En juillet 1923, naquît Monsieur John Newton Cooper. Précisément 94 ans plus tard, l’héritage de ce sorcier automobile se croise encore dans nos rues. Lui qui amena le moteur central arrière au sommet de sa gloire en Formule 1 est surtout célèbre pour avoir collé son nom à l’arrière train d’une certaine citadine venue d’Outre Manche, j’ai nommé, la Mini ! Ah la Mini, elle qui aida tant à la reconstruction de l’Angleterre d’après-guerre, elle qui comme la Fiat 500 pour l’Italie, la 2CV pour la France et la Coccinelle pour l’Allemagne, fut conçue pour offrir à tous, la possibilité de posséder une automobile… Ce fut chose faite bien entendu, avec plus de cinq millions d’exemplaires vendus à travers le monde, une conception particulièrement innovante et un prix attractif, il n’y avait aucune raison que ça ne fonctionne pas non ? Puis au fil du temps, des déclinaisons sportives et luxueuses, la Mini s’est embourgeoisée, adieu la citadine populaire, bonjour la citadine tendance ! Quoi de plus tendance et BCBG que la plus puissante, la plus chère et la plus découvrable des Mini ?! La Mini Cooper S John Cooper Works Cabriolet ! Nombreuses étaient mes questions à propos de cette voiture si mystérieuse, si peu rationnelle surtout…

Quoique… J’eusse entendu dire qu’il existe une explication rationnelle pour toute question insensée non ? Sachant cela, tâchons de découvrir quelle est sa recette pour devenir la plus coriace des citadines tendances, de luxe, premium… Enfin, vous voyez ce que je veux dire !

Sommaire

  • On fait tomber le haut…
  • On se la joue moderne mais un brin classique…
  • Mais surtout, on bombe le torse !
  • Puis on débriefe.

On fait tomber le haut…

La Mini type F56, on la connaît déjà bien puisqu’elle est disponible depuis 2014. Mais ce n’est que l’an passé que la firme anglo-germanique présentait sa déclinaison cabriolet. Cette dernière s’affubla très vite d’une version plus poussée : le fameux kit John Cooper Works, JCW pour les intimes. L’heure de l’été étant venue, mademoiselle Mini se fit belle pour draguer sur la côte.

Pour rentrer dans son maillot, elle ne put s’empêcher de faire un peu de sport, mais pas trop ! Disons qu’il ne fallait pas tomber dans le bodybuilding, ç’aurait pu en faire fuir certains habitués à ses rondeurs caractéristiques, que ce soient les phares, les ailes ou encore la trappe à essence. Par conséquent, la John Cooper Works conserve les formes générales de la Cooper S, à savoir une jolie paire de boucliers bien féroces, percés de nombreuses prises d’air, comme d’une paire d’échappements centraux, mais, une différence reste à noter : on oublie les antibrouillards au profit du refroidissement des freins !

Enfin, quelques petits badges et détails prennent place par-ci par là, un brin de rouge à lèvre rouge pour son côté glamour, divers tatouages signés John Cooper Works pour se démarquer, tandis que le tout s’accorde à de charmants mais fragiles escarpins noir laqué de 18 » dont le profil se souligne d’aluminium brut.

Par un jeu de contraste, on ne peut louper ces impressionnants étriers rouges, le même rouge que pour les lèvres, tout de même, on ne plaisante pas avec le look ! Mais ne l’oublions pas, madame est adepte de topless, c’est pourquoi elle s’offre avec cette déclinaison cabriolet, une capote en toile reprenant le dessin du pavillon de la berline, le drapeau britannique compris !

S’ouvrant en 18 secondes jusqu’à 30 km/h, elle offre à l’excentrique une touche de légèreté mais surtout, la rend, il faut l’avouer, plutôt sexy, lui permettant de se démarquer légèrement du parc automobile classique, ce que ne réussit pas la peinture noir métallisé de notre version d’essai. Le haut maintenant tombé, il est temps de voir si le ramage est à la hauteur du plumage…

On se la joue moderne, mais un brin classique… 

L’habitacle de mademoiselle Mini s’avère à première vue, un tantinet surchargé en compteurs, en écrans, en boutons, mais aussi en… Plastique.

Là où le bât blesse, il n’y a quasiment que ça, de plus ou moins bonne qualité certes, mais nous sommes en 2017 et c’est malheureusement souvent légion… Enfin, passons. Toute de cuir vêtue, la sellerie présente plutôt joliment, les cuirs sont bien tendus, et s’accompagnent de quelques sympathiques détails so British à l’instar des appuie-têtes pourvus du fameux Union Jack, celui-même que l’on retrouve sur des rivets apposés aux flancs des sièges.

Proposant de multiples réglages, je dois avouer qu’ils sont plutôt confortables bien qu’un peu raide au niveau du postérieur. Les formes circulaires entrevues à l’extérieur restent de mise à l’intérieur : compteurs, aérateurs, poignées de portes, hauts-parleurs (signés Harman/Kardon s’il vous plait), pédales, base du levier de vitesse… Face au conducteur, c’est un petit volant gaîné de cuir noir, surpiqué de rouge et particulièrement ergonomique qui s’offre à la vue comme aux mains. Il dévoile un gros compteur rond associé à sa gauche à un mini un compte tours qui peut se comprendre sur une C1 ou une Mini One mais qui fait cheap dans une version JCW qui se veut à la fois très sportive mais aussi onéreuse. Ce que proposait l’ancienne version était plus approprié à la conduite sportive ou au moins dynamique.

Le tout se surmonte d’un écran à vision tête haute des plus agréables ! Au centre du tableau de bord, comme à l’accoutumée chez Mini, c’est un énorme cercle qui prend place mais, il n’est plus dédié au compte tour mais à un grand écran multimédia en 16/9eme. Son utilisation est relativement intuitive, je dois l’avouer, notamment grâce au petit pad tactile cher à BMW. Le tout se souligne de petits boutons façon aviation sur la console comme au plafonnier, ainsi que d’un insert façon aluminium. Malgré ces menus détails aussi sympathiques soient-ils, d’autres flanchent et c’est dommage. C’est le cas du bouton On/Off de la radio dont le centre n’est pas fixe ; le sélecteur de mode de conduite au pied du levier de vitesse lui aussi fait vraiment cheap à manier ; les places arrières sont quasi inexistantes, raides qui plus est et les rangements manquent un peu.

Le coffre pour sa part, bien que peu profond admet plusieurs petites astuces bien pratiques. Effectivement, si l’ouverture est extrêmement réduite, la plage arrière supportant la capote peut se relever (uniquement quand la capote est mise) et la malle du coffre peut supporter jusqu’à 80 kg. Finalement, on s’y sent plutôt bien dans cette Mini, la position de conduite est résolument bonne, on est assis bas et ça pour une citadine, c’est rare, serait-ce une invitation à pousser le bouton Start ?

Mais surtout, on bombe le torse !

Pied sur le frein, doigt sur l’interrupteur, la Mini démarre dans un claquement rauque plutôt sympathique, avouons-le.

En mode Eco, la belle se meut en toute facilité et discrétion, la boîte automatique à 6 rapports se montre douce et précise, surtout, le silence, capote fermée, est véritable. La JCW se montre vraiment agréable en conduite douce, même l’amortissement préserve les lombaires de ses passagers, mais pourtant, c’est une JCW non ? Et un cabriolet qui plus est ? Alors dans ce cas, comment résister à tomber le haut, virer en mode sport et user les palettes ?

Subitement, l’échappement à clapets se réveille, le son est rauque et criard, le turbo siffle et lorsque l’on lâche le pied, ce dernier se décharge dans une musicalité tout ce qu’il y a de plus rallye, tandis que de son côté, l’échappement détonne de coups de feu. Le tout est amplifié par l’absence de toit et c’est jouissif de retomber en enfance ainsi ! De même, un compte tours prend la place du compteur de vitesse sur l’écran de vision tête haute, la suspension se raidit et l’accélérateur gagne en sensibilité.

La vitesse augmente très vite, la barre des cents est atteinte en 6,3 secondes au fil des a-coups créés par la boîte. Le freinage lui, est tout aussi brutal, les quatre gros disques font leur travail et arrêtent l’auto en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Vient alors un virage, l’ESP est déconnecté, l’antipatinage aussi et pourtant, la tenue de route est irréprochable, quoiqu’il arrive, la Mini pointera son museau de l’autre côté. Surtout, pour un cabriolet, elle impressionne de rigidité, elle vire à plat, avec une précision folle, elle se place précisément où son conducteur le souhaite.

Seulement, le train avant se trouve vite dépassé par la puissance lorsque l’on remet le pied dedans avant la sortie du virage, le volant s’allège et la route tend à se dérober, surtout qu’elle est lourde notre Mini avec ses 1300 kg… De même, le moteur 2.0 L, chargé par un turbo twin-scroll, s’il est phoniquement vivant, n’a pas l’âme d’un atmosphérique puisqu’il atteint ses 231 ch et s’essouffle dès 5200 trs/min même si la zone rouge atteint les 6500 trs/min. C’est surtout le couple qui impressionne puisque disponible résolument bas !  Un œil sur la consommation m’encourage alors subitement à réduire le rythme puisque celle-ci vogue vers les 20 L aux 100km…

Retour en mode éco et ses quelques 5,5 L aux 100 km, tâchons de cruiser un brin et faisons connaissance avec le reste des équipements. Outre le Driving Excitement mesurant la puissance et d’autres données, quelques touches de fun ponctuent l’écran multimédia, à l’instar du Always Open, qui compte le temps passé décapoté. En tout cas, une chose est sûre, on ne passerait pas une dizaine d’heures d’autoroute en plein soleil sans se couvrir d’une capote. En effet, le vent, même avec filet anti-remous, n’est pas très bien géré tandis que les sièges en cuir, bien qu’ils soient chauffants, ne sont pas ventilés, inutile de l’essayer pour comprendre que le dos et les fesses seront très vite cuits à point !

Ajoutons à ces inconvénients, une capote masquant la visibilité, tant ouverte que fermée. Heureusement, une caméra de recul et de nombreux capteurs permettent de manœuvrer en toute sérénité. Créneau bouclé sans avoir éraflé la moindre jante, il est maintenant temps de revenir aux vestiaires débriefer cet essai…

Puis on débriefe.

Mini, est-ce vraiment son nom ? Il y a résolument de quoi se le demander puisqu’elle semble contredire au possible ce patronyme.

La taille de prime abord, que dire si ce n’est qu’elle a grossit, grandit, quand son prix, lui non-plus, ne fait pas dans la demi-mesure. En effet, loin la Mini abordable, passe-partout et terriblement attachante des années 50, 60, 70, 80, 90 (oui, sa carrière fut longue) ne se retrouve que trop peu dans cette génération F56 ! Avec un prix d’attaque à 37.450€, on ne peut pas la trouver abordable, surtout qu’à ce prix là, on en reste un peu sur notre faim. Pas de jantes 18 », pas de sièges chauffants ni de cuir, pas de GPS, de boîte automatique, d’affichage tête haute, de système audio de qualité, de caméra de recul etc… En soit, on n’a pas grand chose pour 37.450€. Finalement, c’est en piochant de ci, de là dans le catalogue de packs et d’options que l’on en arrive à un équipement décent. Néanmoins, à ce petit jeu, le prix ne cesse de croître pour dépasser la barre fatidique des 50.000€, à l’instar de notre version d’essai dépassant les 52.000€ ! Alors oui, la Mini originelle est bien morte…

Enfin presque, puisqu’elle était très vite devenue dans l’imaginaire des sixties, un objet de mode indispensable dans le gratin citadin, ou bien, une petite bombe de rallye, extrêmement maniable. Ces deux aspects sont bien ceux que l’on retrouve dans notre JCW Cabriolet. Elle est chère, déraisonnable, et par conséquent indispensable en ville car elle est la citadine la plus chère du marché (si l’on ne compte pas les évadées de circuit que produit Abarth). Une simple question à se poser permettrait de comprendre pourquoi l’on en voit tant dans les rues des grandes villes : si l’on avait un budget illimité pour acheter une citadine neuve, que prendrait-on ? Difficile de trouver quelque chose plus fun que notre brave Mini non ?

En outre, bien que discrète et sobre quand elle le veut, elle est aussi capable d’être efficace sur petites routes de campagne (j’ai bien dit efficace puisqu’elle est probablement trop facile pour être amusante), avec son comportement de karting repris de l’Austin de l’époque. Alors, je le répète, mais franchement, quoi prendre d’autre d’aussi polyvalent ? Nous voilà dans un sérieux dilemme, nous nous retrouvons avec une voiture qui se dit héritière d’une légende avec laquelle elle n’a plus grand chose à voir, une voiture seule sur son créneau, assumant tout cela et se vendant vraisemblablement bien.

Au final, je ne la vois pas comme une voiture, c’est juste une Mini, tout simplement, et elle le fait bien.

Photos : Loïc Maschi


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