Rouler en roadster, c’est souvent lier conduite et hédonisme : depuis le temps que je vous répète qu’un toit n’a que peu d’utilité, l’occasion est venue d’enfoncer le clou voire d’évangéliser d’éventuelles âmes impies. Alors que l’été est bien installé, le prétexte est tout trouvé pour essayer le Mercedes-Benz SLC, le plus populaire des roadsters de la marque à l’Etoile. Parée de sa plus haute finition et de son moteur 245 ch, nous allons voir si cette version SLC 300 Fascination mérite son patronyme.

Hier kommt die Sonne

Une chose est sure, le SLC en impose dans cette version Fascination, équipée de série du pack AMG, lui donnant le grand méchant look sportif, porté par des jantes de 18’’, et des boucliers avant et arrière spécifiques.

Finition haute, elle se pare également de la distinctive calandre Diamant, propre à la  ligne Fascination, tandis que les autres versions se contentent d’une face avant moins luxueuse. Quant au grand capot (actif en cas de choc piéton), il présente en son centre un double bossage, clin d’œil à la première SLK qui rendait elle-même hommage à la mythique Mercedes 300 SL. On assume agréablement le passé chez Mercedes. Si la teinte gris Sélénite n’a rien d’original en elle, le moindre coucher de soleil saura lui rendre justice en lui offrant de jolis reflets. Convaincu ? Mon seul regret est justement que le design de cette SLC soit trop inscrit dans des codes défrichés par les actuelles Classe A et CLA, certes réussies mais pas assez exclusives. L’ancienne et seconde génération de SLK s’inspirait ouvertement de la supercar SLR dans le design de sa face avant, offrant à la voiture un brin de distinction que je trouvais aussi bienvenu que Fulgence. Quoi qu’il en soit, notre SLC est une jolie voiture. « Elle a le look, coco », comme aurait dit Trotski.

Et maintenant, asseyez-vous. Non pas que je souhaite aborder le chapitre de l’habitacle, mais parce qu’on va parler des tarifs histoire de bien situer notre modèle d’essai. La gamme démarre à partir de 36 400 € avec le SLC 180 (4 cylindres 1,6 l turbo 156 ch BVM6). Au-dessus, la SLC 200 offre 184 ch pour 41 650 € toujours en BVM6 (ce qui fait cher du cheval). Notre SLC 300 démarre à 49 550 € et induit une BVA9. En Diesel, l’unique motorisation du SLC 250 d « offre » 204 ch et la BVA9 pour 45 850 €. La gamme est coiffée par Mercedes-AMG SLC 43, motorisée par un V6 de 367 ch pour un tarif pas très amical de 66 350 €.

Notre modèle d’essai est un SLC 300 doté du pack Fascination (11 200 €) comprenant le pack AMG-line, les projecteurs full LED, les sièges en cuir électriques à mémoire, l’aide au stationnement, la navigation, la caméra de recul et d’autres joyeusetés. Mais ce n’est pas tout : à cela s’ajoutent quelques options, dont certaines sont surprenantes à l’image de la clim auto bizone (850 € !), le système Keyless (900 €), le GPS Command Online (2 300 € !) ou les sièges chauffants (liés à l’Airscarf pour 900 €). A ce prix, on les aurait imaginées de série… On poursuit avec le pack Assistance à la Trajectoire (950 €), le système audio Harman Kardon (900 €), le régulateur de vitesse actif (1 050 €) et la radio numérique (550 €). De quoi porter le tarif catalogue à un coquet 70 725 €. Ouch.

La voiture s’adresse ouvertement à des cochons capitalistes ou à la Nomenklatura. Vous aviez bien fait de vous asseoir. Et vu le prix, on va prendre le temps de détailler l’habitacle avant de partir.

Même fermée, elle est ouverte

Non pas que l’accès et démarrage mains libres (optionnel…) ne fonctionne pas, mais cette version Fascination est dotée de série du toit rétractable vitré (facturé 500 € sur les finitions inférieures). Autrement dit, si jamais la pluie venait à jouer les troubles fêtes, vous jouiriez toujours d’un habitacle lumineux et n’aurez aucune sensation d’engoncement. Pour la modique somme de 2 200 €, vous pouvez bénéficier du Magic Sky Control, qui s’opacifie à la demande grâce à un courant électrique orientant des particules. Le but est de faire office d’occulteur. Pour 5 €, vous pouvez aussi porter une casquette. A vous de voir.

Il n’est malheureusement pas possible d’ouvrir le toit à distance sans passer par la liste des options (250 €), alors place à bord : contact mis, il ne faudra que quelques secondes pour décapoter… à l’arrêt. Sur le fond, la manœuvre n’est pas particulièrement longue, mais elle s’avère suffisamment dérangeante dans la circulation à cause de cette contrainte : vous décollerez avec du retard au feu vert, vous ne pourrez pas refermer le toit en roulant si jamais une danse de la pluie venait à être suivie d’effets. Ce n’est pas rédhibitoire, simplement gênant dans certains cas. Le toit vient se loger dans le coffre et impose la mise en place du cache bagage rigide afin d’éviter aux éventuelles valises d’empiéter sur le logement du couvre-chef. Correctement dimensionné pour deux, le coffre se révèle suffisant et exploitable. N’espérez pas y retrouver les commodités d’un break Classe E, cela va sans dire, bien que je vienne de le dire.

S’il est un détail de style que j’adore sur cette SLC, ainsi que sur bien des Mercedes actuelles, c’est la forme des buses d’aération, directement inspirées du passé mais aussi du bolide SLS AMG. Une manière simple et très efficace de valoriser le design de l’intérieur. La console garnie d’un décor en aluminium dont le relief imite la fibre de carbone fait le reste et se révèle réussie tandis que le petit sélecteur de vitesse en cuir embossé « SLC » enfonce le clou : l’habitacle mêle bourgeoisie et sportivité, la marque à l’Etoile respecte les codes que l’on attend d’elle sur un tel véhicule.

D’autant plus que les sièges sport en cuir perforé et dinamica noir (sorte d’Alcantara du prolétariat) sont mis en valeur par des surpiqûres rouges et surtout, détail qui n’en est pas un : les ceintures de sécurité sont rouge, comme l’Internationale. La classe à Dallas. Ou à Moscou. Seule fausse note dans cet univers impitoyable de dynamisme et d’élégance ? La console centrale et l’écran du système multimédia. Les boutons font un peu trop rustres et renvoient un peu trop à l’univers d’une Classe B, pas très classe sur ce point.

Passé cet écueil, l’habitacle est beau, valorisant, rehaussé par tous ces détails susmentionnés ainsi qu’un éclairage d’ambiance élégant. Et surtout, il se révèle spacieux : on ne joue clairement pas dans la cour des Fiat 124 Spider et Mazda MX5. Une fois assis, on est ici très à l’aise, quelle que soit sa taille. Il y a suffisamment de rangements et de petits vide-poches de proximité pour en faire une voiture à vivre. Agréable à vivre avec un système audio 7 HP signé Harman Kardon qui, s’il est loin d’égaler ce que l’on peut trouver avec l’option B&W de chez Volvo, s’avère très satisfaisant, y compris lorsque le toit est ouvert. Le GPS, quant à lui est en retrait et pénalisé par une absence d’écran ou de pad tactile : le désignateur de type molette directionnelle sur la console a fait son temps… La commande vocale est par ailleurs moins efficace que chez Ford. Mais une fois que l’on sait où aller, on se dit que le SLC est un beau moyen de s’y rendre. Alors parlons conduite.

(Soviet) Suprême Mécanique Ta Génitrice

Oui, la voiture attire les regards. La vue, c’est important. Voir avec ses beaux projecteurs full LED directionnels dotés d’une élégante animation d’approche à l’ouverture, et être vu avec une ligne racée. En tournant autour, une personne lit le monogramme « SLC 300 » et me demande si c’est un V6 : manque de chance et malgré l’intrigante dénomination, la voiture se contente de seulement 4 pistons pour ce bloc de 1991 cm3 de cylindrée, développant la bagatelle de 245 ch et un couple max de 370 Nm entre 1300 et 4000 tr/min. Bref, à aucun moment, le « 300 » ne se justifie.

Depuis quelques années, Mercedes, mais aussi BMW emploient des numérotations sans corrélation aucune avec la cylindrée. Et je n’ose pas mentionner Citroën en Chine avec son THP 380… Et oui, avec cette SLC 300, on est bien en présence d’une voiture à 70 000 € dotée d’un 4 cylindres. Vous avez parlé de distinction et d’exclusivité ? Il a intérêt à ne pas décevoir, ce bloc à l’architecture prolétarienne ! Ca tombe bien, on a de la route à faire, on a de quoi le mettre à l’épreuve.

Après s’être un peu contorsionné pour s’asseoir (ce n’est pas un monospace), on se sent très bien installé dans un siège aux maintiens parfaitement conçus. La position de conduite, réglable dans tous les sens permet de se sentir à l’aise et l’épais volant bimatière à surpiqûres rouges est fort agréable à prendre en mains. On appuie sur Start, le moteur rugit un peu… mais méfiez-vous de la propagande : derrière cette étrange sonorité se cache une amplification de l’échappement. En effet, nous sommes en mode Sport et un trucage permet à la mécanique de se prendre pour ce qu’elle n’est pas.

C’est encore plus flagrant en mode Sport + où la sonorité est exaltée, rauque, pour un peu elle se prendrait pour un V8 américain. Un retour en mode Comfort calme le jeu et nous ramène dans le monde du 4 cylindres. Ce retour fait par ailleurs perdre toute sa crédibilité à la sonorité de la voiture : on la sait fausse et on s’imagine vite se lasser des artifices, fussent-ils jouissifs au premier abord. Ce qui peut paraître rigolo sur une Clio ou une 308 GT Line fait tout de suite moins sérieux sur un roadster premium à 70 k€. Ne sommes-nous pas venus ici pour de l’hédonisme mécanique ?

Tant pis, on reste en mode Sport, caractérisé également par une direction raffermie et une cartographie pédale plus directe. C’est le tempérament qui permet de mieux découvrir la voiture et sa généreuse cavalerie, contrairement au mode Sport+, trop agressif dans le trafic. Ce dernier mode est à réserver aux voies dégagées tant le manque de brio à faible allure se fait sentir. Mais il n’est pas là pour ça après tout. En parlant de brio, la boîte auto à 9 rapports est un modèle d’agrément : douceur et rapidité sont au programme, elle rétrograde et passe ses rapports au bon moment, dicté par votre pied droit. Rien à redire.

La consommation autoroutière frisera les 8 litres et malgré le stop&start et les 9 rapports, ma moyenne s’est établie à 8,3 l / 100 km. Mais ai-je été assez sage ? Le châssis se montre relativement dynamique dans la limite de la masse du véhicule : 1505 kg n’en font pas une ballerine. Roadster bourgeois, vous dis-je. Amateurs de MX5, passez votre chemin et gagnez 500 kg avec votre icône incomparablement plus agile que notre allemande. Dès lors, à quoi bon s’offrir une motorisation si puissante ? J’ai bien une réponse, mais elle induit de grosses accélérations en sortie de péage et des virées sur les portions illimitées d’Autobahn. Et à ce jeu, elle sait y faire. Il n’en reste pas moins que le principal cas d’usage sera de flâner à allure raisonnable.

Alors on ouvre le toit (en fait, on ne l’avait pas vraiment fermé…), et on profite d’Eole et d’Hélios : au diable les laïcards. La conduite au plein air, c’est mon opium. Un filet antiremous est livré de série et remplit son office ; il est possible de le remplacer par une vitre rétractable en option si vous le souhaitez. Le flux d’air est gentiment canalisé, la permanente de votre passagère ne se transformera pas en en temporaire. Elle ne sera pas –trop- décoiffée. Quant à vous, gare au soleil : prévoyez une kippa ou un chapeau en fonction de l’avancement de votre calvitie.

Si jamais, à l’image de votre hôte, vous êtes assez givrés pour rouler toit ouvert en hiver ou par une fraîche matinée de printemps, la SLC vous offre l’Airscarf, un chauffe nuque particulièrement efficace : associé aux sièges chauffants, il sera un excellent compagnon de route par tous temps. La conduite au plein air de la SLC est un vrai plaisir, elle vous met le sourire : la vie est suffisamment courte pour se priver de pareille joie, non ? Worship the sun, comme disent les Allah-Las, et pas que le soleil. Il n’y a que la pluie qui puisse freiner vos ardeurs d’ouverture. Et encore, avec le pavillon vitré, la lumière pénètre toujours l’habitacle. Vous l’aurez compris, la vraie vocation d’un toit, c’est d’être ouvert. Communiez avec les éléments autant qu’avec la route, la Mercedes-Benz SLC vous y invite. En somme, un joujou extra qui fait Crack Boum Hue, comme disait Robert. Sacré barbu, va.

Une belle occasion

Hédoniste, c’est le mot : la SLC est une voiture qui se savoure et pas plus qu’à deux. Honnie soit la polygamie, votre passagère sera l’élue, de votre cœur ou de votre circonscription, voire les deux si vous avez épousé votre député. Elue et unique. Etre passager relève du privilège et non d’un partage, la lutte des classes s’efface devant la lutte pour la place. Un trajet en roadster n’est pas un bête déplacement mais une balade, une occasion de se sentir à part. Dans un monde de SUV, vous roulez au ras du sol sans trop avoir les pieds sur Terre. Dans un monde de voitures bêtement renfermées sur elles-mêmes, vous disposez d’un toit escamotable vitré et d’une occasion rêvée de faire corps avec les éléments. Dans un monde où les braves gens n’aiment pas que l’on prennent une autre route qu’eux, vous sortez du lot, tout en ayant le GPS si jamais vous décidez de changer de route.

Et dans un monde de mécaniques downsizées, rationnalisées, vous avez… un 4 cylindres. Avec une sonorité artificielle. C’est là tout le drame de la voiture : à un tel niveau tarifaire, on devrait accéder à un certain élitisme mécanique. Las, vous roulez avec une motorisation à l’architecture banale, bien que techniquement évoluée. Pire, elle se fourvoie avec les fausses octaves du moteur, en désaccord avec la vocation première du roadster : vous connecter à la route et aux éléments, ce qu’elle réussit par ailleurs. Plaisir des sens grâce à de beaux sièges, un volant à la préhension agréable, une direction assez directe et affermie par rapport aux standards des berlines, un moteur dynamique, une boîte de vitesses faisant référence, un grand confort de roulage toit ouvert, la SLC est un roadster accompli. Mais bien trop cher : à 70 000 €, c’est le tarif de deux Mazda MX5, c’est aussi un tarif supérieur à celui d’un cabriolet Classe C bien motorisé et basé, lui, sur un châssis plus moderne.

De la même manière que Trotski tue le ski, trop de prétentions tarifaire tue l’attrait du véhicule. C’est bien trop cher payé pour un roadster 4 cylindres, qui plus est de ce segment. Quitte à rouler avec une mécanique banale, contentez-vous d’un SLC 180 motorisé par un 1,6 l turbo de 156 ch, sans doute suffisant pour flâner à deux et inutile de verser dans la surabondance d’équipements chèrement facturés : contentez-vous de cibler ceux qui font l’essence de la conduite en plein air et de ce roadster en particulier. Sièges en cuir chauffants avec Airscarf, boîte automatique 9 rapports et toit escamotable vitré comme incontournables, peinture métallisée pour le look et radars de stationnement pour le protéger : pour 44 000 €, je viens de vous trouver le SLC qui va à l’essentiel sans se fourvoyer.

Et j’irais même au-delà : la voiture offrant une impression de robustesse justifiée dans les faits, rien ne vous empêche d’opter pour un SLK 250 d’occasion bien équipé et âgé de 4 ou 5 ans : ça se trouve autour de 25 000 € sur le marché et bien que doté d’une « simple » boîte 7 vitesses et du look d’avant le restylage, il fera tout aussi bien le job pour l’usage auquel vous le destinez sans doute. Si la Mercedes-Benz SLC est une très belle voiture, la SLK est une belle occasion. Laissez les joies de la décote à un autre et savourez les plaisirs d’un roadster élégant et confortable pour le prix d’une Mazda MX5 neuve. La japonaises ravira un autre public, tandis que la Mercedes est là pour les bourgeois anticonformistes. Et les bourgeois, c’est comme les cochons… Dans un monde où tous les animaux de la ferme sont égaux en SUV Diesel, assumez votre côté cochon capitaliste : roulez en roadster (d’occasion), camarades !


Commentaires

Plus d'articles