Après le départ de Nice, l’arrivée à Gênes, l’embarquement et le farniente sur le ferry, l’arrivée en Sicile et à l’hôtel, place aux choses sérieuses et à la « bagarre ». Miss Giulietta Ti et son équipage sont prêts à poser les pneus sur les routes de la Targa Florio Classic 2017.

Jeudi 20 avril 2017 :

Le sommeil a été réparateur. A nous les lits douillets qui ne bougent pas «comme sur un bateau en pleine mer»… Quel confort ! Un petit déjeuner royal et à l’italienne fait suite à une douche revigorante et nous voilà frais et dispo ! Nos sacs et notre équipement sont prêts. Nous sommes chauds et armés pour partir. J’attends 30 minutes le chauffeur qui doit m’emmener vers le fameux garage afin de récupérer Miss Giulietta Ti qui a passé une nuit au calme et en bonne compagnie.
Nous sommes bien en Italie et même en Italie du sud. Notre chauffeur est bel et bien en retard. Une affaire de famille qui a pris plus de temps que prévu mais il arrive très aimable, presque jovial et dans un italien frais et rapide il me raconte ses aventures en me conduisant au hangar. Arrivé sur place, le gardien me demande de m’acquitter d’une somme de 20€ pour le parking de nuit, ce qui est des plus corrects compte tenu de sa conversation, des aller et retour qu’il a été contraint d’effectuer pour moi, notamment pour me ramener à l’hôtel dans ce labyrinthe de ruelles qui compose le centre de Palerme.
Nous voilà avec l’auto bien chargée, nous prenons donc la direction de l’Université de Palerme où se déroulent les vérifications techniques et administratives. Gian Franco, notre correspondant de FCA Héritage, nous accueille avec bienveillance dans un français parfait et nous repartons munis de sacs remplis de goodies et d’auto-collants ! La Giulietta est techniquement jugée apte et nous la décorons des stickers et numéros au milieu d’une meute de Ferrari et d’Alfa Romeo… Un bonheur presqu’irréel pour les yeux et l’esprit de l’alfiste que je suis.
Pour les alfisti et les amateurs d’anciennes que vous êtes, sachez qu’avant le départ j’étais au paradis de la mécanique milanaise. Entre Giulietta SVZ, SZ, SZT, SS, Spider, Spider Sebring, Giulia prototypes, Giulia Super, coupés Bertone, Duetto, sans oublier une mythique 6C 1750, n’en jetez plus, nous sommes aux anges ! Même ceux de Botticelli ou de Michelangelo di Lodovico Buonarroti Simoni ne m’auraient pas rendu plus heureux.

Quelques réputées et historiques Lancia Fulvia HF, Fiat et Abarth parachèvent ce rassemblement d’italiennes. Mais elles ne sont pas seules puisqu’accompagnées d’inévitables et belles Porsche mais aussi de sublimes anglaises (Jaguar Type E, Austin Healey 2500…). Ceci sans paler de quelques excentriques comme des Volvo 166 ou Amazon ! Vérifs techniques signées, stickers posés, Alfa bien garée, nous partons nous restaurer dans une toute petite rue face à la Piazza Verdi, lieu du parc fermé et dédié au départ. Pour moins de 25€ à deux, le repas est un petit festin pour qui aime les gouts, les saveurs et couleurs de la nourriture italienne ou sicilienne, que demandez de plus alors !
Ah si, un bon café puis nous nous dirigeons tant bien que vers un public dense et passionné : le podium est installé, le stand Alfa Romeo aussi. Une nuova Giulia Grigio et un Stelvio Rosso Alfa sont là pour faire un peu de promo et attirer le chaland qui est toutefois plus interessé par les anciennes prêtes au départ. Nous devisons avec nos voisins du moment, deux équipages de Giulietta SZ, notre Ti est décidément gâtée ! Il y a longtemps que Miss Giulietta n’avait pas fréquenté autant de beau monde.

Il est 15h30, la première auto s’élance, puis une autre et encore une et c’est notre tour, nous traversons sur plus d’un km une des grandes artères de la ville, en se frayant un chemin au sein de badauds sympathiques, enthousiastes, souvent l’appareil photo à la main pour immortaliser le départ des belles vers les routes du nord de la Sicile.
Les feux rouges se succèdent avant d’arriver à l’autoroute et nous voilà cernés par les Giulietta les plus sportives de la création. Un coup d’œil par-ci et par-là et hop la Ti se fait copieusement distancée par ces coupés aux moteurs pointus qui prennent des tours et hurlent vite de bonheur dès qu’ils sont à la bonne température et à la moindre ligne droite. Le 1300 Bialbero de Miss Giulietta et ses 74-75 ch est un peu à la peine mais à la faveur de quelques manœuvres sportives et quelques jolis coups de volant dont j’ai le secret, nous revenons assez vers la meute et les affaires sérieuses commencent.

Entre 100 et 120 km/h, parfois un peu plus, et malgré des courbes au revêtement douteux et souvent rugueux ou gravilloneux la Giulietta Ti tient son rang et nous remontons une à une, toutes ces milanaises en survêtement, parfois à la grande stupéfaction de leurs conducteurs. Parfois un bon entrainement tout au long de l’année sur les petites routes de l’arrière pays niçois ou en Provence au volant de Miss Giulietta Ti ou de Molto Vivace, mon petit Bertone, une bonne paire de gants à troutrous de qualité (nécessaire pour bien évacuer la transpiration !) et des mocassins de conduite longuement portés suffisent à faire ou presque, la différence malgré le manque de chevaux.
La Sebring tente une fantastique accélération dans une longue descente en ligne droite, mais je m’y attendais, et pied à la planche, je décide de ne rien lâcher. Nous nous retrouvons à près de 160 km/h et je finis par passer le pilote du Spider, qui décide de laisser tomber… Ma ché trop forte la Giulietta !
En effet, ces autos tirent très court et hurlent déjà pas mal à 130, il faut les ménager sans doute…Miss Ti en profite, maintient le 140 une bonne dizaine de minutes en rattrapant même pas mal de « modernes » sur ces routes étroites et sinueuses bien qu’à double voie sur une grande partie du tracé.
Puis Maxime, mon fier copilote me convaint que la chose est entendue, nous pouvons lever le pied et calmer le jeu. Miss Giulietta est venue pour se faire des amies, pas pour jouer les mijaurées.

Je reste donc à 120 km/h, compte tours calé aux alentours de 4500 trs/mn, jusqu’à destination. Puis nous rejoignons un tronçon de voie rapide. Ici « l’autostrada » est construite sur un viaduc sur plusieurs dizaines de kilomètres et nous profitons d’une session  moins sportive pour contempler le paysage qui s’offre à nous. Des collines verdoyantes avec quelques vaches, très peu ou pas de maison, pas de village, peu de routes… c’est saisissant, inattendu, vraiment très beau, la Sicile est encore sauvage, terriblement aguichante et séduisante comme le sont les nombreuses beautés italiennes.
Nous déroulons à bonne allure et quelques trois quart d’heure plus tard, les Ferrari font leur apparition. Ce sont essentiellent des autos assez récentes ou rares comme celles que vous ne voyez que dans les beaux magazines. Aperçues dans le rétroviseur, elles nous dépassent soit normalement et sans forcer, soit à la façon d’une sympathique et bien veillante petite attaque dans une musique qui ravit les oreilles. ici les partitions en 6, 8 et 12 cylindres sont un ravissement pour les amateurs de belles mécaniques.

La Targa semble d’ailleurs prendre plaisir à mélanger les influences et les styles. Piemont, Lombardie, Emilie-Romagne rassemblées dans des automobiles plus séduisantes les unes que les autres même si le mythe de Maranello est bien là ! Enzo, F40, F50, F12 Berlinetta et quelques autres plus anciennes sont de la partie et nous donnent le tournis, à moins que ce ne soit des frissons dans le dos.
Le vert du paysage, le rouge des Ferrari, le blanc de Miss Giulietta, pas de doute, nous sommes bien sur les routes italiennes et en plus en course dans la Targa Florio, que demander de plus ? Peut être une pause en terrasse pour déguster une Col Tuppo ou brioche sicilienne accompagnée d’une granita ou fourrée de glace italienne à la vanille ou au café…

Il sera toujours le moment d’une gourmandise mais pour le moment il faut rouler. Nous passons Catane non sans avoir eu droit à un embouteillage à l’italienne avec force klaxons, appels de phares et autres astuces de conduite dont nos amis italiens ont le secret. Toutefois les voitures de la Targa, quand elles sont repérées sont accueillies avec bienveillance et une fois encore avec des sourires. Ici même en ville on apprécie les automobiles même si elles sont anciennes !
Les minutes, les feux, les croisements passent et nous reprenons la route en direction du nord. Les kilomètres défilent et Miss Giulietta est toujours au top de sa forme malgré les kilomètres et les efforts faits pour maitriser les autres milanaises durant la journée. finissons par rejoindre notre luxueux hôtel Hilton à Giardini Naxos à mi chemin entre Catane et Messine.
Ce soir c’est un repas festif et quasi pantagruélique qui est au programme mais nous saurons être raisonnable avant de nous mettre au repos. Demain il faudra être au top car deux longues deux spéciales de régularité nous attendent avant d’atteindre Céfalu en fin de journée. Encore des routes de folie (et on va tout casser encore une fois…), des belles mécaniques et des paysages somptueux nous accompagneront tout au long de la journée de demain. Il est l’heure de vous laisser, nous devons quitter nos tenues de « pilote et copilote de compétition » pour passer une tenue civilisée avant de rejoindre les autres équipages au restaurant.

Bonne soirée à tous et à demain pour de nouvelles aventures en compagnie de Miss Giulietta Ti.

Crédits photos : Laurent Bonnery pour The Automobilist.


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