Essai Audi A5 Sportback 2.0 TDI 190

Pour beaucoup, les Audi sont des références en matière de tenue de route et ce, sur tous types de terrains ! Quelle que soit la météo, les créations d’Ingolstadt se doivent d’aller au bout de leur périple sans jamais flancher face à quelques flocons.

Mais… Une fois n’est pas coutume, nous avons essayé une Audi dépourvue de sa fameuse transmission Quattro, disons même, une Audi dépourvue de beaucoup de choses pourtant de coutume dans le monde du premium. Voici donc l’essai de l’A5 2.0 TDI 190 Sportback , le tout, sur la neige et en traction.

Audi A5 Sportback : un subtil renouveau

Tout commence dans un sous-sol parisien, dans un parking souterrain pour être précis. Au milieu des créations récentes du Groupe Volkswagen, je patiente quand soudain, une paire de phares transperce l’obscurité. Se dévoilent alors progressivement les lignes tendues de la dernière Audi A5 Sportback derrière ces puissants faisceaux à LED.

Vêtu d’une jolie robe Bleu Scuba, l’élégant coupé aux airs de berline s’approche, ou devrais-je dire, l’élégante berline aux airs de coupé ? Car oui, madame a le postérieur entre deux chaises, elle est de ces autos qu’il conviendrait d’appeler un « coupé quatre portes »… Personnellement, je vous laisserai méditer sur cette appellation un brin antinomique et choisir celle qui vous semble la plus appropriée, mais dans cet article, j’en suis navré, l’A5 Sportback sera une berline, profilée si l’on puis dire, mais une berline tout de même.

Si l’on connaissait déjà l’ancienne génération, il reste difficile de distinguer un réel changement avec ce cru 2017. Certes, les lignes se tendent, la calandre Single Frame s’élargit, les optiques s’affinent et la ligne générale de l’auto s’avère plus fluide et homogène qu’auparavant, mais rien de bien nouveau n’est à signaler. Pas de doute, il s’agit bien d’une Audi : on rajeunit, mais on ne révolutionne pas !

Dans cette finition Design, notre A5 s’avère très sobre puisque dépourvue de tout pack S-Line. Assis sur des jantes de 18 pouces, enjolivé de quelques chromes de ci-de là, il faut reconnaître à cet exemplaire une certaine prestance allant de pair avec une véritable discrétion. Certes, les clignotants à défilement, l’entourage des vitres gagnant en légèreté et un petit détail stylistique sur l’aile amènent de nouveaux éléments au design général de l’A5 Sportback, mais ce n’est pas ce qui fera oublier sa devancière !

Si vous souhaitez plus, il faudra dépenser plus !

D’une faible traction sur la poignée, la portière – sans montants – s’ouvre, et se dévoile l’antre de la bête. Tout d’un – fragile – cuir gris et de noir vêtu, l’habitacle bien qu’un tantinet terne n’est pas dénué de luminosité grâce au pack d’éclairage qu’il faut reconnaître comme bienvenu. Eh oui, madame soigne ses convives par le biais d’innombrables LED apportant aux portières, à la console centrale ou bien aux jambes une élégante lumière blanche, ou rouge, ou verte, ou bleue, ce, selon la volonté du conducteur ! Résultat : le dessin de la planche de bord comme celui des portières s’en voit souligné d’arêtes de lumière et ça, c’est classe !

Classe, c’est d’ailleurs ce qui pourrait caractériser les quelques inserts d’aluminium disposés ça et là. Certes, l’aluminium est froid et se raye facilement, mais ce serait de mauvaise foi que de se plaindre alors qu’il est trop souvent remplacé par du plastique chez la concurrence. Le tout respire le dynamisme avec des lignes tendues de part et d’autre du tableau de bord, se fondant subtilement dans les portières. Une fois assis à la place du conducteur, il n’y a plus aucun doute, c’est LA place à avoir dans l’auto. Preuve en est, les instruments de bord se trouvent très légèrement tournés vers le conducteur.

Si ce n’est l’écran du GPS façon tablette -non tactile- que je trouve toujours un peu trop libre, l’ensemble s’intègre parfaitement au dessin de la planche de bord. Les commandes du combiné de climatisation sont par ailleurs excellemment dessinées avec une allure proche de l’aviation, chose de coutume chez Audi. Pourtant, leur surface semble sensible à l’usure et risque très vite d’adopter quelques stigmates d’utilisation. Revenons à notre place conducteur où, les sièges – s’ils ne sont pas des exemples de beauté – sont confortables, bien qu’un peu durs, mais ça, c’est un standard germanique. Certes, il manquerait qu’ils soient chauffants et électriques, mais pour ceci, il faudra rajouter quelques centaines d’euros dans la cagnotte des options.

Quoiqu’il en soit, la position de conduite est excellente et effectivement, plus proche d’un coupé que d’une berline puisque l’on est assis bas, très bas même. En face de soit, un très beau volant trois branches présentant les anneaux d’Ingolstadt sur un imposant piédestal. De bon diamètre, il est très agréable et ne dissimule pas le Virtual Cockpit dont est équipée notre A5. Surtout, le volant est le point névralgique de la voiture car c’est depuis ses boutons que l’on gérera la plupart des fonctions nécessaires à la conduite. C’en est flagrant au regard de la console centrale qui s’avère dépouillée de boutons, ne comptant que le classique joystick tactile, le sélecteur de vitesse de la boîte automatique S-Tronic à 7 rapports, le frein à main électronique et les commandes du lecteur multimédia.

Derrière ceci prend place l’accoudoir abritant justement deux prises USB ainsi qu’un chargeur à induction pour un smartphone, en soit, l’un des rares espaces de rangement de l’auto. Effectivement, la boîte à gants est occupée par un lecteur CD et ne peut admettre, comme son nom l’indique, qu’une simple paire de gants tandis que les bacs de portières avant comme arrière sont d’une taille à peine suffisante pour y placer une petite bouteille d’eau qui finira plutôt dans les filets – aussi cheap soient-ils – au dos des sièges avant.

Transition oblige, il est temps de passer à l’arrière où la place aux jambes comme à la tête est largement suffisante pour deux passagers d’un bon mètre quatre-vingt. S’il existe une troisième place arrière, elle reste théorique puisque la présence d’un tunnel central et des commandes de climatisation viennent réduire encore un peu la place déjà limitée au centre de la banquette qui sera plutôt dédiée à accueillir l’accoudoir dont accouche le dossier. Bien pratique cet accoudoir y laisse néanmoins un trou béant vêtu de plastique noir qui évidemment aurait gagné à être gris comme le reste de l’habitacle. Néanmoins, ce trou permet l’accès au coffre et forme ainsi une trappe à ski bien pratique pour qui compte aller à la neige (mais ça, on y viendra, patience…).

Accessible par un imposant hayon électrique – qu’il faudra bien souvent arrêter manuellement avant qu’il ne heurte le plafond d’un parking –, le coffre de 480 litres suffira amplement pour quatre passagers, mais il peut encore croître une fois la banquette rabattue, sans pour autant obtenir un plancher plat car non, ce n’est pas un break, le transport de marchandises n’étant donc pas sa vocation !

Berline ou coupé, quid de la conduite ?

Quand vint le temps de prendre la route, une simple pression sur le bouton Start démarre le quatre cylindres diesel de 2.0 L dans un silence plutôt correct. Développant 190 chevaux aux roues avant, le bloc est déjà connu puisqu’il s’agit de l’un des moteurs les plus vendus par le Groupe VW.

Enfin, une fois connaissance faite avec le Virtual Cockpit, il n’y a plus qu’à se laisser porter par l’auto qui se meut plutôt bien dans la circulation parisienne, malgré son imposant gabarit. Quoique… Les contraintes du coupé reviennent à l’assaut et l’on est quelque peu gêné par la visibilité réduite de la voiture, surtout sous une pluie battante où la lunette arrière dépourvue d’essuie-glace n’est plus d’aucune utilité. Malgré une circulation dense, des arrêts et redémarrages fréquents, l’A5 et sa boîte automatique font des merveilles dans un silence percé par les nombreux haut-parleurs qui peuplent l’habitacle et qui délivrent un excellent son ! Le voyage oppressant d’une virée parisienne s’en transformerait presque en plaisir et ce, en conservant une consommation raisonnable puis-qu’inférieure à 6 litres aux 100 kilomètres. Qui plus est, le Virtual Cockpit permet de suivre les indications du GPS sans quitter la route des yeux puisque la carte vient s’intercaler entre les compteurs de vitesse et de régime moteur.

Une fois sortie de la petite couronne parisienne, l’Audi reste fidèle à ses standards allemands et semble flotter sur le bitume, enfin, lorsqu’il est lisse car la suspension reste raide, chose qui se verrait sans nul doute renforcée par les jantes 19 pouces disponibles en option.

Les ennuis commencent lorsque l’on sort de l’autoroute au profit des départementales de province où très vite, le châssis semble dépassé, témoignant une fâcheuse tendance à sous-virer dès lors que le rythme s’accélère, la chose n’étant pas étonnante car il suffit d’avoir le pied un brin lourd pour que l’auto louvoie de l’avant sur les deux premiers rapports. La boîte pourtant si bonne en ville, devient paresseuse et le temps de réaction à la palette devient long lorsque l’on enclenche le mode séquentiel. Le poids aussi semble s’opposer à la puissance modeste du moteur qui demanderait une bonne vingtaine de chevaux supplémentaires pour mouvoir plus aisément l’Allemande. Une chose est sûre, dans cette configuration, l’A5 Sportback n’est pas un coupé déguisé en berline mais plutôt l’inverse, une berline aux allures de coupé. Néanmoins, sur nationales roulantes, elle redevient agréable, témoignant d’un réel dynamisme au sein des grandes courbes, le tout est de ne pas la brusquer.

Mais tout s’écroule lorsque la neige vient à tomber et que le verglas tend à pulluler à la surface du bitume. Eh non, madame n’est pas équipée de la transmission Quattro et cela se sent très vite. Bien que stable sur la neige à rythme correct, le moindre arrêt sur le verglas et repartir s’apparente à faire décoller un A380 tracté par un chien de traîneau. Certes les pneus été ne sont pas là pour aider. Mais ceux-ci, liés à une boîte automatique ne permettant pas de doser l’embrayage, et bridés par des assistances électroniques pas même déconnectables continuant à couper les gaz au moindre soupçon de patinage, font que démarrer en côte devient un calvaire !

La seule solution fut de pousser tandis que des autochtones semblaient dévorer les kilomètres de verglas avec leurs vieilles Uno, 205, Express et autres Super 5, inutile de vous dire que nous avions l’air fins avec notre imposante Audi. Une fois sortie d’affaire, l’A5 redevient une très bonne routière à la sobriété digne d’un chameau puisque sur près de 1000 kilomètres à son volant, je n’ai – en moyenne – pas consommé plus de 6,4 l de gazole, ce, malgré l’intermède hivernal !

La perfection est en option

Si vous vous attendez à ce que je loue à cette A5 Sportback toutes les qualités du monde, vous serez déçus. Si vous vous attendez à ce que je donne à cette A5 Sportback tous les défauts du monde, vous vous tromperez.

Bonne, elle l’est, parfaite, elle ne l’est pas. Oui, elle est belle, du moins objectivement elle est réussie sur le plan stylistique sans pour autant être révolutionnaire, mais naïf il faudrait être pour penser qu’une nouvelle Audi supplanterait la précédente. Oui, elle est agréable à conduire. Oui, elle est confortable. Oui, elle est bien équipée. Mais surtout, oui, elle peut faire tellement mieux. Il n’y a aucun doute, les Audi ne se sont pas faites réputation d’imperfection, mais pour la perfection, il faudra dépenser plus, beaucoup plus. Preuve en est, l’exemplaire essayé vaut 59.200€, soit déjà 20.000€ plus cher que le billet d’entrée de l’A5 Sportback.

Pourtant, les options se comptent encore sur les doigts de plusieurs mains. Outre la peinture métallisée, le pack Design, le moteur 190 chevaux au lieu des 150 de base, la boîte automatique à sept rapports et le Virtual Cockpit, il faut reconnaître qu’il n’y en a pas forcément pour son argent. Bon, j’oublie peut-être les feux à Led, la caméra de recul, le pack d’éclairage et quelques menus détails mais il y aurait tant d’autres cases à cocher sur le configurateur pour avoir, disons, l’essentiel ! Les sièges chauffants et électriques, le volant chauffant, le toit ouvrant, les feux Matrix, les feux de route automatiques, le régulateur de vitesse adaptatif, l’alerte de franchissement de lignes et surtout la transmission Quattro restent en option, même à ce tarif !

Si tout n’est pas d’une incroyable utilité, cela fait désormais partie des standards en terme d’équipements, du moins, chez la concurrence étrangère. A cet instant, je pense (en terme de berlines) à une Kia Stinger qui à ce tarif embarquera un V6 de 370 canassons et une transmission 4×4 liée à pléthore d’options. Ou bien à une Alfa Romeo Giulia en finition Veloce Q4 280 chevaux par exemple, pour un choix passion, sinon, pour rester en Allemagne à une Volkswagen Arteon… En soit, le choix est vaste dans le monde de la berline typée et l’A5 Sportback saura profiter de l’image Audi pour se vendre plus que pour ses seules qualités réelles.

Alors oui, essayer une telle voiture est frustrant car aussi nombreuses soient ses qualités, connaître son prix et savoir ce qu’il manque pour qu’elle titille la perfection lui donne malheureusement un goût amer. Même si la plupart des A5 Sportback que l’on croisera et que l’on croise déjà seront prises en leasing par des sociétés voire par des particuliers, permettant ainsi d’adoucir le prix des options par la mensualisation, je reste dubitatif face à cette coutume typiquement germanique, typiquement premium, que de ne proposer un produit « complet » au profit d’un catalogue d’options toujours plus dense.

En soit, la perfection est en option.

Photos : Loïc Maschi pour The Automobilist


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