Plus incorrect politiquement, c’est sans doute impossible sur le vieux continent. A l’heure des fantasmes automobiles électrifiés, à l’heure des calculs des geeks sur la conso en watt, à l’heure des cyclistes rebelles et suicidaires sur des chaussées à contre-sens, l’arrivée de ce nouveau Jeep Grand Cherokee SRT a un côté petite provocation que franchement, je trouve sympathique. C’est sans doute mon côté Insoumis qui ressurgit mais vu le faible nombre de vente espérées dans notre pays, il n’y aura pas matière à bouleverser les réserves énergétiques et le taux des émissions CO2.

Un modèle important pour l’image de Jeep

Les hommes et les femmes du staff du Groupe FCA ne le cachent pas : cette nouvelle Jeep grand format a plus de la présence emblématique que de la perspective de carnets de commandes bien garnis et rebondis. Pourtant, à l’heure où les gros SUV bodybuildés généralement teutoniques, envahissent les riches arrondissements de Paris et les centres des grandes métropoles, il ne semble pas ‘’hype’’ de rouler en Jeep. Et pourtant…

Il fut un temps, pas si lointain, où la marque américaine donnait du fil à retordre aux Kübelwagen et se forgeait une immense notoriété en arrivant chez nous par les plages normandes. Avec évidemment, depuis ces retentissants exploits guerriers, la prime à sa compétence : celle d’être, avec Land Rover, la spécialiste du 4X4. Cette capacité de franchissement a toujours été dans l’ADN de Jeep même si le développement des modèles de la gamme fit au fil des ans la part plus belle à l’habitabilité, aux équipements, au confort et même désormais à la tenue de route. Depuis la Willys Overland, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et c’est en 1992 qu’apparut la première mouture du grand sachem de Jeep.

Avec toujours une forte identité, les Jeep affichent une originalité radicale et un design qui est bien le leur. On aime ou on n’aime pas le style, mais dans le paysage automobile formaté par les logiciels de designers aux ordres du marketing, la démarche est vivifiante et les produits du consortium américano-italien FCA ont de quoi séduire une clientèle attachée à l’originalité et au savoir-faire.

ADN très affirmé

Le Jeep Grand Cherokee n’est désormais plus vraiment un perdreau de l’année et son caractère yankee très affirmé fait craindre un véhicule légèrement obsolète dans une période entièrement dévolue au downsizing, à l’optimisation des consommations et à l’agilité. C’est vrai, à son volant, inutile d’imaginer convaincre une militante écologiste radicale de l’inoffensivité de la bestiole. Avec le Grand Cherokee c’est certain, les insectes rencontrés sur la route auront du mal à survivre.

C’est puissant, c’est imposant, ça respire la bonne grosse santé US. Un peu plus petit qu’un Q7, et c’est tant mieux mais bien plus grand qu’un Q5, les jauges actuelles des SUV, le Grand Cherokee 2017 ne fait quand même pas dans la demie mesure. Autant vous l’avouer, nous avons craqué pour la belle couleur rouge métallisé de notre version essence. Sans doute lorsqu’on nous a dit qu’un V8 essence animait la machine ! Oui bien évidemment c’est un peu mastoc mais ne demandez pas à un haltérophile d’avoir une élégance de danseur mondain.

Ici on sait qu’on a affaire à du sérieux, pas du mou du genou ou du pseudo baroudeur propulsé par un moteur de « mobylette ». La calandre respecte la signature de la marque et la forme générale n’est pas celle désormais attribué aux SUV trop bodybuildés. C’est imposant certes, mais sans trop d’ostentation. Le design « carré » du Grand Cherokee n’est pas pour nous déplaire et les petites évolutions esthétiques et techniques dont il profite au fil des années ne font que bonifier ce véhicule long de 4.83 m qui fait un peu parti des classiques. Vous savez, ceux qu’on apprécie chaque jour et qu’on aime retrouver au quotidien.

Entre Amérique et Italie

Nous sommes loin des nouveaux critères esthétiques d’Audi et si leds il y a, ils sont gérés avec mesure et essentiellement pour répondre aux normes en vigueur pas pour épater la galerie mondaine. Un beau paradoxe pour un véhicule né de l’autre côté de l’Atlantique où l’ostentatoire et le bling-bling sont toujours en vigueur. Les jantes de 20 pouces en aluminium poli viennent donner une belle touche dynamique avec en prime, sur la version essayée des gros étriers de frein d’un rouge très sport pour ne pas dire très italien.

Le SUV sportif est posé sur des pneumatiques plus destinés à la route qu’à la terre ou au crapahutage sont en 295/45 R20. Toutefois leur profil bas ne nuit pas au confort… ce qui nous change de certaines planches à pain sportives ou qui se veulent comme telles.

Une version spécifique pour la France

FCA France a d’ailleurs réussi un beau coup. Afin de répondre au besoin de notre marché national fortement dominé évidemment par les gros SUV d’outre Rhin, ils ont concocté une série spéciale pour la France : la finition Summit Signature. Cette version reçoit un nouvel habillage intérieur en cuir pleine fleur Laguna, des panneaux de portes eux aussi gainés du même cuir, un système audio hautes performances signé Harman Kardon qui pourrait énerver les possesseurs de systèmes B&O avec HP mobiles.

Le ciel de pavillon est en tissu suédé tandis qu’un éclairage de seuil, un pare-brise acoustique et des vitres latérales épaisses confèrent au Grand Cherokee ‘’à la française’’ un confort rarement atteint dans un modèle du constructeur américain et parfois supérieur à ce que proposent les germains mais aussi les japonais.

Là où il est impossible de se sentir européen, c’est lorsque l’on prend place derrière les commandes du vaisseau amiral de Jeep. Nous sommes bien dans une américaine. Confort maximal presque douillet, commandes et ergonomie de qualité pour ne pas dire irréprochables, tout est à portée de main. L’espace est généreux, avec en plus une volonté affirmée d’imposer une finition et une qualité perçue au niveau de ce qui se fait de mieux sur le marché.

D’autant qu’avec le Grand Cherokee génération 2017, les amateurs de plastiques moussus et de confort au long cours ne seront pas obligés de regarder en direction de la Bavière ou du Bade Wurtemberg. Des sièges que ma génération assimilait au confort ‘’pullman’’. Oui je sais ça fait vieillot, mais c’est le terme qui vient à l’esprit, sont de la partie. On est content de prendre possession de l’espace intérieur du Grand Cherokee qui se destine au voyage et dont les couleurs chaleureuses rappellent un peu boudoir luxueux ou l’ambiance quasi cosy d’un club ou d’un bar de grand hôtel.

Un V8 de 468 ch !

Sur notre version d’essai, le Jeep Grand Cherokee SRT, impossible de ne pas relever quelques traces qui font bien comprendre que nous sommes dans une voiture inhabituelle ou hors des sentiers battus. Ainsi, l’on découvre que la face avant incorpore désormais deux prises d’air supérieures et inférieures qui canalisent un supplément d’air vers le moteur aux spécifications US et les gros freins.

Le V8 Hemi 6.4 L qui équipe cette finition fait de cette Jeep la plus puissante jamais distribuée en Europe. Jusqu’à maintenant version « Top Perf » de la gamme, notre SRT avec l’arrivée de la nouvelle version Trackhawk forte de 707 ch fait désormais presque figure de haut de gamme cossu et performant mais pas plus. Enfin tout est relatif car les SUV à moteur 6.4 L de près de 470 ch ne courent pas les rues. Le Grand Cherokee est donc très loin de la meute des SUV compacts alimentés au diesel.

Au bas mot, le Jeep Grand Cherokee SRT c’est 468 ch à 6250 trs/min et 624 Nm de couple à 4100 trs, du rarement atteint sur un véhicule de série. L’ensemble est servi par une BVA8 qui fait sont travail à merveille et dans la douceur mais si elle être très réactive quand on lui demande. Équipée du système de transmission 4×4 Quadra-Trac II, celle-ci est gérée via la molette du SelecTrac (implantée sur la console centrale) qui permet de choisir les différentes options de suspension afin d’être en accord avec la conduite du moment et ceci qu’elle soit cool ou sportive.  Le système de contrôle de la motricité Selec-Terrain et ses cinq modes permet d’affronter toutes les conditions, y compris la neige mais dans ce dernier cas nous n’avons pas constater l’efficacité du mode « Snow » faute de montagne et de neige.

Grand Cherokee SRT, grand sport

La suspension pneumatique Quadra-Lift permet cinq niveaux de garde au sol, en fonction de ce qu’on veut faire du Grand Cherokee. Cette gestion de la suspension permet de contrôler la garde au sol de votre véhicule (275 mm en position normale), soit en ajoutant 55 mm de plus que la hauteur de caisse normale. Vous pouvez également l’abaisser de 40 mm pour faciliter l’entrée, la sortie et le chargement d’un objet lourd dans le coffre important mais pas tant que ça au regard du volume de la Jeep (457 dm3). A titre de comparaison, un nouveau Skoda Kodiaq, moins imposant propose quelques 700 dm3 de volume de coffre utile. Rien de gênant toutefois, car le coffre est suffisant pour voyager avec une famille comptant 3 enfants ou 4 adultes avec leurs bagages pour plusieurs jours.

Un différentiel arrière électronique à glissement limité, couplé à une boîte de transfert génère, en toutes circonstances, une motricité maximale et une agilité insoupçonnée sur un beau bébé qui pèse au bas mot plus de 2.400 kg. L’important couple, les suspensions bien réglées et la BVA efficace emmènent l’ensemble avec facilité et avec un agrément, notamment mécanique peu commun et presque oublié. Il n’y a pas à tortiller, un bon moteur atmo, du couple, une bonne transmission sont bien souvent à l’origine du plaisir au volant même si c’est celui d’un SUV.

Il aurait fallu un peu plus de temps pour tester plus rigoureusement la bébête en tout terrain mais les kilomètres de bitume et de petits chemins rapidement dévorés ont démontré une belle aptitude à rouler un ton nettement au-dessus de ce qu’imposent les bonnes consciences qui s’occupent, soit disant, de notre sécurité. La montée en régime presque rageuse du Hemi procure des sensations inattendues dans une caisse de ce gabarit et le tout avec une sonorité rageuse et chaude qui donne envie d’enfoncer la pédale d’accélérateur même si cela fait mal au porte-monnaie.

Côté liaisons au sol, c’est tout autant étonnant. Pas ou peu de roulis, à cette hauteur de la route et bien que le centre de gravité ne soit pas celui d’une Alpine, cela rassure. La maniabilité est comparable à celle d’un engin beaucoup moins volumineux. Pour tout vous dire, on met quand même un peu de temps à se mettre « en jambes » mais une fois qu’on a assimilé le volume du SUV, les réglages et la direction assistée parfois un peu surassistée, on se fait plaisir et on prend plaisir à tutoyer les limitations légales.

Mais aussi grand confort

L’environnement hyper confortable, les dimensions, le poids que l’on imagine plus que l’on ne le ressent, toutes ces sensations « ouatées » ou un peu aseptisées à la façon américaine freinent quelque peu la volonté d’attaquer. Mais peu à peu, le Grand Cherokee vous apprivoise, vous donne une confiance sereine dans ses capacités réelles à se comporter en grosse berline bien moins pataude qu’elle n’en a l’air.

Et alors là, si on apprécie tout cela et qu’on saisit les subtilités du SUV, c’est le ‘’Rhaaaaa Lovely’’ de la BD de Gotlib qui s’installe dans l’habitacle. Oui Tintin, ah non ça c’est pas Gotlib, là on est bien et on est prêt à bouffer du kilomètre et même de la mauvaise route ou du petit chemin. Oui du chemin mais comme avec un Range Rover ou un Classe G, on ira avec précaution non pas pour des raisons de capacité du châssis et des trains roulants mais à cause de la belle peinture qu’il serait dommage de rayer ou d’accrocher sur une branche malveillante.

Évidemment tout cela se paie mais on est loin de certaines folies allemandes. Le prix n’est pas donné puisqu’il est fixé à 84.700€ et il faudra compter avec une consommation généreuse. Oui le V8 6.4 L Hemi n’est pas un 1.2 L 69 ch de Fiat 500 et il faudra compter sur une moyenne officielle de 13.5 L/100 km et 2 à 3 bons litres de plus dans la réalité. Heureusement le réservoir de 94 litres vous évitera d’aller rendre visite à votre pompiste tous les 2 ou 3 jours -et qui deviendra très vite votre ami.

Conclusion sur le Jeep Grand Cherokee SRT

En résumé, pour quelques dollars, ou même euros de moins qu’un SUV germanique, on a droit a des prestations sans doute bien moins « lissées et normées » que sur un Q7, mais on est aussi bien plus abreuvés de sensations agréables, confortable et de plaisir. Plaisirs défendus sans doute aujourd’hui par la bienpensance générale mais tellement bons à ressentir. Le Jeep Grand Cherokee, surtout en version essence, est un SUV à garder sur sa liste au moment de l’achat : il en donne pour son argent, et il a un supplément d’âme, ce qui n’est pas toujours le cas de la concurrence.


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