie. Les fans diront bonheur. La réalité est plus certainement entre les deux. Si l’Avantime procure un confort et une expérience de conduite sans pareil, il impose de regarder à la dépense. En carburant d’abord car avec, sur ce V6 Auto., un appétit oscillant entre 10,4 l sur route et plus de 13 l en ville, le citoyen s’avère gourmand. En entretien ensuite : ce beau V6 à (juge) courroie vous condamne à une dépose du moteur pour la changer, sa boîte automatique réclame une vidange minutieuse, et certains garages n’hésitent pas à la refuser. A vivre, enfin : les pièces détachées sont extrêmement rares, qu’elles soient mécaniques ou de carrosserie, et si l’électronique est assez peu capricieuse, les moteurs savent être complexes à entretenir -le V6 étant transversal, 3 des bougies sont difficilement accessibles.

Bref, on pourrait en être réduit à toucher du bois, mais dans cette voiture au design bien ancré au début des années 2000, il n’y a pas de bois ! Même pas de ronce de plastique. Juste des plaquages en aluminium. Plus sérieusement, pour aider les Avantimers, deux associations existent : l’Amicale Avantime et Patrimoine Matra Avantime, chacune riches de conseils et de camaraderie, tandis que plusieurs forums et pages de discussions sur les réseaux sociaux existent. Comme nous le vîmes à Epoqu’Auto et à Rétromobile, l’Avantime est la plus jeune des voitures de collection.

En effet, côté cote, les Avantime sont considérés comme youngtimers et leur rareté va dans le sens d’un esprit « collector » qui est croissant. L’on trouve encore de tout sur le marché, des modèles « pour pièces » jusques aux modèles « concours », à savoir les Pack Exception 1 et 2 aux cuirs colorés, et aux configurations baroques et rarissimes. Le V6 n’est pas forcément le moteur le plus recherché, le 2.0 Turbo étant plus rare, plus solide et plus frugal. Mentionnons aussi l’existence d’un kit sport (KS), reproduit par l’Amicale Avantime et qui avait été imaginé en accessoire de la voiture avec les jantes Olympie. Si bien que l’Olympe de l’Avantime serait un « PE2/KS/18/double Devil » comme les appellent les passionnés. Eh oui, « chaque classe sociale a sa pathologie » et les collectionneurs n’y échappent pas.

L’on peut aussi vivre avec un « simple » Privilège ou Dynamique, heureux et tranquille. Même, certains modèles ne comportent pas de toit vitré et arborent des enjoliveurs. Il paraît que pour vivre heureux, on doit vivre caché -mais ce n’était pas Proust qui le disait.

Le temps retrouvé ?

Il est de l’automobile comme de la littérature. Des voitures comme des mots. Il suffit d’une odeur, d’une courbe de carrosserie ou d’une sonorité pour que resurgissent des tréfonds de nos mémoires des souvenirs perdus que l’on pensait oubliés. Pour moi, l’automobile a le même rôle que la madeleine pour Marcel Proust : elle nous plonge dans les temps passés. Mais qu’en est-il si ces temps ont trépassé ? Que dans un cortège de carrosseries semblables, l’originalité s’est diluée ? Avec l’Avantime, l’histoire automobile nous offre une exception pour confirmer toutes les règles. Un paradigme pour cristalliser les paradoxes.

Hélas, « Il est peu et de réussites faciles, et d’échecs définitifs » disait Marcel. Derrière l’Avantime et ses 8552 exemplaires produits en moins de 24 mois, c’est l’histoire d’un gâchis industriel qui point à l’horizon. L’incapacité de Renault à doter la voiture de ses dernières nouveautés techniques et ses difficultés à la vendre, la longueur de la mise au point côté Matra, la volonté d’abandonner l’automobile de Lagardère ont chacune concouru à la fin d’une aventure sociale en Loir et Cher. Cela aussi, Marcel l’évoquait : « On pardonne les crimes individuels, mais non la participation à un crime collectif ». Et si aujourd’hui l’Avantime continue d’interpeller, c’est que « les vrais paradis sont ceux qu’on a perdus ». Pensez, quelle audace ! Il fallait bien être fou pour mettre sur le marché un concept automobile nouveau avec un V6 essence glouton et un tarif tutoyant les sommets face à une qualité perfectible. Déjà utopique en 2001, ceci relève de l’impensable désormais.

Cette folie signait pourtant une véritable création automobile, d’une originalité et d’une audace rarement égalées. C’est ce qui rend l’Avantime, perdant magnifique d’une société ne l’ayant pas compris, unique. Et c’est ce sur quoi le temps n’a aucune prise : ni perdu ni retrouvé, l’Avantime est bel et bien hors du temps.

Crédit photos : The Automobilist – Gilles Moutouillout
Les plus attentifs auront remarqué que certains clichés, pris Place Vendôme, étaient une évocation au spot de publicité de l’Avantime avec Jean-Paul Gaultier.
Conseil lecture :
La Renault Avantime de mon père, d’André Dewael, aux éditions ETAI (2017).

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