Il y a cinquante ans, un jeune pilote de 32 ans, alors en pleine gloire, était fauché par la mort sur le circuit de Linas-Montlhéry, le dimanche 17 septembre 1967, un peu après 18h, au volant de son Alfa Romeo 33 Sport-Prototype… Pourquoi, si longtemps après, est-il célébré et aussi adulé par les amateurs ?
Pour l’illustrer mais surtout le comprendre et le faire savoir, le Digne Auto Classic Club et le Club Alfa Romeo de France (CARF) se sont associés dès les premiers jours de l’année 2017 afin de rendre hommage à cet immense mais méconnu champion.
Ce jeune dignois est, très jeune, particulièrement doué dans tous les sports, et l’école ne l’intéresse pas trop. Il a du talent, de l’allure, il est très sympathique, appliqué et
infatigable, c’est donc quelqu’un que l’on remarque rapidement.
Sa personnalité et sa passion automobile se révèlent dès l’adolescence. Il conduit alors la voiture de son grand-père pour se rendre au collège. Il n’a alors  que 14 ans mais étonnement le tout se passe sous la bienveillance de la maréchaussée locale.Son palmarès va très vite s’étoffer alors qu’il commence à courir sur Peugeot 203.
A partir du moment où il sera sur Alfa Romeo, les victoires vont s’enchaîner, et il sera sacré deux fois champion de France.
Il a marqué de son empreinte des autos mythiques comme les Giulietta Sprint Veloce, Giulietta SZ, Giulia Tubolare Zagato ou encore Giulia Sprint GTA.
 Un demi-siècle après, seule la Tubolare manquait à l’appel hélas…mais une trentaine d’Alfa s’engageait pour le rallye et plus d’une cinquantaine promettait de s’exposer le dimanche.

Vendredi 15 septembre 

Alors que la pluie s’abat sur Digne vers 15h, présageant d’une fin de semaine gâchée,les premières autos s’acheminent vers l’hôtel. Le miracle Alfa commence à se dessiner peu à peu :
Giulietta Sprint de 1958 en provenance des USA, deux SZ dont l’une ayant appartenu à Roger Delageneste et victorieuse à la Coupe des Alpes 1960, n’en jetez plus, le ton est donné…
Les mines se réjouissent, les poils se hérissent, l’émotion est à son comble, les discussions vont bon train, la magie « Rolland et Alfa » opère !
Malgré quelques mauvaises nouvelles (annulation, panne, retards pour accrochage), on sent que le moment va être grandiose. Et en effet, cela commence par une conférence à la mairie sur la carrière et la personnalité du pilote. Alors que les organisateurs misaient sur une bonne cinquantaine de personne, ce sont près de 200 amateurs qui se sont pressés pour écouter l’histoire du rallyman et découvrir des photos et des documents inédits.
En seulement 15 minutes, l’auditoire, dont pas mal de jeunes, est conquis et transporté, d’autant que deux énormes surprises viennent encore l’émouvoir :
D’abord le pilote Jean-Claude Andruet est au téléphone, en direct de la Corse où il reconnait pour le Tour de Corse historique. Il nous parle, la voix étranglée par la nostalgie, de son admiration pour Jean Rolland. C’est tellement inattendu que la salle
en est restée muette… avant d’applaudir à tout rompre cet immense gloire de l’époque Alpine Renault mais pas seulement !
Vers la fin de la conférence, on nous propose un film Super 8, oui, c’est encore possible, où l’on voit le pilote dignois piloter tambour battant son Alfa GTA sur les petites routes des Alpes, puis des images où il discute avec son copilote Gaby Augias… Un moment jamais diffusé et absolument unique !
Et comme on a retrouvé le son dimanche, on nous promet une clef USB où les documents seront à notre disposition. Les alfistes diront un grand Merci à la famille Rolland.
Après un tel démarrage, le week end festif semble posé sur des rails, comme les Alfa de Jean, et nous allons déguster un apéritif bien mérité à l’hôtel, où des posters du pilote en course fleurissent un peu partout. Le repas qui s’ensuit détend encore plus, s’il en était besoin, l’atmosphère.

Samedi 16 septembre 

Les autos sont enfin réunies au bien nommé « Stade Jean Rolland » pour prendre le départ du rallye de régularité. Pose des numéros et des plaques, et hop, dans l’ordre et par minute, 45 véhicules s’élancent dans un froid glacial installé par la pluie de la veille. Les commentaires vont alors bon train sur la météo : « Je te dis que ça va s’éclaircir ! » entend-on un peu partout…
Effectivement, Miss Giulietta Ti démarre, entourée de merveilles alfistes pour prendre la direction de la première épreuve près du lac de Castillon. Déjà, le soleil brille et le ciel a chassé tous les nuages ! De là-haut, Jean nous remercie de cet hommage
et nous souhaite bonne route.
Chez Alfa il n’y a pas que le Rosso ! 
A partir de là, autant vous le dire tout de suite, c’est un festival : lacets, montées, descentes, épingles, grandes courbes, rien ne nous a été épargné afin d’assurer un plaisir de pilotage absolument féérique. Déjà au repas de midi à Puget-Théniers, les avis sont unanimes, tout le monde est ravi et fébrile pour recommencer.
Après le menu, un il y a un joli programme concocté pour l’après-midi : la Colle St Michel (où une zone de régularité vraiment très lente ne nous permet pas de nous amuser vraiment, hélas…), puis le col d’Allos. Son ascension se fait avec un groupe d’Alfa, emmené par Miss Giulietta  Ti qui fait rire tout le monde avant d’attaquer.
Pensez donc, avec  BV4 au volant, 75 ch vaillants chevaux, des freins à tambours et des suspensions de série, « la pauvrette » va lâcher prise à la première épingle…
Que nenni !
N’oubliez pas que ma milanaise a dans les jambes plusieurs rallyes estivaux et la Targa Florio 2017, ce qui est l’assurance d’une belle condition mécanique. Aussi tête de mule que son pilote et vaillante comme un chevalier de la Table Ronde, elle maintient à distance ses rivales jusqu’en haut : oui, vous avez bien lu et cela sans EPO, juste les bons réglages, la bonne huile, les bonnes bougies et vous vous doutez un fameux pilote, Mister gants « à troutrou »…
Les pilotes des Giulietta Sprint Veloce, Bertone GTV 2000 et Giulia GT 1600 suiveuses, se fendront d’un doigt sur la tempe, puis d’un pouce levé, pour « immortaliser l’exploit » !  Nous avons bien ri…
Mais ce n’est pas cela le plus important : la vue qui s’offre à nous avec les sommets enneigés est somptueuse.
Comme il fait frais, les autos sont en pleine forme, et nous reprenons la descente vers Barcelonnette avant d’attaquer le col de Vars, lui aussi spectaculaire. Quel paysage, cela met du beaume au coeur. La montagne, belle à ce point à la mi-septembre que c’en est presqu’étonnant. Du plaisir, de l’émerveillement pour les yeux, du bon air et de l’oxygène pour le cerveau et l’esprit, voilà le programme.
Tout le monde est affamé, et nous nous posons enfin à Mont-Dauphin où apéritif rallongé et repas festif nous sont servis dans une ambiance de plus en plus familiale mais toujours chaleureuse et passionnée. Les concurrents comme les organisateurs sont heureux d’être là, les anecdotes se succèdent. Nous ressentons tous que nous vivons des moments rares.

Dimanche 17 septembre

Il fait deux degrés lorsqu’à 8h00, la première auto prend le départ. En direction du lac de Serre-Ponçon puis des Tourniquets et de Sisteron-Thoard, jusqu’à midi, c’est du pur bonheur. Belle et fraîche, la météo est encore de la partie, il y a peu de monde sur ces départementales sinueuses à souhait, et l’accueil à Digne pour le déjeuner se déroule avec une ferveur peu commune. De nombreux clubs alfistes sont venus assister à l’arrivée des Alfa Romeo et des participants, l’exposition des autos sur le parc est jouissive, il y en a pour tous les goûts, même les dernières nées de la marque sont là, et la maison-mère nous a prêté une 4C Spider rouge qui fait le bonheur des passants… et de la dizaine de chanceux qui a pu l’essayer !
Le petit-fils de Jean Rolland, Valentin, est présent, ainsi que la famille Augias, pour se joindre au banquet de 210 convives. Une terrible émotion m’étreint quand je prends le micro à la remise des prix, car je sais, j’ai toujours su, et je l’ai plus encore compris ce fameux dimanche 17 septembre, que l’âme d’Alfa Romeo, notamment en France doit aussi un peu au talent et à la personnalité de Jean Rolland…

 Les récompenses et notre alfiste sudiste 

FCA/Alfa Romeo Héritage était de la fête et avait prêté pour l’occasion une 4C Spider qui a accompagné les équipages durant tout le week end. La 4C Spider « officielle » est celle qui est chaussée de roues gris alu. Le modèle équipé de roues noires est celle d’un ami alfiste présent au Mémorial 2017.
NDLA : la seconde partie du Mémorial Jean Rolland 2017 et les voitures invitées (autres marques) est à venir demain.
Merci à Jean-François Serre de FCA Héritage pour le prêt du Spider 4C depuis Turin. Merci aussi aux nombreux clubs présents au rallye ou à l’Exposition (Club Alfa Romeo de France, Museo Vivo Provence, Club de Monaco, Passion Trèfle de Hyères, Alfa Club du Sud-Ouest) et surtout, mille bravos et mille mercis à Daniel Margueritte et le Digne Auto Classic Club Jean Rolland pour avoir permis à tous de vivre ces moments magiques.
Un grand merci pour les photos à nos amis Jenny Biscione, Bernard Simon,  Wilson Bichat, Franck Marco qui portent haut les couleurs Alfa Romeo dans le sud est.

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