Essai Jaguar XE 2.0 D AWD BVA

Présentée en 2014, la Jaguar XE avait pour objectif de relancer Jaguar sur le segment D, cinq ans après la mise à mort de la Jaguar X-Type et six ans après le rachat de la marque par Tata Motors. Sacrée plus belle voiture de l’année en 2014 alors qu’elle sortait tout juste des cartons, la XE semblait promise à une belle carrière. Et nous voilà, trois ans après cette consécration, à son volant, en livrée Ultimate Black.

On peut d’ores et déjà sentir au nom du coloris une certaine ambition. Pour être précis, il s’agit de la finition Portfolio, mue par le 2,0 l Diesel 180 ch, avec boîte automatique et transmission intégrale. A-t-elle su écarquiller nos rétines, ravir nos séants et faire vibrer nos cœurs ? Embarquez donc avec nous pour le savoir, ainsi que répondre à cette question fondamentale : comment empêcher vos passagers de mettre des miettes partout sur cette belle sellerie cuir ?

Soigner son image

Je vous laisse seul juge, mais pour ce qui est d’en prendre plein les mirettes… Cette Jaguar XE tape en plein dans le mille. Elle fait partie de ces automobiles que l’on remarque dans le trafic. Non pas à cause du « peu » de véhicule en circulation, mais bel et bien parce qu’elle a une présence. Les lignes sont simples et efficaces tout en restant plus qu’élégantes. Et la calandre a su tout de même conserver une certaine agressivité -Jaguar bondissant oblige.

Les optiques sont effilées, la calandre est large, cerclée de chrome et le logo de la marque sur fond rouge sied tout à fait à sa robe noire. Malheureusement, pour l’aspect des photos nous avions, elle et moi, pris la pluie plus tôt dans la matinée… Cette fluidité dans les lignes se retrouve sur toute la partie latérale de la XE. Les jantes de taille 19 pouces Venom (en option) trouvent parfaitement leur place dans les passages de roues. Le tout est souligné par un insert dans l’aile, rappelant discrètement que vous reluquez une Jaguar.

Une poupe plus discrète

L’arrière-train de notre félin est quant à lui des plus classiques. Bien que sobres et élégantes, les optiques arrière sont d’un classicisme quasi ennuyeux. On aurait également apprécié que sur un véhicule de ce standing, le dé-siglage soit systématique. Non pas que je n’aime pas les animaux, mais à mon sens les logos XE et 2.0d AWD sont clairement de trop. Le déflecteur arrière est en plastique non peint, tant mieux pour vous si avoir trop d’information venant de la caméra et du radar de recul vous fait irrémédiablement vous garer dans un pot de fleur. La palme de la petite touche de chrome revient sur la face arrière à la double sortie d’échappement.

Finissons notre tour de cette XE en revenant, discrètement, vers la portière conducteur. Discrètement, les félins ne dorment jamais que d’un œil…

La paix intérieure, made in Jaguar

Il suffit d’ouvrir la porte conducteur pour savoir instantanément qu’on sera tout confort au volant de cette XE. Les panneaux de porte sont solides, bien finis, à l’exception du vide-poche qui est en plastique dur et qui ne semble pas tout à fait solidaire de la partie supérieur. On retrouve sur le côté conducteur les commandes de centralisation et les commande de lève-vitres impulsionnelles.

Le volant présente la ribambelle désormais classique de boutons contrôlant l’audio sur la gauche et le cruise control sur la droite. A noter que la partie gauche contrôle aussi les réglages et l’affichage du LCD présent au centre du bloc compteurs. On retrouve enfin, solidaire du volant, les palettes de la boîte auto-séquentielle.

Le tableau de bord est recouvert d’un cuir sombre, légèrement granuleux, souple et agréable au toucher. Surveillez donc vos passagers qui seraient susceptible de mettre leurs mains pleins de doigts sales dessus ! Vous retrouverez devant vous, sur le compteur… des aiguilles ! Ô bonheur, deux vraies aiguilles même ! Qui trônent fièrement comme des reliques du passé au sein du compteur de vitesse et de révolution moteur par minute. La tradition a du bon.

La seconde relique du passé que l’on trouve à bord de cette XE c’est son cendrier. Sans rire, vous fumez encore à bord ? Ça ne fait plus, voyons. Superbe cendrier, dont le couvercle est en aluminium, qui vous crie bien fort : « Tu le trouvais cher le cendrier repositionnable de la Twingo ? Essaie de me perdre pour voir ! ». D’ailleurs je suis certain que si jamais vous avez installé une carte SIM dans la voiture, et que vous le perdez ce cendrier, la XE va appeler elle-même votre banque pour préparer psychologiquement votre conseiller.

Gare aux coups de griffe

Blague à part, mis à part les flancs de cette dernière qui sont en plastique dur d’une finition moyenne, cette console centrale est très classe. Véhicule à l’arrêt, la commande de boîte disparaît dans son logement -une marque de fabrique depuis la XF de 2007. Le plastique piano black brille alors de mille feux, et on se paie même le luxe d’avoir un porte gobelet. On y retrouve également les commandes liées au comportement de l’auto, à savoir Dynamique, Classique, Eco ou Verglas/pluie, ainsi qu’une commande actionnant le frein à main électrique.

Plus haut, toujours noir brillant cerclé de chrome, on trouve la commande de climatisation/chauffage, celle des sièges chauffant (en option eux aussi) et les warnings. L’affichage des températures choisies à gauche et à droite est plus malin et élégant et se fait sous le plastique en transparence. Pas de LCD ici. Alors que sur la gauche vous retrouvez le bouton Start, celui de droite sert au volume ou simplement à mettre la musique en muet.

Info-divertissement au top!

Levons encore un tout petit peu la tête pour découvrir une autre option, l’écran multimédia de 10,2 pouces. Option que pour le coup je vous conseille vivement de sélectionner tellement il est agréable, réactif et ergonomique. Étant moi-même un indécrottable geek, je n’ai jamais aussi peu pesté après un système tactile embarqué ! C’est fluide, beau et simple. On pourrait tout juste reprocher à l’écran d’être un petit peu bas.

Je profite d’avoir employé le mot geek pour rebondir sur les boutons de plafonnier d’appel d’urgence. Une fois leur clapet respectif soulevé, on a vraiment l’impression de se retrouvé face à un choix entre une bonne et une mauvaise action. Le côté obscure étant rouge, évidement… Merci Morpheus. Bref. Reprenons.

Pour ce qui est de la qualité sonore, c’est une petite déception. Même si le système Meridian est plus que correct il n’est pourtant pas exceptionnel. Et si les basses sont agréables le rendu des médiums est assez moyen et pas possible de régler cette plage de fréquence via un equalizer.

Quatre places et demie

Tout est bien dans le meilleur des mondes. Pour les deux occupants à l’avant en tout cas, oui. Malgré ses 4,67 m de long et 2,07 m de large rétroviseurs déployés, vos passagers à l’arrière seront moins bien lotis. Même si la sellerie est agréable, le seul luxe à leur disposition sera une prise allume cigare. La place pour les jambes est réduite, voir très réduite en fonction de la taille des adultes à l’avant. La 5ème place est là en pur dépannage, d’ailleurs la ceinture de sécurité correspondant à cette place pend de façon très disgracieuse sur la banquette.

Si vos deux passager sont d’un certain volume (ou d’un volume certain) et décident malgré vos nombreuses menaces de mort, de casser la croûte ou de boire un thé à l’arrière en rabattant le porte-gobelet de la place centrale, ils verront invariablement leur popotins tapé dans le coin de la banquette. Remarquez, la douleur pourrait leur couper l’appétit. A tester, donc !

Gare à ce qui ne se voit pas…

Tranquillisez-vous, même si le coffre n’est pas d’un volume extravagant, 455 litres, c’est tout de même suffisant pour y mettre les cadavres de vos deux passagers gastronomes. A condition tout de même qu’ils ne soient pas trop épais. La première chose que l’on remarque ici est le bouchon de remplissage du réservoir d’AdBlue. Tout de suite après  les tringles de commande de la banquette arrière vont vous sauter au visage… C’est peut être bête, mais ce sont des choses qu’on aimerait ne pas apercevoir sur une Jaguar. Ici pas de roue de secours, sous le faux plancher on retrouve le kit crevaison et la batterie.

Fermons donc cette malle arrière et retournons à l’avant du véhicule. Nous y avons deux choses importantes à y faire. Premièrement, continuer de parler de rangement dans le vide-poche centrale, où on retrouve deux ports USB, un HDMI et un allume cigare. Mais aussi le fameux port pour carte SIM dont on parlait plus tôt. Et deuxièmement : mettre le contact. Et faire bondir le Jaguar !

Dompter la bête

Au cœur de cette Jaguar XE, le moteur Ingenium 2.0L diesel développant 180 chevaux et 430 Nm de couple. Il propulse cette berline britannique de 0 à 100 km/h en 7,9 secondes et devrait consommer 4,7l/100 en cycle mixte.

Moteur en route, sélecteur rotatif déployé et en position D, on démarre doucement comme d’accoutumé pour prendre en main le véhicule. Et pour bien commencer, la boîte automatique sélectionne, d’elle-même, la seconde. Premier constat ? Sur des routes accidentées le confort est très appréciable. Les dos d’ânes multiples sont avalés sans sourciller par les suspensions et mes vertèbres. Les rapports passent sans à-coups et les trains roulants sont remarquablement bien isolés. Le moteur est agréable et peu bruyant à bas régime. Le félin est docile.

Si le temps se gâte et que vous devez mettre le pied au plancher d’un coup, la boîte de cette XE mettra un certain temps à rétrograder pour vous apporter le couple que vous désirez. Après un changement de vitesse mollasson, on prend la vraie mesure du couple du moteur. En effet, ces 430 Nm de couple et 180 ch se montrent très largement suffisants pour sortir de situations délicates, sans être aussi bondissants que le félin qui leur donne son nom. Et si dans certains cas un lance-grenades Mk19 est plus approprié au trafic parisien qu’un 2L Diesel, même fabriqué par une marque qui a déjà propulsé James Bond, reconnaissons que ce bloc répond à 99% des sollicitations quotidiennes.

Gourmand félin

On notera en conduite « bouchon » une consommation plutôt importante. Sur le Saint périphérique Parisien, on frôlait les 8l au 100km. Stabilisé à 40/45 km/h on était plus proche des 6,5l que des 5,5l annoncés. Cela dit, une fois les 70 km/h atteints  la consommation chute aux alentours des 3l/100. Les 1615 kg de la bête y sont sûrement pour quelque chose.

Allons un peu plus loin avec ce sélecteur rotatif. Vous ne le pousserez pas en mode S par hasard. Comme si cela pouvait être un danger potentiel, il faut enfoncer le sélecteur pour pouvoir passer du mode D au mode S. Ce dernier me donne absolument la même impression de mollesse en cas d’accélération brutale. Pourtant le véhicule est bien en mode Dynamique… Qu’à cela ne tienne, je vais passer moi-même les rapports ! Effectivement le moteur et la transmission sont bien plus efficaces en mode séquentiel. Les reprises sont plus franches quand on rétrograde sois même avant de mettre le pied au plancher, évidement.

L’apport de la transmission intégrale

La transmission intégrale de cette Jaguar XE est capable de faire varier la répartition de traction entre l’avant et l’arrière. En temps normal, 90% de la puissance sera transmise aux les roues arrière. A contrario, sur route mouillée ou glissante, les roues avant pourraient elles aussi se charger de 90% du travail. La philosophie de Jaguar étant de faire conserver son adhérence au véhicule plutôt que d’essayer de la lui faire récupérer une fois qu’il l’a perdue. Résultat des courses, cette XE tient en effet la route de façon plus que convenable !

Cela dit, la direction est floue et imprécise et on a du mal à ressentir les feedback de la route au travers du châssis, contrairement à une Alfa Romeo Giulia. Je n’ai cependant pas réussi à mettre le châssis de cette XE en défaut. Si vous êtes aficionados des petites routes de campagnes et lorgnez sur la XE, il faudra certainement envisager la version 2l essence, boîte manuelle et propulsion. Qui est d’ailleurs, moins chère que notre XE d’essai.

Si vous cherchez une berline qui a de l’allure et que vous associez, comme de plus en plus d’entre nous, les marques allemandes à des propriétaires ou conducteurs manquant cruellement de savoir vivre… Ou si pour une raison étrange vous ne souhaitez pas prendre le volant de sa concurrente transalpine… Voire si simplement vous préférez un Earl Grey à Jägermeister… Alors le positionnement et la finition de cette XE sont bel et bien au niveau de la concurrence, au point d’en être une alternative solide. Ses collègues germaniques n’étant pas, loin s’en faut, exemptes de défauts

Se démarquer, made in Jaguar (again)!

Boîte auto plutôt lente, direction floue… Décevant vous me direz ? Il est assez difficile, quand on est habitué à conduire des automobiles comme si on venait tout juste de les voler, d’envisager une voiture autrement que comme une voiture de sport. Même si cette XE peut être rapide, ce n’est pas une voiture de sport. Elle ne vous donnera pas envie de la conduire comme telle. Elle pourrait même vous apprendre à prendre votre temps. Le temps d’observer la finition de l’habitacle. Habitacle qui ne cessera de vous rappeler que vous roulez en Jaguar. En Jag’, oui. Et vous prenez la mesure du pourquoi de cette XE. Elle fait tourner les têtes. Elle flatte son propriétaire.

Dans des lieux comme La Défense où les berlines allemandes pullulent, vous êtes au volant de votre Jaguar à regarder les autres conducteurs avec dédain. Simplement parce que vous, vous roulez en Jag’. Cette XE 2.0 D AWD BVA démarre à 50 860€. Il vous faudra débourser 57 737€ pour le modèle que nous avons essayé. Un surcoût moins délirant que ce que la concurrence directe sait faire. Et repensez à ces restaurants entres amis et collègues où vous vouliez vous enfuir au moment de payer. Vous n’aurez plus qu’à prendre un air étonné avant de vous esclaffer « Mince ! J’ai oublié mon portefeuille dans la Jag’ ! ». Quelle autre marque vous offre une telle excuse dans son package ?

Crédit photo et texte : The Automobilist


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