Alors que les SUV du segment C continuent leur progression sur le marché, VW, Kia ou Peugeot ont renouvelé leur best sellers que sont les Tiguan, Sportage et 3008. Le dernier né de la maison sochalienne a même été élu Voiture de l’Année 2017, tandis que le succès d’estime se double d’une réussite commerciale. Dans ce contexte, il nous a paru pertinent de voir si les concurrentes établies étaient encore dans le vent : la Ford Kuga, lancée en 2013 et restylée l’an passé a-t-elle les armes pour lutter ? Son contenu technologique est-il à la page ? Toute de rouge vêtue, est-elle une Kugar aguicheuse ? Ceci étant dit, on va surtout répondre aux deux premières questions.

J’ai choisi, c’est rouge Candy

Lancé en Europe au début de l’année 2013, le Ford Kuga n’est autre que le pendant de l’Escape dans l’Ancien Monde. Produit à Valence en Espagne pour notre marché, son design avait fini par vieillir et par manquer de peps face à certaines concurrentes. Qu’à cela ne tienne, le constructeur a l’Ovale Bleu n’a pas lésiné sur les changements pour ce lifting de mi-carrière : nouvelle face avant, nouveau hayon, nouveaux feux arrière, nouveau système d’infotainment, nouveau moteur 1,5 l TDCi, nouvelles finitions Vignale et ST-line. De quoi remettre le focus sur ce Kuga.

C’est d’ailleurs une version ST-line qui nous accompagne durant quelques jours. Au premier abord, on ne peut pas dire que je sois convaincu par le style de la voiture. J’ai même le vilain sentiment que Ford a enlaidi son SUV. Les nouveaux feux arrière disposent d’un graphisme qui ne fait plus écho à leur forme générale, tandis que l’ancien guide lumière fait place à 3 diodes à « effet ampoules ». Super… A l’avant, si le faciès s’affirme, il a surtout l’air de faire la gueule… Fâchée de voir cette déferlante de concurrents sur le marché ? 

Mais voilà, malgré cela, je vais arrêter de critiquer car :

  • La peinture Rouge Candy est superbe
  • Les SUV représentent 1/4 du marché et leur popularité ne saurait être ignorée
  • Et la peinture Rouge Candy est superbe (je l’ai déjà dit ?)

Dans un pays où les voitures portent le deuil de la personnalité de leurs propriétaires, ce joli rouge tricouches en jette, en particulier dès qu’un rayon de soleil pointe le bout de son nez (en admettant que les photons disposent d’un appendice nasal, bien entendu). On se consolera avec le profil, toujours élégamment dessiné et surtout avec ses jolies jantes optionnelles de 19’’ qui assoient votre street credibility dans le SUV-jeu (1 100 €). Notre version ST-line se caractérise aussi et surtout par ses touches de sportivités : les bas de caisse délaissent le plastique noir grainé pour une teinte identique à celle de la carrosserie, le masque des projecteurs vire au gris foncé mat et le chrome de la calandre et des lécheurs de vitre cède sa place à du noir. Bref, ce n’est peut-être pas la plus jolie de son segment mais la teinte Rouge Candy sauve largement la mise, voilà 900 € bien investis.

Bref, le red est hot, mais l’habitacle se la joue plutôt Dark Necessities, comme dirait Kiedis. Faut aimer le noir. A bord du Kuga aussi, on est assez vite interpellé par le design : un peu chargé, un peu âgé, là encore, la voiture ne parvient pas à masquer ses rides. Mais le restylage a apporté un grand écran tactile trônant sur la planche de bord, tandis que cette nouvelle version ST-line enrichit l’habitacle d’une sellerie spécifique mêlant la microfibre grise au cuir, lequel est très rapidement relayé par un simili dont le grain ne prend même pas la peine d’imiter son pendant bovin. Faut pas être trop regardant… Mais pour détourner l’attention, de jolies coutures de style agrémentent la sellerie, bien dessinée et confortable. Autre caractéristique de la ST-line (ainsi que des Vignale) : la garniture de pavillon troque le gris clair pour le noir, induisant une ambiance intérieure plus sérieuse (morne ?) à bord. Mais le large toit ouvrant panoramique (800 € on ne peut mieux investis) est là pour sauver la mise. Enfin, des seuils de porte vous rappellent que vous n’avez pas acheté n’importe quel Kuga, puisque badgés ST-line.

Il n’y a pas que le design du Kuga qui commence à vieillir : la qualité perçue est aussi en retrait significatif par rapport aux derniers Tiguan et 3008. A l’extérieur, deux vulgaires enjoliveurs en plastique grainés font la jonction entre le pavillon et les côtés de caisse là où ses rivaux européens placent de discrètes soudures laser, les garnitures à l’embase du montant A ne font pas particulièrement riche, et le clou du spectacle est assuré par deux enjoliveurs d’ailes qui aimeraient bien se faire passer pour des extracteurs d’air « qui aimeraient bien avoir l’air mais qui n’ont pas l’air du tout », comme dirait le Grand Jacques… Bref, amateurs d’Audi, passez votre route, le Kuga ne fait pas de l’aspect son cheval de bataille.

On résume ? Pas particulièrement beau mais sauvé par une très jolie peinture, un attirail de sportif du dimanche et de superbes jantes, le Kuga marque un peu le pas côté aspect. A 45 720 €, tarif catalogue de notre modèle d’essai, on pourrait se poser des questions, mais on a très vite la réponse. Ou plutôt, les réponses : d’une part, c’est un véhicule mondial lancé en Amérique du Nord, région qui ne fantasme pas sur les Audi. D’autre part, Ford en a profité pour mettre tous les gadgets possibles dans le Kuga. Pour beaucoup en option, certes, mais le Kuga ne fait l’impasse sur aucun équipement. La version ST-line TDCi 180 Powershift AWD démarre à 38 100 €, voyons voir ce qu’apportent les 7 620 € d’équipements supplémentaires. Morceaux choisis au chapitre suivant.

Go Go Gadget au Kuga

On va très classiquement commencer par le très pratique système keyless vous permettant de ne pas avoir à chercher la clé au fond du sac à main de madame, voire de sa dame pour les Irakiens. Et contrairement à certaines concurrentes dont je tairais le nom [ça commence par trois mille, ça finit par huit], les poignées de portes arrière permettent également de déverrouiller le véhicule. Vos pieds ne seront pas en reste et pourront ouvrir et fermer le hayon mains-libres. Toujours aussi efficace pour épater la galerie (voire, vous dépanner quand vous avez les bras chargés), ce sympathique gadget s’échange contre 550 € (Pack Mains-Libres incluant le Keyfree). Le hayon s’ouvre sur un coffre assez vaste de 456 l, dépourvu de double plancher ou de commandes de déverrouillage de la banquette. Du coup, la manipulation de la banquette se fait depuis le rang 2, en un seul geste pour chaque moitié inégale. Façon de parler. Facile à rabattre, facile à remettre en place, la banquette dégage un plancher plat, ne coulisse pas mais autorise deux angles d’inclinaison du dossier selon que vous préfériez voyager à la chinoise ou à l’européenne.

Les passagers disposent d’un vaste espace aux jambes et d’une bonne garde au toit, en plus d’être rafraichis par un pulseur d’air et électrifiés via une prise 230 V. A l’avant, les sièges sont chauffants et dotés d’appuie-tête inclinables. Tout ce beau monde profite de l’indispensable ouverture céleste, facturée 800 €, dotée d’une commande impulsionnelle en deux temps : une première impulsion ouvre le toit à 95%, ouverture optimale pour contenir les remous, tandis qu’une seconde impulsion finit la course d’ouverture, au détriment de l’acoustique. Une impulsion dans l’autre sens nous a évités de finir trempés durant la séance photo réalisée par temps de vache incontinente.

En parlant d’acoustique, notre Kuga jouit de l’option Audio Sony Premium Sound (groupée avec le GPS, l’écran 8’’, la caméra de recul et le système SYNC 3 pour la modique somme de 900 €), options dont vos oreilles jouiront à leur tour. Comme toujours, l’association Ford et Sony donne naissance à un système audio très réussi, ici doté de 9 HP dont un caisson de basses. La clarté du son est sans reproche, tout comme la spatialisation ou le relief, les instruments à corde ressortent avec un beau dynamisme tandis que les basses ne sont pas outrageusement présentes comme chez certains fabricants. Pour vous en convaincre, un petit coup de Red Hot vous donnera l’impression d’avoir Flea comme passager. Dire que des marques premium vous font payer l’épiderme rectal pour des systèmes aux noms prestigieux sans que ceux-ci ne se montrent plus aboutis.

Le système intègre Applink, Apple Car Play et Android Auto, ajoutez à cela 2 ports USB [quoi ? Je n’ai pas parlé du fait que PSA n’ait pas compris qu’en 2017, un seul port USB constitue une lacune sur le 3008, alors n’en parlons pas]. SYNC 3, l’infotainment de la marque à l’Ovale Bleu, marque de significatifs progrès par rapport à SYNC 2 : la commande vocale est très obéissante et a même fini par devenir ma principale interface avec l’autoradio ayant très rapidement déconnecté Apple Car Play pour laisser SYNC 3 prendre le dessus. La gestion de mon téléphone ne s’en est que mieux portée que ce soit en USB ou en Dentbleue®. Pour parfaire le tout, l’affichage est plutôt propre, moderne et avec des animations simples.

Pour le reste, notre Ford Kuga ST-line fait le plein d’options en sus des équipements déjà inclus dans la dotation (stop&start, clim auto bizone, 4 vitres impulsionnelles, park assist et radars de stationnements, ensemble radio / GPS 6 HP et écran 5’’ non tactile) : nous voici en présence du Pack Hiver à 450 €, comprenant le formidable pare-brise dégivrant [le monde se divise en deux : ceux qui grattent leur pare-brise et puis les autres], les sièges chauffants, les lave-projecteurs et buses de lave-glace chauffantes, ainsi que le volant chauffant, idéal pour ceux qui ont un syndrome de Raynaud. Pour ce qui est du syndrome de Reno, contentez-vous de ne pas aller à Las Vegas. Autres gadgets : le régulateur de vitesse adaptatif (720 €) et le pack Sécurité Intégrale (flopée d’aides à la conduite pour la 950 €). Enfin, notre Kuga ST-line se pare du Pack Style incluant les projecteurs bi-xénon directionnels, le béquet de toit et les vitres surteintées (1 080 €). Globalement, la politique d’option est assez pousse au crime du fait des packs d’équipements au tarif assez raisonnables eu égard au contenu qui les rendent attirants.

D’où nos 7 000 € d’options ! Et mine de rien, tous ces gadgets font qu’on oublie un peu son âge et son style : le Kuga peut disposer de tout ou presque les équipements de rivales plus récentes. Outre l’inflation côté tarif, ces gadgets présentent un dommage collatéral : la console centrale se voit constellée de fonctions jouxtant la clim : sièges chauffants noyés dans les commandes de ventilation, le tout, souligné par les touches du hayon électrique, du volant chauffant, du stop&start, du park assist… Je ne compte pas le nombre de fois où j’ai mis le désembuage maxi en lieu et place du siège chauffant. Ça manque clairement de hiérarchisation et de séparation. Mais bon, puisqu’on parle de bouton, j’en vois un qui s’appelle « Start ». On essaie ?

Pour amateurs de sensations Ford ?

Depuis la première Focus en 1998, Ford a mis un point d’honneur à rendre ses voitures agréables à conduire et bien suspendues. Bref, ils en ont fait des Peugeot. Le Kuga ne déroge pas à cette tendance : basé sur le châssis de la Focus, il dérive donc d’une très bonne voiture d’un point de vue dynamique. Alors, notre Kuga ? Plus gros mais pas beaucoup plus long que la Focus : en tous cas, plus lourd, fatalement avec son gros diesel et ses 4 roues motrices. En version TDCi 180 Powershift, il annonce 1716 kg sur la balance, ce qui n’est pas rien et joue directement sur la consommation de la voiture : on peut aisément franchir la barre des 8 litres en ville malgré la présence d’un stop&start bien conçu tandis qu’en usage mixte, je ne suis pas descendu sous les 7,5 l / 100 km. En revanche, on ne pourra pas reprocher son manque de dynamisme à l’ensemble moteur/boîte. En effet, le 2,0 l TDCi issu de la coopération PSA-Ford (on l’avait essayé l’an passé sous le capot de la C5) est un modèle d’agrément et distille de bonnes performances du fait de ses 180 ch et de son couple maxi de 400 Nm dès 2000 tr/min. La transmission à double embrayage fonctionne très bien et je n’ai pas trouvé de critique à émettre quant aux lois de passage de rapports. Des palettes permettent de passer les rapports si besoin tandis qu’un mode Sport, parfois utile en côte, s’enclenche depuis le sélecteur (dépourvu d’option séquentielle).

Côté confort, une très bonne insonorisation est à mettre au crédit de la voiture si bien que j’ai douté l’espace d’un instant avant de regarder la zone rouge du compte-tours. Même les immenses Conti Sport Contact en 235/45 R19 n’émettent pas beaucoup de bruits de roulement (ou alors sont bien calfeutrés). La voiture est globalement bien suspendue mais, c’est inévitable avec ce type de suspension, impossible d’ignorer que les pneumatiques sont à taille basse. Certaines fréquences sont alors mal absorbées et me font dire que vous pouvez vous éviter l’option jantes de 19’’, voire vous conseiller de vous contenter d’une finition Titanium livrée en 17’’, bien plus confortable, par expérience. Je viens de vous éviter de dépenser 1 100 €, du coup, je vous propose de partager les gains. Côté comportement, la voiture ne peut pas revendiquer l’excellence d’un Subaru Forester dont le châssis et le centre de gravité font référence sur le segment, mais le Kuga est digne de la réputation de Ford. McPherson à l’avant, multibras à l’arrière, il est ici doté de la transmission intégrale dont vous pouvez visualiser la répartition de couple sur l’ordinateur de bord. Comme chez Porsche… La direction, quant à elle, est assistée électriquement, bien calibrée, mais, je dois être vieux jeu : on ne m’ôtera pas de l’esprit que je préfère les hydrauliques. Mais une direction à assistance électrique ouvre la voie à quelques gadgets…

Comme souvent, le park assist brille par son inutilité en environnement parisien : il nécessite trop de marge pour manœuvrer, et ne peut faire que les créneaux que vous savez déjà faire, d’autre part, en bataille, il serrait curieusement toujours la voiture de gauche, empêchant la sortie par la porte conducteur. Bref, je vous aurais bien conseillé de garder votre argent en évitant cette option mais c’est de série. Quant au régulateur de vitesse actif, il se déconnecte sous les 15 km/h (avec une alerte trop discrète au combiné) vous laissant reprendre la main, en l’occurrence le pied, pour finir de freiner. Dommage, avec une boîte automatique, on aurait préféré qu’il aille jusqu’au bout comme sur les VW ou les Volvo.

Quoi qu’il en soit, les aides à la conduite du pack Sécurité Intégrale sont parfois intéressantes, je pense notamment à la très pratique surveillance des angles morts ou au LKA (alerte de franchissement de ligne couplée à une correction paramétrable dans la direction) qui peuvent toujours vous sauver la mise en cas de coup de fatigue. Pratique pour tenir la ligne, comme disait Toto. Le pack comprend également la reconnaissance des panneaux de signalisation dont je cherche encore l’utilité réelle, la commutation automatique des feux de croisement / route, assez bien paramétrée ainsi que l’Active City Stop qui m’a fait dire à deux reprises que j’ai tendance à m’approcher de trop près de la barrière de mon parking : le Kuga a soudainement pilé. Ça surprend. Mais au moins, ça marche. Ce qui marche parfois moins bien, c’est l’alerte de collision qui s’est mise à s’exciter 2 fois sans raison durant l’essai. Pour une fois qu’un truc s’excite en ma présence, remarquez, je ne vais pas faire le difficile… Bref. Il est temps de conclure.

Plutôt Redford que Robert

C’est un fait, le Kuga a dépassé son milieu de carrière et doit affronter des rivaux de chez Peugeot, VW ou Kia renouvelés. Mais pour autant, s’il souffre d’un style plus tout frais et d’une qualité perçue en retrait, le Kuga avance toujours des qualités que certains rivaux peuvent lui envier (notamment du côté de la Corée) : un grand plaisir de conduite et une habitabilité plutôt respectable. En outre, Ford a eu le bon goût de lui coller ce qui est probablement un des meilleurs infotainment du marché : SYNC 3. En plus de ses différents ADAS, le Kuga peut revendiquer une vraie modernité dans ses prestations malgré son âge. Comme souvent chez Ford, c’est une synthèse très aboutie avec un rapport prix/prestations recherché et des packs d’options au tarif suffisamment bien étudié pour vous donner envie de dépenser plus. Malgré cela, un VW Tiguan équivalent reviendra à près de 50 000 €, quant au Peugeot 3008 GT, il n’offrira que 2 roues motrices à un tarif quasi équivalent (46 000 € avec les options). Reste ce style intérieur un peu chargé chez Ford, manquant de modernité et de cachet, surtout à ce tarif. A vous de voir où sont vos priorités.

Pour ma part, je serais tenté de vous conseiller de rester sur une finition Titanium, moins onéreuse, presque aussi bien équipée et plus confortable, et surtout, de renoncer aux 4 roues motrices si vous n’en avez pas vraiment besoin : la consommation deviendra plus raisonnable… Reste que le moteur 180 ch est obligatoirement livré avec la transmission intégrale, tout comme la boîte Powershift ! Le seul moyen d’avoir une traction automatique est de se restreindre au 1,5 TCDi 120 ch. Aucune version essence automatique n’est disponible en traction. Sur un marché français bientôt hostile au diesel et rarement intéressé par les 4-roues motrices, c’est un peu dommage. En tous cas, s’il est une conclusion qui s’impose à la fin de l’essai de ce Kuga, c’est qu’il ressemble effectivement plus à Redford qu’à Robert. Dernier conseil : choisissez bien votre coloris !

Crédit photos : Eric E ; crédit vidéo : Olivier Rodriguez – The Automobilist


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