Neuf ans après son installation dans nos contrées, l’Infiniti Q60 est le second coupé grand tourisme de la marque premium de Nissan. En 2008, le G37 fut un galop d’essai en termes de ventes. En 2017, voici qu’arrive sur la route le Q60. Il s’agit de la déclinaison deux portes de la berline Q50, pour qui veut avaler les kilomètres en famille nucléaire dans le silence et avec classe. The Automobilist a fait parcourir 1.000 kilomètres au coupé Infiniti Q60 et répond à cette question : cette GT à moteur essence Mercedes-Benz vaut-elle que l’on oublie ses concurrentes germaniques ?

L’essai du coupé Infiniti Q60 2.0t en vidéo

C’est non sans un certain plaisir que l’on s’apprête à partir à Royan avec l’Infiniti Q60. En ce beau printemps 2017, la ville de l’estuaire est belle et peu envahie par les touristes. Saint-Palais est juste à côté. Ses vieilles bâtisses toute en hauteur proposent un voyage temporel à l’orée du XXe siècle. Les criques sont ensoleillées et les cafetiers goguenards comme on l’est toujours quand on a le temps de bavarder avec des clients peu nombreux. Plus à l’Ouest, en allant vers l’île d’Oléron, on sait que les routes de forêt offriront un beau décor pour le tournage vidéo et les photos.

Encore un essai… et au bord de la mer… Quelle vie !

C’est non sans une certaine fébrilité, aussi, puisque l’on s’attend à prendre le volant d’un coupé d’esprit grand tourisme : l’Infiniti Q60 V6… Sauf que pour nous, ce sera avec le quatre cylindres. Le souci d’être plus proche du moteur cœur de gamme. Une gamme qui débute à 44 390 € en 2.0t Premium, déjà bien dotée. Notre modèle d’essai en version Sport Tech s’affiche à 53 390 €.

L’Infiniti Q60, une machine à cruiser

La Q60 propose au total trois moteurs. Le quatre cylindres turbo de 2,0 l Mercedes-Benz de 211 ch, et deux V6 biturbo de 3,0 l et 300 ch (non importé dans l’Hexagone) et même 405 ch en versions Sport et Sport Tech. La 2.0t risque bien d’être le modèle le plus vendu en France. Bien, car avec 10 000 euros de malus, le V6 va avoir une vie… compliquée. 211 chevaux au lieu de 405 offrent une aventure encore dynamique, mais différente. On ne poussera pas le monstre dans ses limites. Mais sera-ce moins passionnant ? Après une centaine de kilomètres à son volant, on sait déjà que non. On ne va pas évaluer ce 2.0t sur sa sportivité mais sur sa cohérence avec le positionnement du coupé Q60, celui d’une machine à cruiser.

Singulier et réussi, le décrochement de la custode arrière.

Les lignes du Q60, dévoilée sous la forme d’un concept en 2015, ont quelques inspirations… de la concurrence. Beaucoup de BMW Série 3 et 4, un peu de Lexus RC, mais avec moins d’agressivité dans les lignes, et un soupçon de Mercedes. Rien d’incroyable puisque Infiniti tente de faire sa place dans le club select des coupés GT. Pour autant, la marque japonaise a réussi son modèle : cette Q60 est de toute beauté. Le premier contact ne laisse pas indifférent, la Japonaise a fait tourner les têtes sur les routes et seule la plaque allemande de la voiture a dissuadé les connaisseurs de venir parler avec nous. La langue d’Angela Merkel, en France, c’est pas ça!

Royan au printemps, 6h30 du matin, le lieu et le moment parfaits pour une séance photo californienne, où la Japonaise devrait trouver quelques dizaines d’acheteurs.

Les formes la Q60 empruntent beaucoup au concept Q80 Inspiration. Car la voiture n’est que lignes tendues et surtendues qui s’entrecroisent pour produire de la dynamique et un Cx de 0.29. Elle en jette. La Q60 est avec la Q30 une réussite esthétique pour la marque.

A l’intérieur de l’Infiniti Q60

L’intérieur de la Q60 est réussi. La qualité perçue est au rendez-vous.

La clef électronique dans la poche, on déverrouille la portière par son discret bouton. Première bonne surprise, l’ouvrir ne demande pas un grand effort. Les grands coupés souvent possèdent de lourds et pénibles ouvrants qui mènent la vie dur à vos biceps, mais ce n’est pas le cas sur la Q60. Un très bon point. De nuit, la Q60 vous accueille dans une ambiance intérieure tamisée, presque cosy. Les poignées de portes et de coffre sont éclairées de l’intérieur, pratique.

Le dessin sur le cerclage des compteurs est original.

Même si les surface vitrées ne composent que 30% de la voiture, on n’est pas coupé du monde comme dans une Audi TT. L’habitacle reste lumineux.

Impossible d’éteindre en un clic les deux écrans superposés pour une conduite de nuit…

Le tableau de bord offre une très bonne qualité perçue mais fait néanmoins un poil massif comparé à une Série 4, sans être envahissant. La Q60 se paye l’originalité de posséder deux écrans LCD superposés, pour le GPS de 8 pouces, pour le menu des options de 7,8 pouces. Pas moyen en revanche de les éteindre d’un simple bouton sur la console, comme sur une simple Fiat Tipo. De nuit, la luminosité de la console devient excessive. Il faut alors aller dans les sous menus de l’écran du bas pour tout régler. Ce qui est agaçant.

Les sièges avant sont chauffants et électriques à deux mémoires, de série. Ils sont tendus de cuir mat perforé, une touche sportive discrète, tout en offrant un bon compromis maintien/confort.

Vie à bord de l’Infiniti Q60

A l’avant

Tant de boutons et autres molettes peuvent effrayer, mais une journée de conduite suffit à mémoriser les emplacements de chaque fonction. La profusion a même du bon. Les fonctions audio et GPS sont en doublon, sur l’écran et avec des commandes physiques sur la console et le volant, très pratique car cela évite de trop réfléchir. Vos yeux et votre cerveau restent sur la route.

Les clips de maintient du tapis de sol passager n’aiment pas les pieds en chaussettes.

On note un bémol qui paraîtrait anodin s’il n’était pas douloureux. Les clips de maintien du tapis de sol passager sont trop pointus pour des pieds nus en en chaussettes. Et les longs trajets passagers sont propices aux pieds nus ou en chaussettes. C’est peut être un détail, mais un contact malencontreux fait mal. A revoir.

Le GPS

Le GPS de l’Infiniti Q60 n’est ni moins bon, ni meilleur que la plupart de ses concurrents. Même si on a vu plus moderne sur les dernières Skoda Octavia, il est tactile, zoome et dézoome facilement avec deux doigts. On passe d’un écran total à un infotainment scindé en deux avec un seul glissement de doigt. On rentrera toutes les informations sur l’écran du bas. Les menus et sous-menus sont synthétiques mais nombreux. Ils demanderont là-aussi un petit temps d’adaptation.


Claire et efficace, la carte électronique n’échappe pas au principal travers de cette technologie : vous faire prendre le chemin le plus long, s’obstiner à vous faire faire demi-tour alors que vous espériez qu’il recalibre sa trajectoire, puis, à 60% de parcours, de guerre lasse, consentir à tracer une nouvelle voie. A noter toutefois qu’il ne l’a fait que deux fois en 1.000 kilomètres. Sur notre Q60 d’essai, il arrivera aussi que le GPS ne reconnaisse pas la carte SD dédiée, et affiche un message d’erreur pendant 30 minutes, obligeant à utiliser le plan du smartphone. Agaçant. Petit défaut également, le GPS n’indique pas les stations de lavage.

A l’arrière

C’est la surprise : on y est bien accueilli. Les confrères parlent tous d’un « espace restreint ». Au contraire, les deux places avec fixations Isofix sont confortables, séparées par une travée avec deux portes-gobelets profonds (un risque en moins de tâcher les sièges). Il n’y a pourtant pas à dire : le +2 de l’expression 2+2 n’est pas qu’un espace d’appoint pour enfant sans embonpoint. L’adulte de 1m75 que je suis s’y sent à l’aise, alors que le siège devant moi est en position moyenne. Dommage qu’aucune prise USB ou audio n’y soit proposée, ce qui est un peu radin à ce niveau de gamme. Les kilomètres défilent sans peine et dans le confort sous la vitre arrière presque horizontale qui offre une belle luminosité. De nuit on se surprend à regarder les étoiles seulement en relevant la tête.

Super, mais il y a quand même un léger problème.

Durant notre périple, le soleil fut généreux et la vie à l’arrière… fut surchauffée. Lorsque l’astre tape directement sur la vitre, il vous faut un couvre-chef, sinon, il n’est pas possible de tenir plus de 20 kilomètres. Et pas moyen de contrebalancer les piqûres du soleil avec la clim : on est dans une couveuse. D’autant qu’il n’y a aucun rappel de climatisation à l’arrière. L’installation d’un rideau électrique serait la bienvenue, même si on se doute de la complexité – et du tarif – d’un tel système sur une surface oblique. N’empêche…

A noter que l’espace avant connaît le même problème tout en étant bien plus supportable. Mais là aussi, il y a un souci. Si on peut ouvrir les fenêtres en ville, ce n’est pas possible sur autoroute, la rigidité de la caisse étant ce qu’elle est, massive, passé 110 km/h, les turbulences ne sont pas des plus agréables. La clim reste donc notre seule arme.

Accéder aux places arrière est aisé grâce au rappel d’avance électrique du siège avant, via un bouton situé au niveau du repose-tête. Une chose à savoir cependant: il faut bien baisser le siège avant afin que le dossier puisse correctement se rabattre et vous offrir de l’espace malgré la ceinture de sécurité télescopique. Quant au coffre, il offre la taille raisonnable de 342 l et encore davantage une fois la banquette arrière rabattue (d’un seul tenant).

La conduite

La Q60 va vous apprendre, ou vous réapprendre, à cruiser de façon dynamique avec tout le couple disponible dès 1.250 tours/minute. Le coupé transmet son esprit sportif via son atout majeur, sa direction adaptative fonctionnant avec des capteurs et un moteur électrique, sans liaison mécanique entre le volant et l’essieu avant. La technologie Direct Adaptative Steering est apparue en 2013 et n’a pas convaincu la presse auto. Infiniti l’a recalibrée pour cette Q60. Elle offre des sensations et de la sécurité en envoyant juste ce qu’il faut des informations de la route. Souple à basse vitesse, plus dure et précise après 100 km/h, elle fait merveille dans les enchaînements de virage. A noter que la colonne de direction mécanique est toujours présente. Elle se reconnecte en cas de défaillance, mais contribue au poids élevé de la voiture: 1 754 kg (une Alfa Romeo Giulia ne pèse que 1.374 kg). La Q60 propose un mode « sport », « standard », « neige », ainsi qu’un mode configurable.

La direction adaptative de la Q60 dans le détail

Sur la route

Bien sûr, la Q60 est faite pour les autoroutes. On n’a pas vu passer les 500 kilomètres du Paris-Royan, douillettement calés dans les sièges dans un grand silence. Il est conseillé d’activer le régulateur de vitesse afin que la consommation reste raisonnable. On se sentira sécurisé et décontenancé avec l’assistance électronique qui remet la voiture sur sa file si la voiture s’écarte un peu de sa trajectoire, sans bouger le volant, déconnexion physique oblige.

L’assistance de maintient dans la file débranché, il reste les avertisseurs de proximité.

Le freinage automatique qui suit le trafic devant vous. Efficace. Mais déresponsabilisant à force.

Autre système d’aide à la conduite : le freinage automatique, qui s’enclenche grâce à un bouton sur la droite du volant. Il s’active lorsque vous rapprochez trop du véhicule devant ou quand celui ralentit, même fortement. La toute première fois, cela occasionne alors une petit frayeur avant de vous rassurer sur l’efficacité du système. Ça fonctionne et ça fonctionne très bien. Si un véhicule se rabat un peu vite après vous avoir doublé, le freinage automatique – mais également le rétrogradage – se met également en action. Gare à l’excès de confiance cependant, la machine ne remplace pas encore l’homme (manquerait plus que ça) et les cas de très gros freinages requerrons notre pied droit.

Déconnecté, le dispositif passe alors le relai à un avertisseur sonore en cas de promiscuité excessive avec le véhicule situé devant. L’intérieur des portières est également doté d’un témoin lumineux orange au niveau des rétroviseurs qui remplit le même office. Ce n’est plus une voiture, c’est Cocoon.

A noter que le dispositif se met en marche automatiquement avec le régulateur de vitesse. Sur autoroute, dégagée en ces jours de semaine, on se prend pour un pilote de planeur cherchant les vents favorables. Sur la file de droite, notre voiture programmée a 130 km/h ralentit seule derrière le véhicule à 120, on se déporte alors sur la voie gauche libre et la Q60 reprend sa vitesse de croisière. La sensation est aérienne.

Gare si vous passez par erreur en mode « neige », l’aide à la conduite se déconnecte.

Mais la combinaison freinage et vitesse automatique ne procure pas qu’une tranquillité de conduite, c’est aussi le duo gagnant de la consommation. En mesurant notre dépense sur environ 100 kilomètres avec et sans le dispositif, on constate que ce dernier, tout en progressivité dans l’accélération pour le freinage, nous fait économiser sur le budget des vacances.

Et puis, au bout d’un moment, le régulation, c’est bien gentil, mais c’est d’un prodigieux ennui. On reprend alors les commandes manuelles de l’Enterprise et enclenche le mode « Sport ». On roule dans une GT, quand même.

En ville

Malgré son gabarit, la Q60 se faufile en ville. Le coupé ne nous occasionne pas de frayeur dans les petites rues. Il ne possède pas le rayon de braquage le plus court du monde mais lui et le poids de la voiture ne sont pas un obstacle au plaisir de découvrir les villages de l’arrière pays à son volant. On sent bien que la voiture est grande mais on n’a jamais l’impression de conduire un mastodonte. Quant aux dos d’âne, la suspension n’en fait qu’une bouchée.

Hors autoroute

Ce genre de petites routes n’est pas le terrain de jeu favori de la Q60 2.0t.

En revanche, La Q60 2.0 n’aime pas les routes improbables et les virages trop sinueux. Que les choses soient dites. Plus précisément, la seule qui est contente dans cette situation, c’est la direction électrique. Le reste de la voiture, pas vraiment. La faute à ses kilos en trop qui mènent la vie dure à l’amortissement, à 211 chevaux seulement et à un couple qui peinent à défier la gravité. Même la monte sport des pneus ne rattrape pas le comportement de la voiture. Bien au contraire si le revêtement connait quelques imperfections. C’est trop en demander aux 19 pouces taille basse un peu incongrus sur un tel modèle. Même les freins ne rigolent pas et nous font comprendre qu’il valoir anticiper le coup de pédale.

Faites plaisir à votre Q60 2.0, donnez-lui de la départementale et des grands virages !

Notre Q60 2.0 laisse à ses grandes sœurs V6 le soin de régler son compte aux voies en lacets de l’arrière pays. Ce qu’elle aime, elle, ce sont les larges et généreux virages des départementales. La voiture vend alors du rêve. En mode « sport » ou « standard » La direction est ferme et se fait plus précise tandis que l’on enfonce le pied droit. Puisqu’on l’y autorise, le moteur ose un son sportif et nous mène comme une loco sur ses rails. La Q60 est dans son élément.

Conclusion sur l’Infiniti Q60

Achèterez-vous l’Infiniti Q60 2.0t 211 ch ?

Non, si vous ne jurez que par les Allemandes. Même son moteur Mercedes-Benz ne vous fera pas dévier.

Oui, si vous êtes las des Audi, Mercedes et BMW et avez été séduit par la Q30, cette Classe A (châssis et moteur) tellement plus convaincante. Sa grande sœur Q60 est un coupé haut de gamme premier choix. Ses prestations routières au quotidien en ville comme sur route sont impeccables.

Non, si vous voulez emmener votre belle sur le circuit le dimanche, elle n’est pas faite pour cela. Ou alors vous choisirez sa jumelle à V6.

Oui, si vous aimez vous autoriser quelque conduite pas sage avec ses 19 pouces que vous ne trouverez jamais assez excessifs.

Non, si pour vous coupé est synonyme désormais de quatre portes, magie du marketing nouvelle génération des marques premium.

Oui, si votre goût de l’originalité stylistique n’irait pas jusqu’à acheter l’intransigeante Lexus RC.

Non, si vous trouvez qu’à côté de la Lexus RC, les lignes de la Q60 sont dignes d’une Octavia de 2005.

Oui, si vous voulez la qualité allemande avec un badge japonais. La fabrication est au niveau des standards Outre-Rhin et les formes de la voiture poussent le style germanique un peu plus loin.

A 44 390 euros, l’Infiniti Q60 se paye le luxe d’être dans la fourchette haute du segment, bien que la marque a dû serrer son prix en vue du malus de 2.153 euros. Elle est ainsi le choix idéal pour qui cherche une voiture originale, sérieuse et chic. Et son esthétique ambitieuse pourrait même bien vieillir avec le temps. Un choix à prendre en compte, pour rouler en père peinard… et chic.

Photos Olivier RODRIGUEZ – Infiniti


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