Ecologie, pollution, électricité par ci, automobile, démagogie, Royal, environnement, vignette, voies sur berges, EELV, restriction de circulation, Hidalgo, croissance verte, politique, vache à lait, balivernes, voilà quelques mots que l’on pourrait associer avec deux grandes figures parisiennes qui nous vendent leurs actions, à moins que ça ne soit du « foutra »comme de l’écologie pragmatique, efficace, nécessaire et bien sur onéreuse.

Avec quelques journées de recul, il est venu le temps de faire un point sur les grands effets de manche mais surtout d’annonce ou de com’ de notre chère ministre de l’Environnement, de l’Energie et de la Mer et notamment sur la fameuse, à moins que ce ne soit fumeuse route solaire vendue par l’entreprise Bouygues sous le nom commercial de Wattway. Un bien beau programme !

C’est donc le 22 décembre dernier que la ministre de l’environnement est partie en province avec une escouade de Peugeot 508 et 308 accompagnée de motards, de nombreuses huiles départementales, locales et parisiennes, inaugurer la fameuse route qui produit de l’électricité pour tous… au moins sur les papiers officiels.
Tout ce petit monde, accompagné des représentants de l’entreprise de BTP ainsi que de quelques VE s’était donné rendez à Tourouvre-au-Perche, dans l’Orne en Normandie, un lieu qui, nous le savons tous est réputé pour la durée de son ensoleillement annuel, sa verdure, ses routes passantes et bien sur ses quelques cyclistes, tracteurs et autres hérissons qui empruntent au quotidien la fameuse D5. Cette départementale vient, par la magie d’un financement d’un montant de 5 millions d’euros que l’on doit à l’état, de se transformer en… route solaire et en miracle écologico-médiatique.

Une journée grise et sans soleil, quelques élus locaux, des badauds, quelques Zoé, un Partner électrique et une Tesla, des médias avides d’images et d’informations, des caméras, une ministre toute vêtue de rose bonbon, l’affaire était lancée. Des petits speechs de circonstance, des politesses, des poses photos, Ségolène Royal qui fait quelques dizaines de mètres, seule, sur le fameux tracé pour la postérité, un discours officiel rodé et lissé, l’inauguration d’une plaque pour la mémoire des générations futures, des photos et hop emballé c’est pesé, la fameuse avancée technologique et électrique à la française est officiellement lancée. Désormais elle peut prendre son envol commercial français et même mondial, c’est la ministre qui l’assure.

Si l’idée, sur le fond, parait intéressante, la réalité de l’affaire l’est bien moins. Ainsi si l’on en croit le site officiel du ministère de l’Environnement qui a tout naturellement fait la promo de cette route du soleil, les 2.800 m² (1000 m de long x 2.80 m de large soit une seule des deux voies de circulation) de Wattway sont prévus pour une production 17.963 kWh (kilowatt-heure) par jour, mais à la lecture d’autres documents, nous découvrons que la production quotidienne sera en fait de l’ordre de 800 kWh soit 22 fois moins que ce qui a été vendu par l’état et les excellents commerciaux qui officient chez Bouygues.
Toujours selon les documents présentés par les autorités, cette fameuse portion de route longue d’un kilomètre est sensée alimenter plusieurs milliers de maisons en électricité mais elle ne sera capable de fournir dans le meilleur des cas de l’énergie que pour environ 50 à 60 habitations… sans voitures électriques à recharger la nuit. Pour enfoncer le clou, nous reprendrons une donnée fournie par nos confrères de Reporterre.net : la route du soleil à la façon normande a donc un coût financier compris entre 95.000 et 100.000€ par maison alimentée par l’électricité de la Wattway. Ils sont aussi allés interviewer un spécialiste en matière d’énergie nouvelle, le professeur Jacobson de l’université de Stanford qui s’est penché sur le sujet dès sa naissance. Ce dernier d’assurer que les routes solaires en France sont bien moins efficientes et nettement plus coûteuses que le solaire photovoltaïque sur les toits des maisons, les toits solaires des parkings et bien sur les centrales solaires.

D’autres sont encore bien plus féroces avec le procédé bien vendu aux conseillers de la pétulante mais pas toujours compétente ministre (vous avez dit Mia Electric ??? Nous en reparlerons très bientôt) de l’environnement. Ainsi, selon Bloomberg New Energy Finance la route solaire est simplement un moyen presque discret, saupoudré de communication officielle, de subventionner certaines entreprises françaises et non une technologie efficace pour produire de l’électricité verte.
Chez Bloomberg, on continue dans la férocité assumée et disons le, presqu’objective et nécessaire face à ce projet électrico-normando-étatique qui prend le chemin d’un nouveau fiasco sans lendemain sauf pour la communication de madame Royale qui est déjà en campagne depuis quelques temps pour son nouveau « poulain ».
Chez BNEF, on poursuit en expliquant que ces panneaux qui coûtent quelques 21€/Watt auront une performance significativement et rapidement dégradée mais aussi une durée de vie bien plus courte que celle des panneaux classiques dont le coût est actuellement aux environs 1€/Watt. La patronne de Bloomberg New Energy ajoute d’ailleurs non sans malice : « Mais bon c’est OK, parce que ces panneaux sont produits en France ! »

Au fil des discussions, des recherches, des interviews, on découvre l’importance de la supercherie qui n’a finalement électrisé que Ségolène Royale et ses conseillers aux compétences douteuses et c’est un minimum ! Ainsi même la société qui a construit la désormais fameuse D5 « dite route solaire Tourouvre-au-Perche » reconnait que les coûts annoncés ne sont pas réels puisqu’ils ne prévoient pas les divers équipements électriques nécessaires au fonctionnement de la Wattway du Perche. Le coût final de mise en place de cette chaussée serait finalement 3 à 4 fois supérieur à celui annoncé lors de la présentation de la chaussée miracle sur laquelle avait marché notre président il y a 18 mois environ.

Toujours au sujet de l’affaire du coût financier du fameux kilomètre « ensoleillé » de la départementale D5,  Michael Liebreich, le patron de Bloomberg New Energy Finance ajoute dans son article sur le sujet :« Une entreprise française obtient une subvention pour construire une route solaire avec un retour sur investissement de l’ordre de 170 années.  Et encore ce retour est calculé avec 0% de finance, sans aucune maintenance et surtout avec des panneaux solaires dont la durée de vie serait donc d’au moins 170 ans. » Finalement à la lecture et à l’écoute des gens compétent sur le sujet, on découvre que cette « expérimentation » financée par l’état français n’est finalement qu »un gros coup de com’ pour une femme politique qui a encore l’espoir de séduire des électeurs sensibles à la chose écologique.

Est il nécessaire de poursuivre la démonstration sur le sujet ou faut il encore creuser la tombe ?
Continuons un peu afin de voir si, sous la Wattway, il y a du pétrole ou plus surement, d’autres aberrations. Ainsi on découvre que dans les mois qui ont précédé la venue de Mme Royale en terre normande, il a fallu couvrir la route D5 d’une tente rectangulaire et mobile qui est nécessaire pour fixer le kilomètre de panneaux sur l’asphalte. Effectivement selon des sources proches du dossier et du chantier la Wattway by Bouygues demande a être fixée par une colle qui… ne supporte pas du tout l’eau. C’est d’ailleurs pour cette raison que le ministère de l’environnement a choisi la Normandie plutôt que la région PACA ou le sud ouest de la France pour installer ces 1.000 mètres expérimentaux. Logique !

Une chose est sure, la route solaire est désormais installée. L’inauguration fut un grand moment de communication pour la ministre et le bonheur des médias. Désormais la route, entre les jours de pluie, de brouillard, nuageux et sans soleil, le verglas et la terre tombée des remorques des tracteurs, la chaussée électrique tente désormais de produire un peu d’électricité… routière. Et même cela est loin d’une réalité puisqu’après avoir été sur place, nous avons constaté que derrière la bordure en béton (mur antibruit ou simple élément pour supporter les installations ?) construite le long de la chaussée perchoise quasiment aucun des équipements électriques (transfos, onduleurs) destinés au transport des quelques kWh produits par la route n’étaient connectés au réseau. Pire, le fameux totem lumineux prévu pour annoncer la quantité d’électricité reste (définitivement ?) immobile et bloqué sur un chiffre, probablement fictif, de production d’énergie. Pas grave puisque les curieux et les « touristes » ne passeront ou ne feront qu’un selfie devant le fameux panneaux qu’une seule fois et en plus c’est l’état qui paye. Alors ça marche, ça ne marche pas, ce n’est pas grave, le Perche n’est pas Paris et dans quelques semaines ou mois, tout le monde aura oublié cette affaire rose et verte.

Visuellement l’affaire surprend puisqu’on a un peu l’impression de marcher sur un toit recouvert de panneaux solaires mais pour le reste la route est vibrante au delà des 30-40 km/h, de plus en plus bruyante avec l’augmentation de la vitesse ce qui sera une réelle gène pour les riverains. Heureusement que la dite chaussée électrisante est installée en zone rurale, à la sortie d’une ville et sur un axe routier presque plus fréquenté par les tracteurs, les cyclistes que les automobiles, les motos et les poids lourds.
Selon notre ami, Aurélien L. qui est allé jouer les testeurs, le bruit de roulement généré par le revêtement granuleux rajouté aux passages des jointures est juste insupportable. On a ainsi l’impression de conduire un
diesel à l’ancienne (façon Express ou R21 TD à froid) à fond de première (avec les vibrations associées). Le ressenti au volant est aussi assez proche de celui que l’on connait dans certains parkings souterrains au revêtement bruyant, rugueux un peu comme si du carton ondulé avait été choisi comme modèle de structure du revêtement.
Au delà des doutes liés à la technologie développée et sa durabilité mais aussi à la tenue qu’elle peut avoir en cas de neige ou de gel, la Wattway semble proposer, par temps normal ou sec un excellent grip tant à l’accélération qu’au freinage. Ainsi nous n’avons pas trouvé le moyen de déclencher l’antipatinage de la voiture même lors d’accélérations dynamiques et lors d’un freinage d’urgence il n’y a aucun phénomène de glissement, ni même d’enclenchement du système ABS.  Cet argument est certes secondaire mais il ne faut pas négliger ce vrai plus en matière de sécurité routière sur les 1.000 m de longueur de la route solaire.
Voilà un bon point pour madame Royal qui, à défaut d’oeuvrer pour la production d’énergie propre, améliore la sécurité sur un kilomètre, et dans un sens, du réseau routier français.

Pour découvrir la route solaire de Tourouvre-au-Perche :

Le discours officiel :

Notre vision de la Wattway normande :

Une chose est certaine, la ministre et ses collaborateurs croient dur comme fer (au moins devant les médias) à ce nouveau principe high tech qui pourrait bien rester une vraie spécialité nationale tant il apparait quasi improbable de pouvoir convaincre les clients potentiels de la viabilité du système Wattway, notamment grâce à son démonstrateur normand.
Si le système n’est guère probant, ni intéressant, il aura au moins eu le mérite de faire parler de ce vert endroit de France qu’est le Perche et on peut espérer que durant quelques mois encore, le lieu attirera les touristes amateurs de selfie et de friche, tourisme industriel.
Pour les utilisateurs de véhicules électriques, on notera la présence d’une borne de recharge dont on ne sait pas si elle est réellement alimentée par la route solaire ou le classique réseau ERDF.

N’oubliez pas que la ministre de l’environnement avait annoncé il y a quelques semaines que la France allait installer dans les cinq prochaines années au moins un millier de kilomètres de Wattway sur son réseau routier ce qui représente tout de même un budget de cinq milliards d’euros minimum à chercher dans les finances de l’état. Ah, on me dit que madame Royal pourrait bien ne plus être en fonction à partir du mois de mai prochain… Voilà donc une partie, si ce n’est l’intégralité du dossier de régler.

Il reste encore à vérifier où en sont les projets du ministère car on annonce au moins une centaine de chantiers prêts à être lancés dans les prochains mois… grâce à l’argent (ou subventions ?) de l’état ou des collectivités territoriales ce qui sous entend que chacun participe indirectement au financement d’un projet privé dont l’intérêt est très loin d’être avéré notamment au nord d’une ligne allant de St Nazaire à Mulhouse.

Mais sachez le tous, le processus engagé par Ségolène Royal est bien un mouvement de fond puisque l’avant veille de Noël, suivant la trace de la dame en rose avec des bottines noires, le village de Saint-Jean-d’Alcapiès dans l’Aveyron a lui aussi inauguré sa route solaire. Il s’agit d’un tronçon installé à la sortie du parking du Château d’Alzac qui mesure quelques 25 m² ( 7.0 m x 3.5 m). La petite ville d’Aveyron a donc été choisie par la filiale de Bouygues pour bénéficier elle aussi de cette innovation électro-étonnante. Après le Wifi en haut débit obtenu au début des années 2000, voici une riante cité qui cherche toujours à être au fait de la high tech à la française même si cela ne débouche sur rien !

Merci à nos amis et complices Aurélien et Jean Luc pour avoir joué les reporters et les testeurs durant cette journée historique et totalement hors du temps.

Via BNEF, Reporterre, France3, LeMonde, Ademe, Wattway, LeParisien, Youtube.
Crédits photos : Jean-Luc L, Aurélien L pour The Automobilist.
Crédits vidéo : The Automobilist, France 3.


Commentaires

Plus d'articles