Essai Eden, la « vraie » Méhari électrique

Ah la nostalgie. De la liberté, de nos jeunes années. La Méhari, c’est un peu tout ça en même temps : l’insouciance, le bicylindre, le plastique fantastique. La vie quoi. Pourtant, les temps ont changé. Pour s’offrir un tel vent de liberté, il faut savoir être électrique et Citroën l’a fait, en partenariat avec Bolloré, en proposant l’E-Mehari. Mais est-ce la seule alternative ? Non ! Sur la Côte d’Azur, au 2CV Mehari Club Cassis, on a créé l’Eden, une Mehari électrifiée sur la base du modèle de 1968. Est-ce mieux ? Nous sommes partis faire l’essai de la « vraie » Méhari électrique !

Bref retour sur la Citroën Méhari

Il y a 50 ans naissait, en pleine période troublée de mai 1968, une auto de loisirs à laquelle Citroën ne croyait pas vraiment : la Méhari.

Cette sorte de « Jeep à la française », basée sur la 2cv, et qui se voulait une concurrente de la très branchée « Mini Moke », s’est très vite positionnée comme un véhicule à part. Sa mécanique à refroidissement par air bien connue, simple et fiable, ses suspensions uniques à fort débattement, et surtout, une carrosserie en plastique ABS déformable sur châssis tubulaire en ont fait une voiture qui convenait aussi bien au commerçant, à l’agriculteur, au golfeur ou à une petite famille, voire une bande de copains, voulant se déplacer à la plage dans une station balnéaire.

Que reste-t-il, non seulement de nos amours, mais de cette auto, aujourd’hui ? Eh bien, vous allez être surpris, mais sur près de 148 000 voitures produites environ, près de 100 000 sont encore en circulation, alors qu’elle a cessé d’être fabriquée en 1986. Diantre, comment cela est-il possible ?

Tout simplement parce qu’elle n’a jamais été remplacée dans le cœur des aficionados, qu’elle se transmet de générations en générations, et surtout, parce que l’histoire se charge de miracles comme on n’en fait plus.

Le 2CV Méhari Club de Cassis

Ainsi, à la fin des années 90 débute l’aventure du Méhari Club Cassis (13). La petite structure  se charge d’abord de rénover et personnaliser l’iconique Citroën. Ce avant de lancer, quelques années plus tard son propre catalogue de pièces de rechange. Reconnaissante du travail accompli, la maison-mère confie, en 1998, ses outillages d’origine afin de reproduire les pièces de Méhari ! Le même passage de témoin aura lieu au début des années 2000 avec l’outillage de la 2CV.

Eh oui, vous avez bien lu : vous pouvez aller commander, acheter, essayer, améliorer tout ce qui touche à votre petite bicylindre préférée en toute confiance, comme si vous étiez chez Citroën.

De la sorte, le 2CV Méhari Club Cassis est ainsi devenu LA référence dans le monde entier, pour tous les amoureux des modèles emblématiques de la firme aux chevrons : 2cv, Dyane, Méhari.

Eden, de quoi s’agit-il ?

Le contexte automobile actuel n’est guère propice aux anciennes autos, accusées de pollution permanente, et qui plus est, mises à mal par un contrôle technique toujours plus strict à partir du 20 mai prochain. Pour que la Méhari ne meure jamais, qu’elle continue à enthousiasmer petits et grands, il fallait la solution écologique la plus évidente : l’électrification.

Ce nouveau modèle ne pouvant arborer l’appellation Citroën, ni Méhari du reste, puisque produit dans les ateliers du 2CV Méhari Club Cassis, le nom qui lui a été choisi est : Eden.

Ce véhicule intègre donc les enjeux contemporains d’une mobilité durable (c’est à la mode) tout en célébrant l’esprit de liberté des années 70 (nostalgie, quand tu nous tiens…). En réfléchissant deux secondes, vous vous dites : « Mais ce n’est pas possible, sans le fameux bruit du bicylindre ni la boîte de vitesses à canne au tableau de bord, cela ne sera plus une Méhari ! »

Nous vous rassurons tout de suite : le produit est abouti et garde entièrement l’esprit ludique de la petite auto de plage des seventies, le travail réalisé est bluffant et l’auto conserve tout son charme. « Etonnant, non ? » comme l’eût dit le regretté Pierre Desproges…

En cinq points, voici ce qu’il faut retenir :

  • Moteur brushless synchrone avec batteries lithium Life PO4 (aux performances largement équivalentes au 602cc d’origine)
  • Arceaux de sécurité et ceintures trois points
  • Compteurs électroniques avec niveau de charge
  • Présence de la boîte de vitesses et de l’embrayage, « comme avant »
  • Homologation en 2 et 4 places.

Ces modifications permettent de proposer une capacité de franchissement supérieure à celle de la Méhari originelle, grâce au couple du moteur (qui développe environ 22 ch DIN). La batterie offre jusqu’à 130 km d’autonomie, avec récupération d’énergie au lever de pied. On peut la recharger en 3h30 seulement sur prise domestique de 220V.

La batterie prend place sous la banquette arrière et augmente le poids général de la voiture d’environ 130 kg mais n’empiète absolument pas sur le coffre. L’auto se présente de manière identique à une Méhari, même la prise de branchement officie en lieu et place du bouchon de carburant : un travail soigné, malicieux et passionné, de toute évidence.

Mais avant de passer à l’essai proprement dit (nous vous faisons saliver encore un peu), une visite des ateliers nous est proposée par Edouard Chapert, responsable de la vente des véhicules et des relations avec la presse.

Découverte de l’atelier du 2CV Méhari Club Cassis

Chaleureusement accueilli par notre hôte, nous allons de surprises en surprises : nous découvrons le prototype de l’Eden, celui qui a servi à l’homologation, puis quelques autos terminées bientôt livrées. Plus loin dans l’atelier, d’autres sont en train d’être fabriquées sous mes yeux, à la main ! C’est très émouvant car pour un peu, on se croirait revenu au milieu des années 70 chez Citroën… Tout respire le neuf, c’est bien agencé, il y a de la couleur partout, des personnels heureux de vous rencontrer, et de vous décrire leurs missions.

Un peu plus loin, j’aperçois des machines-outils qui viennent de la maison-mère : elles servaient à Mangualde au Portugal pour la fabrication du tissu des 2CV Charleston !

A ce sujet, toute la sellerie est fabriquée sur place. On découpe au ciseau sur des grandes tables, et l’atelier de création propose un large choix de coloris et matières, conformes aux catalogues d’origine.

On refait également des dizaines de bicylindres tous les mois et deux entrepôts immenses permettent le stock et l’envoi des 5000 pièces référencées. Mieux, c’est même ici qu’a été préparée la 2CV A de 1951 du Tour Auto 2018, qui traversa la France aux mains de Robert Puyal et de François Allain !

Le 2CV Méhari Club Cassis est devenu en quelques décennies une entreprise performante, unique, et même, reconnue dans le monde. Des points-relais en France et en Europe se multiplient, et on trouve même des distributeurs au Canada et à l’Ile de la Réunion. Des commandes en provenance du Japon sont également honorées et les opératrices qui répondent aux questions des clients parlent plus de 5 langues.

Vous l’aurez compris, la Méhari est une icône indémodable, et pour lui permettre de vivre 50 années de plus, il lui fallait passer le pas, s’adapter aux nouvelles contraintes du XXIème siècle.

Le paradis rime avec Méhari, certes, mais allons d’abord essayer l’Eden.

L’Eden à l’essai sur la route des Crêtes

Notre modèle d’essai arbore un bleu ciel/layette terriblement années 70. La carrosserie ABS est bien celle d’une vraie Méhari, mais aucun sigle Citroën n’apparaît. Le volant à trois branches en bois ouvre sur un tableau de bord différent de celui d’origine, avec trois cadrans : Un pour lindicateur du niveau de charge ; un pour le compteur de vitesses ; et une pour rassembler ensemble les différents voyants.

Pour démarrer, une clef de contact est à tourner, un voyant vert s’allume. A l’arrêt, on peut passer les vitesses sans embrayer. On oublie la 1ère et la 4ème, inutiles, et on met directement la 3ème qui sait tout faire. Pas de vibration « bicylindrique » au démarrage, cela déroute quelque peu, et puis l’auto s’élance.

Comme tout véhicule électrique, cela accélère rapidement, et les bruits de transmission et de roulement, fort présents, me font du bien : ouf, tout ceci n’est pas cliniquement silencieux. Y a de la vie au paradis !

On entend même un sacré brouhaha, puisque les portes sont démontées et que le souci du détail a été poussé jusqu‘à reproduire la lanière censée vous empêcher de tomber en route. J’adore…

Une petite ligne droite et l’aiguille du tachymètre atteint déjà les 100 km/h. Très sympa, vous savez instantanément qu’en Eden, vous risquez l’amende à tout moment sur la route. Vivons dangereusement, comme disait De Funès !

A notre demande, non seulement pour la difficulté du parcours, mais aussi pour la beauté des paysages, M.Chapert m’emmène sur la redoutable route des Crêtes, immortalisée au cinéma, entre autres, dans Marseille-Contrat (souvenez-vous, le duel entre une Alfa Montréal et une Porsche 911), dans Sur un arbre perché avec Louis de Funès, ou plus près de nous, dans la saga Taxi où la fameuse 406 pilotée par Ragnotti rattrape une 306 Maxi aux mains de Schlesser alors en pleine spéciale chronométrée.

Depuis Cassis, on doit commencer par une côte à 30 %. Beaucoup de voitures ne peuvent monter qu’en première vitesse. Eh bien notre Eden reste en troisième et grimpe raisonnablement, vous pouvez même rétrograder en 2e, en utilisant l’embrayage, ce qui n’augmentera pas la vitesse mais semblera soulager un peu le moteur électrique. Dans les épingles, le roulis paraît mieux maîtrisé que sur le modèle atmosphérique et la direction n’est pas plus lourde. Le freinage, à disques à l’avant, est rassurant et on se surprend à attaquer dans quelques enfilades, en montée, là où le 602cc déclarerait vite forfait.

A ce rythme, et en peu de kilomètres, la charge passe de 90 à 65 %… Aïe, attention à l’autonomie ! Mais l’Eden a un petit joker : elle recharge au lever de pied, et dans une longue descente (1,5 km), vous récupérez déjà 5 %. Pas si mal.

Bien sûr, on en arrive toujours à se poser cette sempiternelle question de l’autonomie, ainsi que du temps de la recharge. Ici, gardons à l’esprit qu’il s’agit d’un véhicule ludique, qui fait rarement plus de 100 km d’une seule traite. Tous les Méharistes vous le diront, c’est une auto de loisirs, utilisée quand il fait plutôt beau, et sur de courts trajets. L’intérêt de la transformation est donc bien réel.

Tarifs et conclusion

Que doit-on retenir de cette prise en main ? Au-delà du produit, on ne peut oublier que le concept est très abouti, réalisé par des connaisseurs de la voiture, de son histoire, ainsi que du marché auquel elle se destine.

Pour n’importe quel client potentiel, particulier ou loueur, c’est une garantie absolue.

Par ailleurs, l’Eden garde absolument toutes les qualités de la Méhari, et mis à part que l’on n’entend plus le sympathique bicylindre, on ne peut rien lui reprocher. Elle ne pollue plus au roulage, et à 24.900€ TTC (moins 900€ de bonus écologique) pour une 4 places, on est sensiblement au même tarif qu’une Méhari atmosphérique refaite à neuf et vendue… par les mêmes ateliers !

Le 2CV Méhari Club Cassis a donc réalisé un vrai tour de force :  proposer au même prix, la même auto, en atmosphérique OU en électrique. De quoi vous laisser un choix libre et entier. Qui dit mieux ?

Tous nos remerciements à l’équipe du 2CV Méhari Club Cassis et notamment à M. Edouard Chapert pour leur accueil et leur disponibilité.

Texte et photos : Laurent Bonnery


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