Essai Jeep Compass Limited 1.4 170 ch BVA9

Pour Jeep, 2017 est l’année de la reconquête. Celle d’un marché que le constructeur a créé le jour où la première Willys a posé ses roues avant sur le sable normand. Après le succès du Renegade, la marque américaine du groupe Fiat veut continuer à entamer les lignes ennemies avec un nouveau véhicule: le Compass mkII. Tient-on ici l’arme de la victoire, soldat ? Faut voir, mon capitaine. Si la réussite stylistique est évidente, quelques mesquineries au niveau des intérieurs et un couple moteur-boîte au bord du divorce sur notre modèle à l’essai font tâche dans les plans du général Jeep.

Lancement le 7 juillet 2017

Le Jeep Compass arrive en concessions ce vendredi 7 juillet, soit le 7/7/17, à 7 heures. L’hommage est ici rendu aux sept haricots de la légendaire calandre. On suggère aux distributeurs facétieux de proposer un tome du Clan des 7 pour les enfants, un blue ray des 7 Mercenaires, Sept 7 ans de réflexion, voire une édition limitée de Seven pour les parents avec l’achat du baroudeur, mais on s’égare.

C’est l’effervescence chez Jeep. L’Américain va débarquer ses Compass par barges entières pour une clientèle jeune et familiale. Ceci pour continuer de tracer des courbes de ventes vers le haut. En 2010, la marque vendait en France 1.464 véhicules quand l’année dernière 11.025 de ses voitures ont trouvé acheteur. Cette réussite a un nom : Renegade. Le petit SUV urbain sorti en 2014 a conquis 8.466 conducteurs en 2016. Pas cher, à deux ou quatre roues motrices, plutôt bien équipée et affublé d’un look vintage, la Jeepette plaît aux urbains comme à ceux qui osent les chemins de traverse. Car le Renegade se débrouille bien en offroad.

Le Jeep Compass, un petit Grand Cherokee

Il s’agit pour le constructeur de faire mieux avec le Jeep Compass. Avec quatre versions, Sport, North, Limited et Trailhawk, les prix débutent à 24.950 euros (5.000 de plus que le Renegade) pour un 1.4 140 ch BVM6 essence, pour atteindre 41.650 en version tout-terrain exclusive. Chaque modèle est vendu environ 3.500 euros de moins que la concurrence directe sur le segment C, Tiguan, Kadkar, 3008, Kodiac, Qashqai, Tucson etc. Jeep compte atteindre les 20.000 ventes par an en France en couvrant 60% du segment des SUV compacts – qui va de 30 à 45KF – et, au passage, couvrir 100% du marché des SUV. Bref, c’est reparti comme en 44.

La première version du Compass est sortie en 2007, basée sur la plateforme JS Daimler Chrysler-Mitsubishi. Jugée confortable et agréable à conduire, elle n’a pas laissé un souvenir impérissable dans le monde du offroad malgré des ajustements bienvenus dans le temps. Le Compass 2017 est une autre affaire. Oubliées les formes pataudes de son ancêtre, le SUV se pare de la robe statutaire du Grand Cherokee… en plus petit. Côté motorisations et plateforme, le Compass a fait son marché chez le Renegade tout en augmentant sa longueur de huit centimètres pour arriver à 4,39 mètres. S’il va débaucher à coup sûr les potentiels acheteurs de son petit frère, il risque bien aussi de détourner vers lui les inconditionnels du Cherokee.

Les yeux de Iron Man…

Tout en restant classique, Jeep a musclé sa face avant. Les passages de roues en plastique noir sont proéminents et possèdent la signature visuelle de la marque. Le Limited est monté en série avec des jantes en alliage de 17 pouces.

En version Limited, comme sur l’Opel Crossland X, une bande métallique habille le haut des vitres, mais celle-ci déborde par le bas de la custode arrière et donne un cachet certain à l’arrière du Compass. Le toit est à ton différencié et s’incline vers l’arrière pour donner au SUV un style sportif façon Evoque. On se disait bien que cette Jeep avait un je-ne-sais-quoi de Range…

La forme maîtresse imaginée par les designers du Compass est le prisme. Il dessine la forme de l’entrée d’air avant, celui des optiques à led et des passages de roues. L’équipe des dessinateurs s’est même révélée férue de culture pop en nous confiant que le dessin des phares arrières est un hommage au super héro Iron Man. Damn it ! Reste que vu de l’extérieur, le Compass a du style.

A l’intérieur, le jour et la nuit

A l’intérieur, deux possibilités. Soit on trouve la planche de bord à deux tons sans originalité, soit on en apprécie le dépouillement. On penche plutôt pour la seconde. L’ensemble est bien agencé. Le design s’articule toujours autour du prisme Jeep qui dessine les contours de l’écran central de 8,4 pouces.

Jeep n’a pas voulu reproduire l’ambiance vintage du Renegade avec son tableau de bord très vertical façon Wrangler, son imposante poignée pour le passager au-dessus de la boîte à gants avant et son insert « Since 1941 ». Le Compass vise une clientèle toujours plus familiale qui se moque bien de l’absence de marqueurs Jeep sur la planche de bord. Il n’y a pas de problème ici. Mais il y en a un ailleurs.

La casquette de tableau de bord noire moussée est du plus bel effet. Mais les plastiques noirs brillants qui entourent l’écran et le levier de vitesse font toc. Le cuir des sièges blanc à surpiqures et tissu nid d’abeilles est de belle facture. Mais il est remplacé par un simple tissu sur les bords, hors de vue. Les surpiqûres rouges des habillements de portes font premium. Mais un coup d’ongle involontaire suffit à rayer le plastique de la poignée de porte.

Nous voilà pourtant à bord d’un SUV finition haute Limited qui peut atteindre les 40.000 euros et sur lequel Jeep a fait des économies certes réelles (quelques dizaines de cm2 de cuir multipliés par des milliers de véhicules…), mais peu glorieuses.

Le compartiment moteur offre aussi de quoi lever les yeux au ciel. A ce niveau de gamme, le carter plastique de protection possède des fausse têtes de vis BTR, moulées…

De l’espace et de la connectivité

L’ambiance à bord du Compass est agréable. On est assis haut mais les sièges électriques à huit positions manquent un peu de maintien latéral. Dommage pour un véhicule tout terrain. L’habitabilité est identique à celle du Kadjar et du 3008, très bonne. La banquette arrière, avec trappe à skis, est spacieuse. En 40/20/40, elle est rabattable et fait un plancher plat. La place aux jambes est dans la moyenne et vous serez à l’aise sur la place du milieu grâce à un tunnel de transmission peu imposant. Autre bon point à relever, les prises USB et 230V derrière la console.

L’espace intérieur est lumineux et ouvert vers l’extérieur malgré la faible surface des vitres. Seul l’arrière – où la sécurité passive est la plus conséquente – ne propose qu’une luminosité moyenne à cause d’une vitre réduite et deux custodes latérales sûrement les plus petites du marché.

Le coffre à double plancher et fermeture automatique offre un volume de 438 litres, dans la moyenne du marché.

Notre Compass à l’essai est doté système multimédia UConnect de série à partir de la finition Longitude. Tactile et intuitif, on navigue sans se perdre dans les menus et les connections téléphones mobiles Apple CarPlay et AndroidAuto sont au programme. Le GPS est solide et gère bien les changements de destination intempestifs en recalculant sans trop de latence les itinéraires. On appréciera les services, point d’intérêts, station essence, lavage, etc. proposés.

Sous l’écran sont regroupés le sélecteur de conduite Active Drive et ses modes Auto-Snow-Sand-Mud, l’unique (dommage) prise USB, l’entrée audio et la prise 12v DC. Le volant cuir à trois branches centralise pas mal de commandes. Il est agréable au toucher mais manque de style.

Coté son, Jeep s’est allié à la marque audio Beats. Si l’amplification à neuf hauts-parleurs fait son job sur les musique classiques et pop rock, les enceintes peinent un peu à restituer les basses du hip-hop. Rien de grave mais un peu un comble quand on pense le concepteur de Beats est un certain producteur de rap. Côté sécurité, on retrouve les fonctions habituelles à ce niveau de gamme: assistance de parking, alerte de franchissement de voie, radar de proximité, régulateur de vitesse adaptatif et surveillance de la pression des pneus.

Sur route, moteur et boîte ne s’entendent pas

Deux moteurs essences de 140 et 170 ch et trois moteurs Diesel de 120, 140 et 170 ch équipent le Jeep Compass, que l’on pourra acquérir en deux ou quatre roues motrices. Coté transmission, une boîte manuelle à six rapports ou automatique à neuf rapports pour les versions essence/diesel 170 ch. sont au programme.

Jeep Compass 1.4 170 ch BVA9 LIMITED
Transmission: 4 roues motrices
Carburant: Essence  
Boîte de vitesses: automatique à 9 vitesses
Chevaux fiscaux: 10 cv 
Puissance: 170 ch / 125 kW 
Autonomie moyenne: 870 km 
Dimensions: L 4,394 m x l 1,819 m x H 1,644 m

Nous avons choisi le moteur essence le plus puissant de la gamme, le MultiAir 170 uniquement proposé avec la boîte automatique allemande ZF à neuf vitesses que l’on trouve déjà sur le Cherokee. Le plus puissant donc, mais au bout de 20 kilomètres, c’est à ce demander si on n’a pas pris place dans… le moins puissant.

En ville, à allure lente la voiture roule sans problème. Mais sur la route, le Compass se révèle une machine molle. Moteur et boîte ne s’entendent pas. La BVA ne sait jamais quel rapport passer. La faute à trop de choix ? Lancer la voiture se révèle pénible. On accélère, la boîte ne réagit pas pendant une seconde pour finalement passer un rapport puis un autre sans que l’on ait la sensation qu’elle sait ce qu’elle fait. En cas de dépassement d’urgence, une seconde, c’est long.

Même supplice pour rétrograder. La ZF butte, renâcle et finalement fait le job, non sans nous gratifier de fatigants à-coups. Heureusement que Jeep a soigné l’amortissement, McPherson à l’avant, Chapman à l’arrière. Sans ce bon maintien de caisse, les choses seraient bien pires.

Les problème de la ZF9 sont connus mais une tel comportement erratique est surprenant. Engagé sur une route à lacets, la conduite devient encore plus pénible. On est sans-cesse entrain de reprendre la voiture à cause d’une direction trop lourde et un train avant aux fraises. Ces errements mécaniques ne sont pas rattrapés par le couple moteur-boite. Le problème est tel que le démarrage stop-and-start engendre des secousses pénibles. Mais la ZF n’est pas la seule responsable de la mollesse du Compass. Le moteur semble avoir perdu ses 170 chevaux avec les 1.615 kilos de la voiture. En passage de vitesses manuel, le MultiAir peine à monter dans les tours et rend vite les armes. Une boîte manuelle six rapports améliorerait le dynamisme, pas la mollesse du quatre cylindres.

Efficace en tout terrain

Faisant part des soucis de notre Compass avec les confrères. Certains ont partagé notre étonnement,mais d’autres nous ont expliqué que l’on n’achète pas ce genre de voiture pour le plaisir de conduite. A presque 40.000 euros l’unité ?

Qu’est ce que le plaisir de conduite ? Oublions l’idée que ce ne serait qu’une histoire de pied au plancher, d’attaque en virages et de montées dans les tours. Admettons que cela puisse être ça : conduire sa voiture d’un point A à B, s’entendre demander comment s’est passé le trajet et répondre « très bien, merci ». Bref, ne pas dire quelque chose comme : écoutez, on a eu du beau temps, les gosses ont été sages, mais bon sang, ma boîte fait n’importe quoi, je ne sais pas ce qu’elle a. En partant sur cette base, la 1.4 MultiAir 170 BVA9 n’est pas plaisante à conduire. Et comme la voiture est belle, ça fait un peu mal. Espérons que les versions Diesel soient plus convaincantes.

Puis on sort de la route pour s’engager sur les chemins et le Compass se montre enfin à l’aise. L’Américain montre tout son potentiel sur routes défoncées. Ici, la ZF neuf rapports justifie sa présence. Ses rapports courts éliminent les obstacles en s’adaptant sans cesse au terrain. Ultime atout, son blocage de différentiel fait la différence avec la concurrence.

Conclusion

Ce Jeep Compass 2017 en version 1.4 MultiAir 170 BVA9 Limited est un SUV sans cohérence. Il est une réussite esthétique mais sa conduite est erratique. Il excelle en trajet urbain et en offroad, mais la conduite sur route est sans dynamisme aucun. Sauf que pour aller de la ville au offroad, il faut bien passer par des routes, non ? Et ceux qui ont vraiment besoin d’un tout terrain se tourneront vers la très efficace version Trailhawk. La fameuse boîte ZF et ses interminables rapports a été intégrée pour diminuer la consommation. Mal calibrée avec le moteur, elle diminue le plaisir de rouler. Et ce moteur de 170 chevaux peine à tracter les 1.615 kilos du baroudeur. Et comme vous avez pu le lire précédemment sur notre site, le même problème est présent sur le Renegade 1.4 MultiAir 140 en boîte auto 6…

Quel est le plan de bataille de Jeep pour lutter contre le 3008 qui offre un vrai agrément de conduite ? Et celui contre le Tiguan à la finition sans reproche ? Proposer un look et des tarifs agressifs sur toute la gamme. Le Compass est destiné à une clientèle urbaine et familiale attirée par du style, de la sécurité et de la connectivité. De ce côté-ci, le contrat est rempli et le Compass va trouver preneur. Mais quels seront les chiffres de ventes ? L’avenir dira si la nouvelle campagne de Jeep sera le Débarquement en Sicile ou la Bataille des Ardennes.

Photos Olivier Rodriguez. Tous droits réservés.

Jeep Compass 1.4 170 ch BVA9 LIMITED
Tarif: 37.250 €
Malus 2017: 2.773 €
OPTIONS
Peinture White avec toit noir: 1.300 €

Pack Confort: 1.450 €
Hayon électrique
Régulateur de vitesse autoadaptatif avec fonction embouteillage 
Sièges avant chauffants / ventilés 
Essuie-glaces chauffants
Volant chauffant
Tapis de chargement réversible

Pack Visibilité 18'': 1350 €
Jantes alliage 18"
Vitres arrière surteintées 
Commutation feux de jour/nuit automatique Projecteurs bi-xénon 
Lampes d'approche

Pack Visibilité 19'': 1.950 €
Jantes alliage 19"
Vitres arrière surteintées 
Commutation feux de jour / nuit automatique Projecteurs bi-xénon 
Lampes d'approche

Pack attelage: 850 € 
Crochet d'attelage
Pré-cablage 13 broches
(Disponible uniquement avec la roue de secours TBS)

Pack City: 1.450 € 
Système de surveillance des angles morts 
Système de détection de présence arrière 
Aide au stationnement avant
Système Park Assist™ d'assistance au stationnement parallèle
/perpendiculaire semi-automatique
Caméra de recul ParkView™ avec affichage dynamique
Pneus avants: 225/60 R17 S
Pneus arrières: 225/60 R17 S 
Empattement: 2,64 m 
Réservoir: 60 L
Poids: 1 615 kg 
Vitesse maxi: 200 km/h
0 à 100 km/h: 9,50 s
Consommation urbaine: 8,7 L/100 km
Consommation extra-urbaine: 5,9 L/100 km
Consommation mixte: 6,9 L/100 km
Émission CO2 (g/km): 160 g/km
Norme de dépollution: Euro 6

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