27 février 1997. Il y a très exactement 20 ans Louis Schweitzer, alors président de Renault, annonce brutalement et sans détour sa décision de fermer l’usine belge de Vilvorde implantée en région Flamande dans la province du Brabant.

L’affaire fait alors grand bruit, aussi bien en Belgique qu’en France, puisque l’usine d’Haren-Vilvorde est l’une des premières usines de Renault installées hors de France. Construit dans les années 1934-1935 sur un terrain de plus de 42.000 m² acheté par Louis Renault en 1922 pour l’Agence Belge des Automobiles Renault, le site débute le montage des véhicules Renault en 1935. Sous la présidence de Pierre Dreyfus dans les années 50, l’usine belge prend de l’importance et de l’ampleur industrielle puisque le site est totalement intégré dans le dispositif industriel français et européen de la marque au losange.
On se rappellera aussi que l’usine belge est parmi les usines automobiles plus productives du monde et elle assure à elle seule au début des années 80 quelques 8 % de la production totale du groupe Renault.

1997, la Renault Mégane qui a pris la suite de la R19 est sur le marché depuis une année et le site belge accompagne celles de Douai et Palencia dans la production de la compacte qui doit aller chercher sur le marché la concurrence qui s’appelle alors Golf, 306, ZX ou Escort.
Vilvorde est une bonne usine, la qualité de production d’un bon niveau et les salariés y sont moins « pénibles » pour la direction de l’entreprise que dans les sites français ou espagnol. Tout aurait du bien aller en ce début d’année 1997 puisque la direction de la marque avait choisi Vilvorde comme usine pilote pour débuter la production du coupé Megane et le groupe automobile avait même investi quelques 3 milliards de francs belges depuis la fameuse session de présentation mondiale de la nouvelle Mégane en Espagne. L’usine du Brabant paraissait alors en sécurité pour son avenir.

On se rappellera qu’à l’été 1995, au moment de la présentation de la Mégane, le patron de Renault avait fait discrètement remarquer que les coûts de production à Vilvorde étaient les plus élevés des trois centres de production de la nouveauté. Il s’était alors montré serein, en mettant notamment cela sur le compte des affaires de parités monétaires fluctuantes et des dévaluations qui étaient une habitude des pays du sud de l’Europe. L.Schweitzer, mi 95, avait fermement confirmé la position et l’importance de Vilvorde du fait de sa situation géographique favorable en Belgique et de sa place dans la logistique industrielle des usines du groupe.

1996 est une rude année pour le constructeur français qui voit ses parcs se remplir et ses carnets de commande se réduire. Le marché est alors difficile et les comptes de Renault sont dans le rouge avec des pertes financières parmi les plus importantes jamais enregistrées par la marque.
Janvier 1997 se passe ainsi que quasiment tout le mois de février. Nous sommes jeudi 27 février en fin d’après midi, l’usine de Vilvorde a normalement tourné et produit ses autos. Vers 17 heures, un communiqué officiel signé par la direction de l’entreprise tombe. En quelques lignes, il  précise que Renault va fermer l’usine Renault Industrie Belgique en juillet 97 dans le cadre d’une simplification majeure de l’appareil industriel destiné à réduire les coûts et les volumes fabriqués.
Officiellement, Vilvorde aurait sa part de responsabilité dans les pertes de Renault avec la dégradation persistante des comptes de l’entreprise. Aussi moins d’un mois après l’annonce de la fermeture du site, lors de l’assemblée générale annuelle, Louis Schweitzer portait à la connaissance de tous les montant des pertes du site pour l’année 1996. Elles s’élevait à près de 30 milliards de francs belges. Réalité industrielle et financière ? Jeux d’écritures comptables pour justifier la fermeture de l’usine ? Deux décennies plus tard, il est d’ailleurs toujours difficile de connaitre la réalité des faits même si le constructeur dit confirmer les faits et chiffres de l’époque.

Bien sûr il y a Vilvorde, mais ce n’est pas tout puisque le groupe industriel annonce alors qu’il va fermer 5 de ses 12 sites et redéployer l’ensemble de sa production dans les usines maintenues en activité grâce notamment à la mise en place de nouvelles chaînes de production et de nouveaux process industriels.
Renault assure que cette restructuration massive de l’entreprise n’aura aucune influence sur le service commercial et la gamme mais qu’elle permettra d’une part de mieux exploiter l’outil industriel et, d’autre part d’améliorer la rentabilité. Louis Schweitzer explique alors qu’à moyen terme, il faudra seulement 1.800 à 1.900 salariés pour reprendre une production comme celle de Renault Vilvorde (~140.000 unités) qui emploie à l’époque quasiment 3.100 personnes.

Voilà, la messe est dite et Renault sacrifie l’usine historique du Brabant sur l’autel de la rentabilité et de la diminution des pertes.

Dès le lendemain de l’annonce, et même dès la nuit, les chaines de fabrication s’arrêtent ou presque et les ouvriers mettent en place un blocus de l’usine qui empêchera durant de longues semaines toute sortie de voiture neuve. Bien sur et comme de coutume, la marque au losange annonce dans la foulée la mise en place de mesures d’accompagnement social (reconversion, pré-retraite, aides au départ volontaire) et se dit même prêt à céder l’usine à un autre investisseur industriel qui voudrait reprendre la structure de production. Bien évidemment et fort logiquement, rien ne se fera sur ce dernier point.

On connait la suite. En juillet 1997, après plusieurs mois de conflit, le constructeur ferme l’usine d’Haren-Vilvorde, licencie les salariés et l’usine rejoint un autre fleuron de l’industrie automobile belge, la société Fabrimetal, dans la mort économique et la création de friches industrielles.

Retour en vidéo sur Renault Vilvorde en 1997 :

Pour mémoire, Renault Vilvorde a assemblé par dizaines ou centaines de milliers et au fil des années des Juvaquatre, Dauphine, Frégate, R4, R5, R9, R11, Supercinq, R21, Nevada, Clio, Mégane, et Mégane Coupé.

Vingt ans après cette affaire belge, Renault est revenu sur le devant de la scène automobile mondiale et même un peu plus puisque dans le cadre de l’Alliance Renault-Nissan, la firme fait partie des 5 plus grands groupes automobiles mondiaux. Mais avant d’en arriver là, nombreux sont les salariés qui y ont laissé leur emploi et surement une partie de leur vie.

Le site vu du ciel.

Via Wikipédia, LeMonde, Renault, RTBF, Retaildetail, Youtube, Ina, LeSoir. Les Echos.
Crédits photo : Renault, Fredo, VYMetal recycling,


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