Essai Honda Civic Type R FK8

Parmi les nombreuses compactes sportives disponibles sur le marché, presque toutes sont passées entre nos mains. Il en restait toutefois une qui méritait toute notre attention. C’est l’une des plus puissantes, également l’une des plus discutables niveau style mais c’est surtout la détentrice actuelle du record du tour dans sa catégorie sur le Nürburgring. La Honda Civic Type R, puisque c’est d’elle dont il s’agit, va-t-elle se montrer plus séduisante que la nouvelle Renault Mégane R.S. ?

La discrétion ? On oublie !

Vous aimez les voitures discrètes ? Cette Honda Civic Type R n’est clairement pas pour vous ! Entre adorer le fait que les designers de Honda aient clairement eu carte blanche pour imaginer l’auto la plus improbable qui soit niveau look ou bien regretter que la direction n’ait pas mis un frein aux délires stylistiques des créateurs qui avaient surement regardé trop de manga les jours précédents, notre cœur balance. Quoi qu’il en soit, niveau style, elle s’assume et elle ne laisse, dès le premier regard, aucun doute : il s’agit d’une sportive.

Des prises d’airs (factices) à tout va, des bas-de-caisse proéminents, un aileron presque aussi haut que le pavillon, une triple sortie d’échappement… Cela ne vous choque peut-être pas car notre voiture d’essai est noire, une livrée qui cache une bonne partie des appendices, mais clairement… il y en a partout ! Avec tout ces ajouts, la voiture devient particulièrement large (1,87 m) et il faudra faire attention à ne pas la frotter dans les passages étroits.

Le rouge, signature des Honda Type R

D’inspiration très Jeanne Mas, à moins que ce ne soit stendhalien, notre Civic joue à fond sur le thème rouge et noir. Pour souligner la ligne, un liseré rouge parcourt toute la voiture et se retrouve sur le pourtour des grandes jantes de 20’. Jantes qui cachent des étriers de freins Brembo… rouges. Le rouge, c’est la couleur des Type R depuis toujours, normal qu’on le retrouve donc à outrance sur la Civic. Les logos Honda sont d’ailleurs spécifiques à cette version avec un fond coloré de rouge, en lieu et place du noir sur les modèles classiques.

Cette Civic Type R fait tourner les têtes, c’est certain. Le style est tranchant et osé, et va réellement créer deux clans : ceux qui adorent et ceux qui détestent. Après quelques jours en sa compagnie, on finit par se faire à ce dessin très Goldorak même s’il est permis de trouver la partie arrière too much, notamment à cause de la triple sortie d’échappement.

Un intérieur cohérent

A bord, la thématique rouge et noir est toujours présente. L’ambiance est résolument sportive avec de superbes sièges baquets. Dommage cependant qu’une fois de plus (et c’est ainsi sur les Type R depuis la Civic EK9 du milieu des années 1990) Honda n’ait pas étendu le rouge aux places arrière. Cela aurait donné plus de cohérence visuelle à l’ensemble. Pour l’anecdote, vous remarquerez que la Civic Type R est vendue en 4 places quand les autres versions proposent, elles, une carte grise pour 5 personnes.

Du côté de la planche de bord c’est beaucoup plus conventionnel que l’extérieur. Et pour cause, puisque la Type R elle reprend celle des versions plus classiques. Seuls les matériaux et coloris ont été revus. Coutures rouges, Alcantara, inserts façon carbone… Honda a soigné les finitions de sa sportive pour donner un ensemble vraiment cohérent et plutôt agréable à l’œil. Si certains trouveront qu’il y a trop de couleurs et de matériaux différents, pour notre part, nous trouvons ces associations harmonieuses.

Une série numérotée mais pas limitée

Pour compléter le look sportif, on trouve un pommeau de levier de vitesses simple mais ergonomique, en aluminium avec inscriptions rouges, qui tombe parfaitement sous la main. Il prend place sur une console centrale affublée du numéro de la voiture et d’un petit rappel à la finition Type R. A ce sujet, sachez que les Honda Type R sont toujours numérotées mais pas limitées en nombre pour autant.

La Civic Type R FK8 est bien dotée de série avec les radars de stationnement avant et arrière, la navigation Garmin intégrée au système Honda Connect ou encore la station de recharge pour smartphone sans fil. On trouve également diverses aides à la conduite comme le système de surveillance d’angle mort ou le régulateur de vitesse adaptatif. Heureusement que l’équipement de base est complet, car les seules options proposées par Honda concernent l’esthétique extérieure avec de nombreuses pièces en carbone ou encore des teintes spécifiques pour la carrosserie.

Un petit tour ?

Il est l’heure de prendre place derrière le volant et, surtout, de démarrer le moteur. Car si le look reste discutable, qu’en est-il de ce bloc ? La fiche technique est alléchante, annonçant une puissance de 320 ch, 400 Nm de couple, le tout pour un poids de 1.380 kg,. Et les chiffres deviennent fous : Honda annonce le 0 à 100 km/h en 5,7 secondes seulement !

Pour profiter de la voiture en toutes circonstances, 3 modes de conduite sont proposés. On bascule facilement de l’un à l’autre via un bouton situé sur la console centrale. Petit détail révélateur de l’état d’esprit des concepteurs, la voiture démarre toujours en mode Sport ! Si vous voulez rouler tranquillement, ce sera donc à vous de repasser la voiture en mode confort via le commutateur de mode. Ces modes agissent sur la cartographie moteur, la dureté des suspensions et de la direction mais également sur l’aspect des compteurs. Entre le mode Sport et le mode R+, la différence se situe au niveau de la permissivité de l’ESP. Le mode le plus extrême est donc idéal pour la conduite sur circuit mais pas forcement adapté à un usage routier.

Pour la seconde fois dans une Civic Type R, Honda combine un système de suralimentation par turbocompresseur avec la technologie VTEC. Dans cette version FK8 le K20C est poussé à 320 ch contre 310 ch dans la version précédente, FK2. De quoi, sur le papier, toujours dérouter les habitués des sportives de la marque, tels que votre serviteur. La zone rouge débutant à 7000 tr/mn fait immédiatement comprendre qu’une nouvelle ère a démarré chez Honda. Certes, il s’agit d’un beau chiffre pour un moteur turbocompressé mais on est loin de la grande époque du moteur K20 de la Civic Type R EP3 ou encore du F20 de la S2000… Il faut dire que les normes de pollution brident largement la créativité des motoristes.

Dès les premiers tours de roues, on reste bouche bée. Quelle violence ! Si le châssis manque un peu de motricité sur les deux premiers rapports, la tenue de route ne peut que bluffer. Elle n’est toutefois pas au niveau de ce que propose Renault sur sa Mégane IV R.S., celle-ci étant bien aidée par le 4Control. Le gros point fort de la Civic, c’est finalement son moteur. Même s’il n’a plus l’âme des VTEC d’antan avec lequel on retrouvait une seconde poussée de puissance aux alentours de 4000 tr/min, il se trouve être vraiment expressif et rageur.

La boîte de vitesses me rappelle, quant à elle, celle de la S2000. Comprenez par là une position du levier de vitesses parfaite et un verrouillage des rapports comme on aimerait en voir plus souvent. Bref, impossible de ne pas être conquis.

Sur autoroute à vitesse stabilisée comme cravachée sur route de campagne, la voiture est toujours à son aise et apporte vraiment un feeling de conduite excellent. Le train avant est précis, le train arrière peux se placer ou l’on souhaite en mettant le bon petit coup de volant au bon moment, c’est clairement une voiture née pour aller sur piste. S’il faut lui trouver un reproche, c’est du côté du manque de mordant du freinage qu’il se trouve et ce, malgré la présence d’étriers Brembo qui offrent une bonne endurance.

Là où la voiture impressionne le plus, c’est au passage à la pompe. Et pas en mal. Certes un réservoir de 45 l sur une sportive c’est osé de la part de Honda. Mais, visiblement, le cahier des charges s’attardait particulièrement sur la consommation. En effet sur les 650 km de cet essai et malgré une conduite le plus souvent sportive, notre Type R n’a bu, en moyenne, « que » 11 l/100 km. Lors d’un trajet autoroutier en conduite calme, il nous a même été possible de passer sous la barre des 8,5 l/100 km. Un argument fort face à la concurrence et surtout face à sa rivale directe, la Mégane IV R.S, qui m’avait affiché une moyenne de 20 l/100 km durant l’essai.

Un bilan plus que positif

Dur de résumer notre sentiment quant à cette voiture en quelques lignes tant elle nous inspire de choses. Si le physique est vraiment le point qui risque de séparer les gens en deux catégories, son moteur reste son atout majeur. Honda propose depuis de nombreuses années des sportives qui n’arrivent jamais à faire l’unanimité mais qui présentent de sérieux arguments, et c’est encore une fois le cas de cette Civic Type R FK8. Mais force est de reconnaître qu’en matière de plaisir de conduite, elles sont toujours dans le haut du panier. Cette nouvelle mouture ne fait pas exception.

Cerise sur le sushi, avec un prix d’attaque fixé à 39.880 €, la Civic Type R est dans la moyenne du marché, tout en offrant un moteur plus puissant que la majorité de ses rivales. Malheureusement, un malus de 7.890€ vient alourdir la facture.

Galerie photos de l’essai Honda Civic Type R

Texte et photos : Julien HUET pour TheAutomobilist.fr


Commentaires

Plus d'articles