Ce vendredi 9 février se tenait la conférence de presse ACO à Rétromobile pour présenter le plateau 2018 des 24 Heures du Mans. Après des années faisant la part belle aux constructeurs, Audi, puis Peugeot, puis Toyota, puis Porsche, la période est aux vaches maigres puisqu’en 2018, un seul d’entre eux, Toyota, engage son nom dans la plus grande course automobile du monde.
La faute évidemment à la course aux armements avec l’arrivée de l’hybridation qui impose de gros budgets de recherche et de développement pour une technologie faisant appel à des départements très différenciés. L’histoire des 24 Heures est remplie de ces alternances entre des périodes fastes et d’autres un peu moins. La course et sa légende se nourrissent de ces opportunités magnifiques qui peuvent voir les petits ‘’dompter’’ les grands. Pour le plus grand bonheur des passionnés.
A vrai dire, la victoire en 1980 de la petite équipe mancelle réunie autour de Jean-Rondeau s’effectua alors qu’aucun constructeur n’était présent. Pas même Porsche qui avait alors délégué à des structures privées la tâche de défendre son honneur manceau. En 2018, exit Porsche, décidément, les petits marquis en costards gris anthracite signés Hugo Boss qui semblent désormais diriger la marque de Stuttgart ne comprennent pas grand-chose à l’ADN de la marque. Alors Toyota reste seul et c’est à l’honneur de la firme japonaise qui travaille dans la durée.

Toyota contre… Toyota

Evidemment, les organisateurs en ont fait beaucoup pour vendre l’évènement, quoi de plus normal mais à vrai dire, personne n’est dupe, on ne voit pas qui pourrait battre les deux Toyota si ce n’est… Toyota. Face à deux voitures japonaises, les privés qui ont osé s’engager en LMP1 le font avec des moyens qui n’ont bien entendu rien à voir avec la puissance du géant nippon. Pourtant, la marque est maudite dans la Sarthe. Les plus anciens se souviennent de 1999 avec les magnifiques GT One. Sur le papier, elles étaient supérieures à la concurrence. Malheureusement, une dramatique gestion des pneumatiques précipita l’échec. L’image de la Toyota en tête à un tour de la fin en 2016 restera à jamais gravée dans les mémoires de tous les aficionados. Etrangement, un chat noir semble roder dans les stands des Japonais. Pour l’instant seul Mazda a réussi à dompter le dragon manceau. Grâce il est vrai à un curieux règlement sur la consommation qui avait complètement assassiné les Jaguar pourtant dominatrices. Alors, Toyota à l’assaut du Graal ? Sans doute. Restera quand même à terminer la copie et il semblerait bien que tout ne soit pas vraiment mis dans le bon sens. En engageant seulement deux voitures, Toyota prend un énorme risque. D’autant que l’une d’entre elle sera pilotée par Alonso. Rapide certes mais tellement inexpérimenté au Mans. La seule condition pour qu’un pilote de F1 soit opérationnel au Mans est qu’il ne soit pas bouffi d’orgueil et laisse son égo dans son vestiaire lorsqu’il prend les commandes. Comme Hülkenberg. On ne peut pas dire que cela corresponde tout à fait au portait du pilote des Asturies. Alors, oui, le plus farouche adversaire de Toyota sera sans doute Toyota lui-même.

Les seules véritables adversaires du géant de l’Empire du Soleil Levant n’ont sans doute pas le volume de performance des Porsche. Rebellion revient en LMP1 avec un châssis Oreca et semble sans doute le mieux armé des teams privés qui osent tenter le pari proposé par les organisateurs. Le moteur Gibson est sans doute loin de la puissance du groupe de la Toy mais en LMP2 avec une cylindrée moindre, il a démontré un beau niveau de performance.
Pour les autres, ce sera évidemment bien plus compliqué. Bykolles n’a jamais montré un semblant d’endurance tandis que les deux Ginetta, motorisées par le Mécachrome V6 T 3.4 semblent bien trop neuves pour se mêler à la bataille. Tout comme les Russes du SMP qui engagent deux châssis Dallara motorisés par le bon vieux AER, sympathique certes mais un peu dépassé. Il faudra quand même surveiller la voiture de Dragon Speed, on connait la belle capacité des membres de ce team pour tirer le meilleur d’outils même quelconques. Mais de là à empêcher Pascal Vasselon de dormir… ‘’Nous avons l’expérience. Notre petit souci, nous ne connaissons pas le niveau de performances de nos adversaires. Nous nous entraînons à traiter l’imprévu.’’

Alonso et la TS050 Hybrid 2018

La com » officielle de Toyota et du Gazoo Racing pour annoncer l’arrivée de la TS050 Hybrid 2018 et de Fernando Alonso à son volant.

Une escadrille de LMP2 prêtes à bondir et des usines en GT

On l’a vu en 2017, les LMP2 peuvent espérer le podium. Fiables désormais, souvent bien conduites et motorisées par le Gibson (ex Zytek) qui a fait ses preuves, elles ont de quoi procurer quelques soucis aux LMP1. Belle délégation de Ligier (8 voitures) parmi lesquelles celles du Jacky Chan Racing semblent tenir la corde Face au châssis cher à Jacques Nicolet, Oreca fournit huit châssis dont celui de l’Alpine. G-Drive mais aussi Jacky Chan (le team engage quatre LMP2) ou TDS semblent aussi tenir la corde. Une seule Dallara, celle du SMP Racing tentera de contrer l’armada française. A remarquer au passage la disparition des Américains de Riley-Scott, de quoi craindre l’arrivée d’une formule monotype dans la catégorie mais c’était prévisible.
Cette défection laissait craindre d’autres départs et finalement le constructeur dieppois a pu ou su profiter de la défection de Riley pour obtenir le « statut » de constructeur de châssis et par là même conserver son engagement en LMP2. Alpine sera donc bien présent en course avec l’A470 en version 2018.

En LM GT Pro par contre, abondance de bien ne nuit pas. Au moins une Ferrari 488 GTE Evo, deux Chevrolet C7.7, quatre Ford GT, deux Aston Martin Vantage (toutes nouvelles), quatre Porsche 911 RSR (toutes officielles) attendent de pied ferme la nouveauté 2018 : l’arrivée des BMW M8 GTE. La marque bavaroise effectue son grand retour en endurance avec sa nouvelle GT. On l’a vue un peu à la peine à Daytona mais nul doute que d’ici au mois de juin les ingénieurs allemands de Motorsport sauront trouver les set up favorables à la belle M8 et à ses performances.

Le Mans 2018, un crû prometteur ?

Un plateau de transition sans doute mais les ‘’vieux’’ spécialistes ne bouderont pas leur plaisir. D’autres éditions encore moins alléchantes livrèrent elles-aussi leurs lots de plaisir.
L’Endurance est à un tournant sans doute. Il faudra une direction sportive, technique puissante et efficace pour retrouver le souffle d’antan. Il existe quand-même quelques questionnements sur la volonté de la FIA de continuer à soutenir cette discipline même si les déclarations ‘’officielles’’ se veulent rassurantes. Il faudra un nouveau programme ambitieux pour attirer de nouveaux constructeurs bien trop assujettis désormais à l’hypothétique E-Formula sans doute survendue (et où règne désormais la suspicion et la triche autour du « fameux » système des FanBoost). Les déclarations de Richard Mille, le nouveau président de la commission endurance ont été loin de donner ce souffle nécessaire. Wait and see.

La liste des engagés

Voici la première liste des équipes engagées dans cette édition 2018 des 24 Heures du Mans. On notera qu’en LMP1, l’ACO est tout de même parvenu à inscrire tout de même 10 voitures pour l’instant, ce qui est la preuve d’un bel effort d’adaptation tant de la part des écuries que de la direction de la course pour proposer un plateau « décent » dans la catégorie reine

Via ACO, FIA, Youtube, GazooRacing, Autopista.es.
Crédits photos & illustrations : TheAutomobilist, ACO, Toyota, Alpine.


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