Volkswagen a rouvert sa manufacture de Dresde. Après trois de ans de modifications, l’usine du très haut-de-gamme du peuple a été transformée en temple de la voiture électrique, mais pas seulement. Entre chaîne de montage pour les e-Golf ouverte au public, incubateur de start-up, initiations thématiques sur la mobilité, concerts, récitals et vente de magnets, la marque allemande vit son après dieselgate de façon débridée. Une usine… à gaz ? C’est l’idée. Mais toujours dans un silence absolu… Bienvenue à la Manufaktur.

Du haut de ces formes, 27.000 m² de verre et 20 millions d’euros d’investissement vous contemplent.

En 2001, Volkswagen ouvre une usine à nulle autre pareille dans le monde à Dresde. A l’image de l’Autostadt, ce vaste centre d’attractions contigu à l’usine historique de Wolfsburg, l’unité de la Saxe est revendiquée par Volkswagen comme une vitrine, une démonstration de force pour en mettre la vue aux futurs acheteurs. Dans cet écrin baptisé l’Usine de verre, la démesurée Phaeton est assemblée jusqu’en 2014, date à laquelle le groupe automobile abandonne la stratégie de très haut luxe, et débranche sa chaîne de montage.

Un dieselgate plus tard, place à la Manufacture de Dresde, l’avant-poste de la mobilité électrique. Et aujourd’hui, à droite de l’entrée, les dernières Bentley Continental Flying Spur et Volkswagen Phaeton du SAV attendent sagement dans la tour-vitrine d’être remises à leurs propriétaires, mastodontes vestiges d’un passé pas si éloigné.

Les dernières Bentley Continental et VW Phaeton. Fin d’une époque, début d’une nouvelle.

Trafalgar et Dieselgate

Trois ans et quelques 20 millions d’euros d’investissement plus tard, l’usine de Saxe a rouvert en ce mois de mars 2017. Le site était devenu temporairement un centre d’exposition sur la voiture électrique et connectée. Volkswagen s’est donné le temps et les moyens de faire du lieu sa nouvelle vitrine technologique, post Dieselgate.

La marque allemande n’a pas mis les petits plats dans les grands, elle a sorti un nouveau menu, et un costaud : assemblage de la e-Golf, incubateur, mini-musée des deux-roues et voitures électriques, visites thématiques, événements culturels, exposition sur la mobilité dans 20 ans, station de recharge gratuite (à panneaux solaires, bien sûr), espace essai voiture, 50 expériences interactives dont une initiation aux systèmes d’aide à la conduite (Lane Assist et Blind Spot Detection) et un simulateur de conduite virtuelle à travers la ville de Dresde. Sans oublier la boutique des souvenirs.

Chaque année, 140.000 personnes visitent l’usine : le lieu est donc stratégique pour la marque. Les responsables préfèrent d’ailleurs parler de Manufacture, pour mettre en avant les activités « artisanales » de l’endroit.

La magnet Combi à la boutique souvenir, indispensable pour tout Combi disposant d’un frigo.

Tout cela pour faire oublier le dieselgate ? Point du tout, répondent les responsables du site. Le site semblait pourtant condamné à une fermeture définitive en 2015. La Phaeton, bébé (caprice) de Ferdinand Piëch, joyau du catalogue, devait être le navire amiral de la marque. Elle a connu Trafalgar en coulant en bas des tableaux des ventes. Mars 2017, place au tout-électrique. Alors, tout cela pour faire oublier le dieselgate ? Point du tout, répondent encore les responsables du site, imperturbables. A ce moment de la discussion, on demande alors ce que l’affaire a changé dans le Groupe. « On ose dire non, maintenant, lâche-t-on en off, et on est plus libre dans nos initiatives. » Ce qui chez VW doit au moins signifier insurrection.

Déconstructivisme façon Jacques Tati

Résumer l’architecture de cette Gläserne Manufaktur est un exercice tortueux, comme l’édifice. On y trouve un bout de l’école du Bauhaus pour l’usage du verre et beaucoup du courant déconstructiviste pour les formes. Vous souvenez-vous de votre journée à la Villette ou au Futuroscope ? Vous y êtes, mais puissance 10.

Froid et futuriste ? Quand même pas. Le bâtiment compte 23.000 mètres carrées d’un très beau parquet, même sur les chaines d’assemblage (ce qui est pratique pour tourner les roues d’une e-Golf à l’arrêt). Et surtout, l’architecte et le décorateur sont de toute évidence des fans de Jacques Tati. Les espaces conférences et lounge sortent tout droit de son film Play Time et donnent au lieu un cachet classe et (un peu) débridé.

« On demande Monsieur Hulot. On demande… »

Le bâtiment imaginé par l’architecte Gunter Hennen se tient sur de hautes structures métalliques. La partie centrale qui mène aux étages est structurée en rectangles de verre. Sur les bords, les volumes circulaires barrent la route aux surfaces anguleuses et offrent au public une ambiance unique. L’Usine de verre est à visiter rien que pour sa singularité.

A noter -ironiquement- que les brisures et les cassures de l’architecture constructiviste avaient pour but d’« exprimer les incertitudes du monde contemporain et le sentiment de chaos qu’il engendre »… Visiterions-nous une construction dystopique ? Volkswagen n’avait pas lu l’Encyclopedia Universalis.

Devant la manufacture, se tient la station de recharge du site, alimenté à 80% par de longs panneaux solaires. Geste commercial, nul besoin de posséder une Volkswagen pour venir recharger son électrique. La station propose quatre emplacements. D’autres sont à venir.

Le « bon sens »

Dresde est désormais dédié à la production de la Volkswagen e-Golf. La marque a ouvert une seconde chaîne d’assemblage après l’usine de Wolfsburg, située à 300 kilomètres. Dresde vend l’essentiel de sa production en Norvège. La marque allemande est allée chercher l’avenir dans son passé : elle a en effet mis un pied dans l’électrique dès 1976 avec la Golf I Electro. Respectivement en 1985 et en 1993, des Golf II et III CityStromer entièrement électriques ont vu le jour.

En France, la e-Golf débute à 39.350€ et bénéficie d’un bonus écologique de 6.000 €, et 4.000 de plus en remplacement d’un diesel de plus 10 ans. A noter que la Manufacture est également un point de livraison pour les e-Up, Golf GTE, Passat GTE et les futurs e-modèles.

Avec 34 véhicules assemblés par jour, on ne parlera pas ici de cadences infernales pour les ouvriers, tant mieux pour eux. Il faut quinze heures aux 125 membres de l’atelier pour assembler à la main une e-Golf, aidé par trois imposants robots pour fixer les roues, graver les numéros de série, coller le pare-brise et assembler les partie hautes et basses de la voiture.

Les voitures sont assemblées sans un bruit. La marque va-t-elle se rebaptiser Volkschweigen (silence du peuple) ?

La singularité de cette chaine d’assemblage reste que le public a l’opportunité de la voir fonctionner. Chacun peut assister à la production, voir chaque voiture passer dans les mains des ouvriers tout de blancs vêtus lors d’un parcours thématique. Tout passionné d’automobile se doit de faire cette visite.

La lumière de l’endroit est douce car indirecte, grâce à des projecteurs « lumière du jour » dirigés vers des miroirs fixés au plafond.

Nous n’avons pas eu l’occasion de demander aux ouvriers comment ils vivaient d’être observés au travail au quotidien. La direction assure que « le personnel est conscient de l’enjeu de la Manufacture pour l’image de Volkswagen » et accepte le principe de chaîne ouverte au public. Principe qui n’a fait l’objet d’aucune négociation avec les syndicats maison ? Notre interlocuteur ouvre de grands yeux yeux. « Mais aucun besoin, voyons, c’est le bon sens ! »

Dialogue social et CarGoTram

Ultime étonnement, le silence qui règne sur les chaînes de montage offre la sensation que la production n’a pas vraiment été lancée, alors que les équipes s’affairent sur les véhicules.

Aucune photo de la chaîne, donc des ouvriers, n’est autorisée, pour entre autres raisons le respect de la vie privée. 

A la fermeture de l’usine, après un plan validé par les syndicats allemands, aucun salarié de Dresde n’a été licencié. L’heure n’est pas à débaucher. Volkswagen compte vendre une moyenne de 2,5 millions de véhicules électriques par ans d’ici 2025 (25% des ventes de la marque) en s’appuyant sur une future plateforme appelée MEB (Modularer ElektrifizierungsBaukasten), et un plan de sorties de 30 modèles. Dresde et sa trentaine de véhicules/jour sont bien-sûr hors course, mais l’usine est en activité pour symboliser cette ambition.

Depuis l’ouverture des lieux, certaines pièces détachées sont acheminées par les tramways de la ville de Dresde, secondés par une rame de fret, le CarGoTram. Encore une vitrine.

Le CarGoTram. photo : www.regionalbahn.hu

Lorsque les dirigeants du Groupe affirment avoir gagné de l’argent dès la première e-Golf positionnée sur le tarmac du départ, on tique un peu. La chaîne s’est lancée quatre jours avant notre visite. Et la Manufacture ambitionne d’assembler dans quelques années différents véhicules électriques multi-segments.

Pour les acheteurs, Volkswagen propose également une mise en main premium de l’e-Golf à l’usine. Oubliez le vendeur qui vous livre le véhicule en 30 minutes chrono. Depuis 15 ans, en Allemagne, les concessions organisent des voyages touristiques pour les futurs possesseurs de VW. La Manufacture vient d’être intégrée au programme.

Jurassique électrique

Ultime activité de l’Usine de verre, les start-ups. Depuis un an, l’incubateur maison, Ideation Lab, balaye le secteur. « On a découvert du très bon, du moyen, mais rarement du à-côté-de-la-plaque », affirme un dirigeant. Ideation Lab accueillera par session de dix des « jeunes pousses » proposant un projet sur la mobilité, l’espace de travail du futur et l’industrie 4.0. « Ils auront dix minutes pour nous convaincre », lâche le patron du site. Les élus seront accompagnés pendant 100 jours. Parmi les entreprises qui collaborent déjà avec Volkswagen, on trouve la Française Linkurious, spécialisée dans le big data, célèbre depuis qu’elle a aidé la presse à démêler les rouages des « Panama Papers ».

Présentation de l’incubateur Ideation Hub au salon CeBIT 2017 (image Volkswagen)

La visite s’achève avec pour dernière étape l’espace Mobilité du futur. On y est accueilli par le concept-car Bulli, vision de 2014 d’un successeur du Combi VW. Mais cette étude qui vous invite à prendre la route n’y posera jamais ses pneus.

Avec sa Manufacture,  Volkswagen veut nous donner à voir le futur en marche, du moins sa version débarrassée du thermique. Nous voilà observateurs du Jurassique de la voiture électrique, c’est le privilège de vivre au début de ce millénaire. L’avenir dira si Dresde fut une image d’Épinal ou le début d’une nouvelle ère de la mobilité. Quoi qu’il en soit, l’Usine de verre mérite votre visite. Genieße den Besuch (profitez de la visite).

Immanquables, les 2 roues est-allemands remis au goût du jour en version électrique.

Photos Olivier RODRIGUEZ  – Tous droit réservés.

Informations pratiques

Transparent Factory
L’Usine de Verre de Volkswagen,
Lennéstraße 1, 01069 Dresden, Allemagne
Téléphone, réservation. 49 351 4204411
Du lundi au vendredi de 8h30 à 19h, et
Les samedi et dimanche de 9h à 18h.
Le site de l’usineSur InstagramSur Twitter
La visite peut comprendre l’essai d’un véhicule électrique/hybride pendant 30 minutes. Le tarif inclus dans le prix du ticket.


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