Les exposants du Salon de l’Auto de Lyon alternent entre concessionnaires locaux, et marques automobiles au niveau national. Chez Volkswagen, c’est bien la maison-mère qui répond à l’appel, avec tous les derniers nés de la gamme, dont la Polo, présentés au Salon de Francfort. L’occasion pour The Automobilist de rencontrer Henri Combarnous, directeur des ventes de Volkswagen France, pour nous parler de la nouvelle offensive produit et plus largement du futur de la marque.

 

The Automobilist : Bonjour Monsieur Combarnous. Avant toute chose, une question très simple : pourquoi miser autant sur le Salon de Lyon ?

Henri Combarnous : Bonjour ! Le Salon de Lyon devient un bon salon. Après quelques années d’errance, il retrouve de la qualité. Nous sommes agréablement surpris. On essaye toujours de descendre les modèles que nous avions à Francfort. Nous présentons un Tiguan Allspace reçu avant-hier qui revient tout juste d’Allemagne, qui n’existe d’ailleurs pas dans cette configuration 5 places en France. On le retrouvera en concessions fin novembre/début décembre. Mais le gros de notre actualité est constitué par la nouvelle Polo et le nouveau T-Roc.

T.A. : Entrons dans le vif du sujet. Vous lancez, pendant ce salon, la commercialisation de la Nouvelle Polo en France : quel volume de ventes espérez-vous atteindre dans l’Hexagone ?

H.C. : La Polo est un best-seller, une très belle histoire avec plus de 16 millions d’unités commercialisées dans le monde. En France, en année pleine, nous visons 40.000 véhicules. Un volume raisonnable lié au fait que les motorisations essence sont disponibles dès cette fin d’année. Les motorisations diesel arriveront un peu plus tard, engendrant un effet de transition des véhicules entreprises roulant plus au diesel, qui va décaler un peu le passage de relais entre les deux générations au début de l’année 2018.

T.A. : Quel est alors le mix entre essence et diesel auquel vous vous attendez pour ce type de véhicule ?

H.C. : Actuellement, nous sommes à 80 % d’essence, et 20 % de diesel. Les entreprises vont aussi commencer petit à petit à basculer vers l’essence, au même titre que les loueurs qui représentent une part assez importante des volumes. Avec les particuliers, nous sommes même à plus de 90 % d’essence. C’est dans la continuité de la Polo actuelle. On ne devrait plus évoluer énormément. En revanche, notre offre se recentre autour des moteurs à essence, au nombre de 6. A ceux-ci s’ajouteront 2 moteurs diesel, et 1 moteur GNV.

T.A. : Quelle est la proportion de boîtes DSG actuellement sur la Polo ?

H.C. : Sur des petites voitures, nous sommes à 15 % de boîtes DSG. Elle s’adresse à des motorisations un peu hautes. Notre force réside dans notre capacité à pouvoir en faire de plus en plus. Il y a deux types de clients : ceux qui cherchent un petit véhicule très abordable, équipé correctement sans être trop optionné, avec un petit moteur pour une utilisation très urbaine. Ceux-ci restent le plus souvent sur une boîte mécanique. En revanche, ceux qui montent en motorisation passent très vite sur une boîte DSG.

T.A. : La nouvelle Polo grandit de 8 cm, à 4,05 m. Quelle en est la raison ?

H.C. : Cela se fait au service du client, en termes de sécurité d’abord. Il faut aussi savoir que cela s’est fait au bénéfice de l’empattement, augmenté de 9 cm. La voiture a grandi dans son volume intérieur, dans sa taille de coffre avec 70 litres supplémentaires. Toutes ces raisons expliquent notre choix. L’attente en confort est de plus en plus forte. Toutes les voitures du segment – peu ou prou – ont augmenté ou vont augmenter dans les années à venir. Nous sommes aussi contraints par les chocs piétons, qui imposent un peu le dessin et provoquent l’allongement. Cela nous va bien, car notre citadine elle existe, c’est la Up! Chaque véhicule a donc son territoire très précis.

T.A. : Quelles nouveautés technologiques sont embarquées dans la Polo ?

H.C. : On retrouve sur Polo tout ce que l’on a dans la Golf VII. Avant, chez tous les constructeurs, certains équipements étaient réservés à certaines gammes. Aujourd’hui, on généralise sur Polo des équipements inconnus à ce niveau de gamme. L’Active Info Display de deuxième génération est déjà disponible sur Polo [ndlr : en option à partir de Confortline, de série sur Carat Exclusive]. En termes de conduite, ça contribue à la sécurité et au fun qu’on veut procurer à ce modèle.

T.A. : On peut aussi voir le T-Roc sur votre stand. A combien de ventes peut-on s’attendre ?

H.C. : Globalement, nous serons à un T-Roc pour deux Polo, soit environ 20.000 unités par an.

T.A. : Par rapport aux autres véhicules du segment B-SUV type Captur ou 2008, le T-Roc est plus long, le positionnement tarifaire plus haut également. Comment le placer ?

H.C. : Le T-Roc n’est pas du tout dans le même compartiment de jeu. On n’est pas sur les mêmes types de véhicules, de clients ou niveaux de finition. Je pense qu’il faut s’éviter la comparaison par rapport à un Captur par exemple, on n’est pas sur le même produit. T-Roc est sur une approche « type Golf ». Il est 2 centimètres plus court que cette dernière, avec un niveau d’équipement et de qualité de finition du même acabit. Sa force est son design propre, ce n’est pas une Golf surélevée, mais vraiment un produit à part entière.

T.A. : Si nous ne le plaçons pas en face d’un Captur ou d’un 2008, quelle concurrence pourriez-vous citer ?

H.C. : Je dirais plutôt en face d’un Opel Mokka X dans la logique de gabarit. Nous sommes 25 cm en-dessous d’un Tiguan actuel. Mais pour des clients de l’ancienne génération, c’est aussi la possibilité d’avoir un véhicule plus compact [ndlr : le T-Roc mesure 4,23 m, contre 4,43 m pour la première génération de Tiguan, et 4,49 m pour l’actuelle], et fun.

T.A. : Vous venez de me parler de fun. Je dois vous avouer qu’il y a quelque temps, on n’associait peut-être pas fun et Volkswagen… Qu’est-ce que le nouveau Volkswagen, fun et avec de la couleur dans l’habitacle ?

H.C. : Le fun est perceptible de plusieurs façons. 14 couleurs sont disponibles sur Polo, beaucoup également sur T-Roc dont les arches peuvent être personnalisées et qui peut être bicolore. Il en est de même à l’intérieur avec la possibilité de choisir la couleur de sa planche de bord. C’est une demande client forte que l’on sent tous dans le marché. Le fun peut aussi être dans l’utilisation. Si on faisait une analogie avec la téléphonie, on passerait du smartphone très bien calibré, très fonctionnel, au smartphone beaucoup plus ludique, que l’on ouvrirait par exemple avec son empreinte digitale ou la reconnaissance faciale.

On travaille aussi sur la possibilité que la voiture, à l’image du téléphone, s’adapte à vous. Quand vous monterez demain dans votre véhicule, il sélectionnera vos stations radio, votre position de conduite… Si vous le prêtez, il s’adaptera aux goûts de la personne. C’est donc aussi du fun dans l’utilisation, avec un sentiment d’appartenance qui sera beaucoup plus fort, une interconnectivité accrue. Et puis fun dans le design. Moi je trouve que la Polo a un design très sympa !

On s’autorise aussi, comme je le disais des modèles très spécifiques à l’image de T-Roc, qui encore une fois n’est pas une version surélevée de la Golf. Il en est de même avec Arteon qui a son design propre. C’est notre fer de lance et c’est un régal à conduire ! Le plaisir de conduite fait partie du fun.

T.A. : Tout ce que vous me décrivez va donc bien dans le sens de la nouvelle signature de marque « Demain démarre aujourd’hui » ?

H.C. : Oui, c’est exactement cette logique-là. Aujourd’hui, nous sentons bien que nous avons une industrie automobile qui évolue. Nos premiers pas c’est Polo, à moyen terme c’est I.D., I.D. Buzz, I.D. Cross, que l’on a pu voir dans les différents salons automobile.

T.A. : L’idée est-elle bien de créer une gamme électrique parallèle, indépendante de la gamme « normale », thermique ?

H.C. : L’idée est en effet de développer une gamme propre pour les véhicules électriques. Une voiture qui est étudiée dès le début pour être électrique est forcément encore plus performante. Cela permet de prendre en compte les facilités de la technologie, ouvrant la voie à une réduction du volume de mécanique, du capot. On peut réfléchir à positionner le moteur à d’autres endroits, abaisser le centre de gravité. Le résultat, c’est un gain en habitabilité. Si on prend I.D. Buzz, présenté au Mondial de l’Auto, dans un volume équivalent à celui de la Polo [ndlr : Polo mesure 4,05 m, I.D. Buzz 4,10 m], on a un volume intérieur équivalent à celui d’une Passat. C’est aussi ce que permettra la technique de demain. Cela est possible grâce à un dessin spécifique, et une plateforme spécifique MEB.

T.A. : On parle de nouveaux modes de propulsion. Vous vous êtes lancés dans l’hybride rechargeables avec vos variantes GTE voilà quelque temps. L’annonce de la nouvelle grille du bonus/malus, beaucoup moins favorable envers ce type de véhicules, va-t-elle remettre en cause votre stratégie sur les ventes et le développement ?

H.C. : A court terme, ça ne change rien pour nous. Nous n’avons pas attendu les modifications de bonus/malus pour essayer de rendre nos motorisations plus propres et performantes. A plus long terme, cela valide juste notre stratégie d’électrification. Les voitures électriques représenteront à terme 20 % de nos ventes, soit 1 million de voitures pour le Groupe, en 2025. Pour nous l’histoire commence en 2020. C’est aussi une habitude à prendre, avec de nouvelles méthodes de vente, de consommation, et des infrastructures à mettre en place. Le marché sera vraiment à maturité en 2025. A ce moment-là s’ouvrira alors un nouveau monde, celui de la voiture autonome.

T.A. : Vous croyez donc à l’électrification, même sur des véhicules de gamme supérieure, ou alors vous la réservez à des véhicules de segment B et C ?

H.C. : Quand on prend l’ID. Cross 2.0, qui a d’ailleurs été présentée à Francfort, c’est une voiture de 4,60 m, qui est un mélange entre SUV et berline. Elle fait 304 ch. On est sur du véhicule très haut de gamme, qui sera dans un premier temps annoncé à 500 km d’autonomie. Mais on montera très vite en autonomie. On ne se cantonnera donc pas qu’à des petites voitures. A titre d’exemple, en 2020, on aura I.D. Buzz, 4,10 m, que l’on peut voir comme une « Golf du futur » et le grand SUV I.D. Cross.

Plus tard, on aura un vrai grand véhicule descendant du Combi, avec un très grand espace disponible, et la possibilité de l’acheter en version utilitaire. La gamme est en train d’être construite petit à petit. Je sais que beaucoup de réflexions sont en train d’être menées sur le sujet. On apprendra également en marchant, parce qu’il faut aussi étudier les comportements d’achat des clients sur ces univers. Nous sommes aussi certains que l’essence ne va pas disparaître. Nous pensons qu’il en sera de même pour le diesel même si des incitations font que sa part va inéluctablement baisser. Plusieurs modes différents, pour qu’il n’y ait que le plaisir de choisir !

T.A. : Très peu de similitudes chez Volkswagen entre une électrique et son homologue thermique, donc ?

H.C. : Sur le plan du design, et même si les dessins ne sont pas figés, on tend vers la création d’une gamme totalement distincte. On le voit sur les concepts-car, qui en plus de montrer que l’on travaille sur le sujet, mettent en évidence la plateforme MEB que nous développons. Les différences techniques font qu’il n’y aura que très peu de similitudes. Dans le futur, Volkswagen aura 2 gammes et donc 2 approches très différentes.

T.A. : En dehors de votre offensive produit, que faut-il voir sur votre stand ?

H.C. : 3 nouveautés, c’est déjà beaucoup ! Au-delà des 12 voitures exposées, nous sommes le seul stand entièrement digitalisé. Nous utilisons des écrans et tablettes qui vont être généralisés dans notre réseau. Nous l’avons testé dès le Mondial de l’Auto de l’année passée, et la phase de déploiement est engagée en points de vente. Vous pouvez d’ores-et-déjà configurer votre voiture sur notre site, aller en concession et poursuivre les discussions avec le vendeur, avoir ses conseils…

T.A. : Pourra-t-on alors bientôt acheter sa Volkswagen en ligne ?

H.C. : Vous me tendez la perche ! Pour le nouveau T-Roc, nous avons mis en ligne 200 véhicules, exclusifs au Web. Vous le réservez, payez un acompte en ligne, puis finalisez l’opération chez votre concessionnaire. A terme, le paiement en ligne sera technologiquement possible. Nous restons cependant très attachés à la relation entre le réseau et le client. Nous réfléchissons à comment entretenir celle-ci en bonne intelligence, compte tenu des besoins des acheteurs et de notre réseau, qui contribue pleinement à la satisfaction de nos clients.

T.A. : Dernière question : où en est Volkswagen concernant la conduite autonome ?

H.C. : Nous annonçons 2025 pour une conduite 100 % autonome. Cependant, si vous regardez les assistances actuelles, notamment sur Arteon, la voiture est capable de s’arrêter et de se garer automatiquement en cas de malaise. Ce n’est pas la voiture autonome, mais on commence à s’en rapprocher énormément ! Il faut essayer cette voiture ! [rires]

T.A. : Merci beaucoup Henri Combarnous pour toutes vos explications.

Propos recueillis par Jacques O. – Salon de Lyon 2017


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